La question de la valeur doit être repensée sur des bases élargies. L’approche marxiste ou marxisante présente systématiquement le défaut radical d’aborder la valeur sous le seul angle économique, ce qui est lui accorder beaucoup trop de… valeur.
Ce faisant, elle court le risque de s’épuiser en interminables disputes avec la pensée économique dominante qui, quelles que soient ses variantes, reste évidemment de la pensée économique ; l’économie comme pensée dominante, comme domination de la pensée par l’économie et donc comme économie de la pensée.
Remède à tout apporte enfin la réponse radicale à cette ténébreuse affaire.
End of value.
The question of value needs to be rethought on a broader basis. The Marxist or Marxizing approach systematically presents the radical flaw of approaching value solely from an economic angle, which means giving it far too much… value. In so doing, it runs the risk of exhausting itself in endless disputes with dominant economic thought, which, whatever its variants, obviously remains economic thought; economics as dominant thought, as the domination of thought by economics, and therefore as the economics of thought.
Remède à tout finally provides the radical answer to this murky affair.
« Une si longue histoire de la dépossession, dont l’aliénation est sortie victorieuse…
Les ressorts de la domination ont été mis à jour, ceux de la servitude volontaire aussi.
On peut y trouver des raisons ou un non sens, ou les raisons d’un non sens, selon l’angle de vue, toujours partiel, et généralement concurrentiel.
Ou tout cela à la fois, qui ne change rien au constat : l’humain est en très sale état, bien pire encore que la planète malade ; et le pire est qu’il n’en est au mieux que faussement conscient ; cette fausseté faisant partie du mal qui les ronge uniment.
A ce mal si profond et venant de si loin, largement documenté mais sous anesthésie générale, quand ce n’est pas sous hypnose, et toujours à travers les barreaux des spécialisations, et de leurs séparations, de leurs clôtures, de leurs champs de mines, de leurs intérêts, etc., il est bien vain d’opposer, dans l’heure qui nous presse, quelque chose d’autre que la lucidité ; quelque chose comme par exemple un espoir prochain, un système philosophique, le fantôme de la théorie, des miettes d’actes et souvent des actes en miettes.
Ce n’est pas pour demain.
Nous n’en concluons pas du tout que le désespoir ait raison (quoiqu’il ait ses raisons), ni qu’il faille se retrancher (au sens vraisemblable d’une amputation), et d’ailleurs où et comment ? C’est juste un effort apaisé pour être juste, porter son regard plus loin ; ce lointain qui est tout proche dans les prairies où poussent les fleurs de la conscience, nous ne pouvons l’exprimer plus justement.
Oui, respirer par ailleurs.
Nous ne disons enfin pas non plus qu’il soit inutile, absurde ou vain d’entreprendre d’être chaque jour plus humain (plus juste, plus digne, plus noble, plus généreux, plus sensible, plus attentif, plus radical, etc.) : c’est au contraire, s’il en reste un (et il n’en reste qu’un), le seul espoir, et même la seule magie, le puits infini où se puise la vie, qu’il s’agit déjà et qu’il s’agira plus et plus de rendre toujours plus accessible, dans le seul effort d’être soi.
Soyons patients de toute notre impatience, jouissons de nos temps morts et transmutons nos entraves.
Nous ne sortirons de la nuit qu’en devenant le jour. »
Anonyme.
Engin Akyurt
Voici reprendre son empire, l’antique Désordre originel.
Hölderlin
By becoming the day.
“Such a long history of dispossession, from which alienation emerged victorious…
The sources of domination have been exposed, as have those of voluntary servitude.
We can find reasons or nonsense, or reasons for nonsense, depending on the angle of view, always partial, and generally competitive.
Or all of this at the same time, which does not change the facts: humans are in a very bad state, much worse than the sick planet; and the worst is that he is at best only falsely aware of it; this falsity being part of the evil which gnaws away at them.
To this evil so deep and coming from so far away, widely documented but under general anesthesia, when not under hypnosis, and always through the bars of specializations, and their separations, their fences, their minefields , their interests, etc., it is quite vain to oppose, in the hour that presses us, anything other than lucidity; something like for example a future hope, a philosophical system, the ghost of theory, crumbs of acts and often acts in pieces.
It’s not for tomorrow.
We do not conclude from this at all that despair is right (although it has its reasons), nor that we must retreat (in the probable sense of an amputation), and moreover where and how? It’s just a peaceful effort to be fair, to look further; this distance which is very close in the meadows where the flowers of consciousness grow, we cannot express it more precisely.
Yes, breathe elsewhere.
Finally, we are not saying that it is useless, absurd or vain to attempt to be more human every day (more just, more dignified, more noble, more generous, more sensitive, more attentive, more radical, etc. ): it is on the contrary, if there is one left (and there is only one left), the only hope, and even the only magic, the infinite well from which life is drawn, that it is already acting and that it will be more and more a matter of making it ever more accessible, in the sole effort of being oneself.
Let us be patient with all our impatience, enjoy our downtime and transmute our obstacles.
Logiquement, la dégradation, dévastation et la destruction de la nature sont faciles à percevoir, non seulement du fait de leur importance, mais d’abord par l’illusion qu’elles seraient extérieures à l’humain. Par contre, l’aliénation, la falsification, l’appauvrissement de l’humain et des relations humaines sont moins perçus, d’une part parce qu’ont disparu les points de comparaison, avec la disparition des anciennes communautés, mais surtout parce que cette dégradation touche directement l’intériorité, qui n’est pas visible. On continue ainsi à appeler humain ce qui risque de n’en avoir bientôt plus que l’apparence. La dissolution de l’humanité dans le monde de la marchandise est masquée par l’apparence humaine des comportements les plus marchands. La falsification tend à devenir le mode d’être universel que chacun doit produire et entretenir envers les autres comme envers soi. La disparition de l’humain est l’opération secrète de la guerre que le dieu argent mène partout. Cette guerre est la cause de tous les maux qui affectent la vie sur terre. L’industrialisation démente, la dénaturation de tout qui s’ensuit, ne sont que les symptômes les plus visibles de cette guerre. L’urgence vitale est la redécouverte et le rétablissement de relations humaines justes et vraies, belles et authentiques. Toute révolte collective peut en être l’occasion, quelles que soient par ailleurs ses motivations et revendications déclarées. À l’inverse, la perpétuation de relations de pouvoir, de manipulation, de nuisance, sous couvert de « critique », de révolte, fût-elle « radicale » enfonce encore un peu plus l’humain dans l’obscurité de sa misère existentielle. Contre l’éclat aveugle et destructeur du dieu argent, il n’y a d’autre issue et combat que le rayonnement du meilleur de l’humain.
Logically, the degradation, devastation and destruction of nature are easy to perceive, not only because of their importance, but first of all because of the illusion that they would be external to the human. On the other hand, the alienation, the falsification, the impoverishment of the human and of human relations are less perceived, on the one hand because the points of comparison have disappeared, with the disappearance of the old communities, but above all because this degradation touches directly the interiority, which is not visible. We thus continue to call human what risks to have soon only the appearance of it. The dissolution of humanity in the world of merchandise is masked by the human appearance of the most commercial behaviors. Falsification tends to become the universal mode of being that everyone must produce and maintain towards others as towards oneself. The disappearance of the human being is the secret operation of the war that the god money is waging everywhere. This war is the cause of all the evils that affect life on earth. The insane industrialization, the denaturation of everything that follows, are only the most visible symptoms of this war. The vital urgency is the rediscovery and re-establishment of just and true, beautiful and authentic human relationships. Any collective revolt can be the occasion for this, whatever its motivations and declared claims. On the contrary, the perpetuation of relations of power, of manipulation, of nuisance, under the cover of « criticism », of revolt, even if it is « radical », pushes the human being a little more into the darkness of his existential misery. Against the blind and destructive brilliance of the money god, there is no other way out and fight than the radiation of the best of the human being.
Against the cult of the money-god, the radical remedy to put in all pockets.
Contre le culte du dieu argent, le remède radical à mettre dans toutes les poches :
« Our position in relation to Amazon obeys an editorial strategy of camouflage and smuggling: no distributor-diffuser contacted (Hobo, Pollen, Belles Lettres, Harmonia Mundi, etc.) having so far responded to our repeated solicitations, it is for us a matter of being there, in spite of everything, present in our very singularity. »
Et puis il y a les zombies. Masques et postures au rabais, phrases prépayées. Le zombie n’est pas sorti d’une tombe ; c’est une tombe de sortie. On en a vu pourtant reprendre vie ; il ne s’agissait pas d’un miracle, mais du fait que, dans une situation d’effondrement, quelques zombies se voient contraints d’aimer la liberté. A noter cependant qu’en masse ou disjonctés, ils sont dangereux. De façon générale, on passe son chemin, on longe le mur du con. Inutile de les prendre de front, sauf circonstances favorables ; quand ils sont piégés, quand ils se sentent idiots : rares moments de lucidité, où la conscience radicale peut les atteindre, voire les transpercer de ses flèches agiles. Car ils sont friables. Le zombie ne l’est pas à 100 % 24h/24. Le taux de zombification est également variable : un humain habite dedans, dans un état de dégradation mais aussi de réceptivité plus ou moins avancé. On peut jouer là-dessus. Il faut être prudent façon renard, et y aller en douceur façon colombe ou attaquer façon tigre, ou décamper façon petit poisson ; le requin n’arrive pas à attraper l’ingénieux petit poisson. Tout cela est affaire de circonstances, de motivation, d’enjeux, de goût ; de compassion aussi, car ils ne savent pas ce qu’ils sont. Le zombie se caractérise en effet par un haut degré d’insensibilité aux autres certes, mais aussi à soi-même. Il marche au pas en boitant du dedans. C’est la faille principale, celle qu’atteignent nos flèches, celle qui fait trembler leurs façades. Ce qui nous amène à résoudre l’haletante question que La Boétie posa à sa façon : pourquoi les hommes ne se révoltent-ils pas ? La servitude n’est volontaire que tant que et parce que l’humain ne trouve pas d’issue. Il ne trouve pas d’issue parce qu’il a été divisé par ceux qui veulent régner. D’abord divisé les uns des autres, puis divisé de soi à soi. Son semblant d’unité tient à la cuirasse caractérielle qu’il s’est forgée dès l’enfance afin d’oublier – sous les coups répétés de l’ennui institué, des contraintes à la chaîne et des frustrations solitaires -, d’oublier l’innocence de l’être, la joie de vivre, le bonheur qui rebondit, le bouquet des merveilles qui s’offrait à ses yeux. L’enfance veut se déployer au paradis, on lui inflige vite le b.a.-ba de l’enfer. Trimer, serrer les dents, faire bonne figure, tandis que la flamme s’éteint au-dedans. La vie grise qu’on nous vend a toujours un arrière-goût de cendres. Telle est la cartographie scientifique du zombie advenu, qui réclame notre indulgence et la mise en œuvre d’une stratégie adaptée, des fois que les apparences cesseraient de lui être trompeuses, ce qui lui pend au nez.
And then there are the zombies. Discounted masks and postures, prepaid phrases. The zombie did not emerge from a grave; it is an exit grave. Yet we have seen some come back to life; it was not a miracle, but the fact that, in a situation of collapse, some zombies are forced to love freedom. It should be noted, however, that en masse or disjunct, they are dangerous. Generally speaking, one passes by, one goes along the wall of the idiot. It is useless to take them head-on, except in favourable circumstances; when they are trapped, when they feel like idiots: rare moments of lucidity, when radical consciousness can reach them, or even pierce them with its nimble arrows. For they are brittle. The zombie is not 100% zombified 24 hours a day. The rate of zombification is also variable: a human lives in it, in a state of degradation but also of more or less advanced receptivity. This can be played with. You have to be careful like a fox, and go gently like a dove, or attack like a tiger, or run away like a little fish; the shark can’t catch the ingenious little fish. It’s all a matter of circumstance, motivation, stakes, taste; of compassion too, because they don’t know what they are. The zombie is characterised by a high degree of insensitivity to others, but also to himself. They walk at a walking pace, limping from within. This is the main flaw, the one that our arrows reach, the one that makes their facades tremble. This brings us to the breathtaking question that La Boétie posed in his own way: why do men not revolt? Servitude is only voluntary as long as and because humans cannot find a way out. It has no way out because it has been divided by those who want to rule. First divided from each other, then divided from self to self. Its semblance of unity is due to the character armour it has forged for itself since childhood in order to forget – under the repeated blows of institutional boredom, chain constraints and solitary frustrations – the innocence of being, the joy of living, the happiness that bounces back, the bouquet of wonders that was offered to its eyes. Childhood wants to unfold in paradise, but is quickly inflicted with the ABCs of hell. We have to grit our teeth and put on a brave face, while the flame inside is extinguished. The grey life we are sold always has an aftertaste of ashes. Such is the scientific cartography of the zombie that has come to be, which demands our indulgence and the implementation of an adapted strategy, once appearances cease to be deceptive, which is what is in store for it.
La société du spectacle a produit des spectateurs – c’est-à-dire des êtres passifs tout aussi falsifiés que leurs marchandises -, qui assistent maintenant – pour le moment toujours aussi passivement pour la plupart -, aux premières scènes dramatiques de l’acte final de la tragédie – dans laquelle ils doivent pourtant fatalement découvrir qu’ils en sont eux-mêmes les figurants -, dans le même temps où ils sont contraints de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un mauvais scénario, mais bien de la seule réalité disponible. Quant à ceux qui s’y donnent le beau rôle – politiciens, médiatiques, vedettes – les masques de plus en plus répugnants auxquels ils s’accrochent leur font chaque jour un peu plus ce rictus hideux qui annonce le bâton final auquel devra manquer la carotte.
The cathartic moment.
The society of the spectacle has produced spectators, that is to say passive beings just as falsified as their merchandise, who are now attending – for the moment still passively for the most part -, the first dramatic scenes of the final act of the tragedy – in which they must however fatally discover that they are themselves the extras -, at the same time as they are forced to realize that it is not a bad scenario, but the only reality available. As for those who give themselves the good role – politicians, media people, stars – the more and more repulsive masks to which they cling make them a little more each day this hideous rictus which announces the final stick to which the carrot will have to miss.
Debord disait (de mémoire) que bientôt auraient disparu les conversations, avec les derniers anciens qui savaient encore les pratiquer. Et qu’avaient déjà disparu bon nombre de choses comme le vrai pain. C’était au milieu des années 80. Il est resté le nom, l’apparence, tandis que la chose a disparu. Cela résume assez ce qu’est la société du spectacle : pas juste un spectacle : une nouvelle réalité, qui s’est substituée à l’ancienne – et qui entend se substituer à la réalité tout court.
Anecdote : j’évoquais Florence, comme exemple d’une ville bâtie avec goût et sensibilité, en la comparant aux réussites rentables et fonctionnelles des villes dortoirs ; réussites séparées, car elles sont incapables d’intégrer l’ensemble des paramètres émotionnels, urbanistiques, psychologiques, économiques, écologiques, etc., qui vont avec. D’ailleurs quand bien même certains de ces paramètres, pour certains produits destinés à durer, sont intégrés, ils ne le sont que sur le seul plan du calcul, comme si la réalité de la vie pouvait être enfermée dans un calcul.
La jeune fille à qui je parlais de Florence y avait été : elle n’a pas aimé.
J’en conclus que non seulement la plupart des possibilités de comparaison de l’authentique ont disparu, mais que même quand il en subsiste quelques traces, ont disparu les gens capables de l’apprécier. Les fanatiques de la vie falsifiée pourront bien dire que d’autres goûts sont venus avantageusement remplacer les authentiques, ces goûts-là n’en ont plus – non plus – que le nom.
Cette société se terminera donc dans un dégoût universel.
(Je me dépêche d’écrire ces mots avant que leur sens ne soit lui-même définitivement remplacé)