Vous trouverez en PDF ci-dessous quelques extraits du livre.
Il est maintenant présent dans de nombreuses librairies et peut être commandé dans presque toutes – ou directement chez l’éditeur sur cette page : Bon de commande
où vous trouvez également la Table des matières ainsi qu’un petit entretien avec les auteurs.
Le totalitarisme, c’est l’interdiction de l’intimité et de l’intériorité au nom de l’intérêt supérieur de l’état. L’homme comme pure extériorité.
Son corps, ses pensées, ses désirs, ses décisions, ses gestes, ses paroles, ses rêves et même ses cauchemars appartiennent dès lors au domaine public, dans une surexposition et une transparence totale, faisant de chaque individu, le suspect potentiel d’un crime possible et donc de chacun, littéralement, un monstre – c’est-à-dire celui qu’on peut montrer du doigt et désigner à la vindicte populaire ou à l’opprobre.
Dans une telle société, où la présomption de culpabilité remplace la présomption d’innocence, le contrôle par la terreur est total.
Là où la peur se focalise sur un objet particulier, telle ou telle phobie précise, la terreur, elle, étend ses tentacules à tous les aspects de la vie.
La terreur est la peur irrationnelle due à un danger inconnu perçu comme omniprésent, omnipotent et imprévisible.
Le drone, tout comme les logiciels de reconnaissance faciale embarqués, est le symbole même de la société totalitaire. Le maillage extérieur opéré par les drônes de surveillance et d’attaque se double d’un maillage intérieur où chacun, mis littéralement sous écoute, devient tour à tour son propre drône, le garde-chiourme, l’indicateur de police, l’accusateur et le censeur d’autrui, y compris de soi même, puisque désormais aliéné, c’est à dire dépossédé de son être intime : chacun est devenu l’ombre algorithmique et prévisible de lui même.
Au cœur de la guerre du Proche Orient, de l’Ukraine ou de « celle » (dixit Macron) contre la pandémie de covid se joue le contrôle absolu des consciences pour rendre évident ou acceptable l’inacceptable, la vision étatique, d’un homme dépouillé de son humanité, c’est à dire de son âme, ravalé au rang de simple acteur social ou de variable d’ajustement.
L’ingénierie sociale est le moyen consistant d’abord à atomiser les esprits, c’est à dire à les couper de tout lien social et affectif par la jouissance consumériste, les additions diverses et la peur (la crainte du sevrage de la jouissance consumériste étant aussi une forme de peur) pour, dans un deuxième temps, contrôler le discours sur le réel afin de mettre en œuvre une guerre des consciences entre elles, voire même, d’importer la guerre au plus profond de chaque individu, afin de conformer le réel au discours.
Qui contrôle le discours, contrôle le réel.
Diviser l’individu pour le soumettre au discours et à la vision du monde dominants, tel est le but de l’ingénierie sociale et la marque même de l’idéologie.
Le drône est le garde-chiourme d’un monde devenu carcéral où l’être concret et intime de l’homme est soumis à l’idéal abstrait de l’homme tel qu’il est pensé par l’État totalitaire et dont le contrôle absolu sur les esprits et les corps est le moyen.
L’idéologie totalitaire est à l’image du lit de Procuste. Elle consiste à raboter l’homme concret pour le conformer à la définition de l’État. L’enjeu de ce siècle, de ses conflits et tragédies est devenu celui de la résistance spirituelle à ce nouvel avatar totalitaire.
Une question préalable à l’écriture de ce texte était de savoir si nous devrions laisser la totalité du langage à l’organisation spectaculaire et déserter toute expression radicale, pour la raison qu’elle est sans puissance discernable ? Ce qui reviendrait à s’étouffer volontairement en quelque sorte, tandis que la maintenance de la critique nous est un agrément respiratoire, et de même pour quiconque s’en saisit. En outre, et Debord l’avait déjà noté (pour en faire l’usage que l’on sait), en certains temps troublés (et c’est peu de dire que les nôtres le sont), il n’est pas hasardeux de penser que la vague connaissance de l’existence d’une condamnation centrale de l’ordre existant peut parfois suffire, si jamais elle se répand, à rouvrir l’horizon émancipateur, en créant de nouvelles aspirations, lorsque le remède est connu. C’est un pari qui, pour incertain qu’il soit, mérite d’être pris, d’autant que nous n’en avons pas trouvé de meilleur. Il y a évidemment des choses à dire plus essentielles ; et elles sont dans le livre.
Ces brèves notes synthétisent les rencontres, les discussions et réflexions de l’été jusqu’au début de l’automne 2024, en soulignant que la dispersion géographique a considérablement limité les contacts. On fait comme on peut.
Le premier constat au sein de l’Observatoire au fil de nos rencontres est que presque partout les gens sont considérablement abîmés, physiquement et plus encore dans leurs têtes.
Mais aussi que les cœurs le sont moins, sauf chez les fanatiques de l’aliénation évidemment.
Quelque chose résiste/se tient à l’écart/reste intact/vit ailleurs.
Le cœur, foyer insurrectionnel. La sensibilité, communauté de l’humain.
Les affinités vraies à démêler.
Il nous semble qu’on peut donc malgré tout et à terme tabler sur les bienfaits immédiats d’un possible dérèglement du système, lié à un soulèvement des solidarités dans les franges les plus lucides/sensibles : une régénération/réoxygénation.
Après, tout dépendra des capacités anti idéologiques, de leurs possibles contagions/diffusions, ce qui revient à affirmer sans risque d’erreur qu’évidemment la partie n’est pas gagnée.
Il y aura bien des convulsions, des reculs, des errements avant que, contraints par l’asphyxie générale du système, les peuples parviennent à entrevoir/pressentir/retrouver un vécu émancipateur.
Entre-temps, la détérioration accélérée des conditions de survie va continuer et amplifier son œuvre de destruction (mais aussi de clarification). On se prépare au pire en cherchant le meilleur.
On the possibilities for deconstructing alienated situations.
These brief notes summarise the meetings, discussions and reflections of the summer, emphasising that geographical dispersion has considerably limited contacts. We do what we can.
The first thing to emerge from the Observatory’s summer meetings is that people everywhere are considerably damaged, physically and even more so in their minds. But also that hearts are less so, except among the fanatics of alienation of course. Something resists / stands aside / remains intact / lives elsewhere. The heart, a hotbed of insurrection. Sensibility, the human community. True affinities to be unravelled. It seems to us that, despite everything, in the long term we can count on the immediate benefits of blocking the system, including an uprising of solidarity in the most lucid/sensitive fringes: regeneration/reoxygenation. After that, everything will depend on the anti-ideological capacities and their possible contagion/diffusion, which means that we can safely say that the game is obviously not won. There will be many convulsions, setbacks and wanderings before, constrained by the general asphyxiation of the system, people manage to glimpse/feel/recover an emancipatory experience. In the meantime, the accelerated deterioration in survival conditions will continue and amplify its work of destruction (but also of clarification). We’re preparing for the worst by looking for the best.
Habituée à briller sous des voiles synthétiques, endiablée d’une danse qui laisse le cœur vide et l’âme taciturne, la vieille actrice se trouve nue et cruellement seule.
Un creux au centre du thorax, le ventre tordu de questions inutiles (« mes seins, mes jambes, ma peau »), le miroir qu’elle souhaiterait briser, les artifices accumulés et qui pourrissent comme le monde-monde, les jouets sont cassés.
C’est qu’il manque une certaine épaisseur maintenant, quand tout s’écroule, et qu’il n’y a plus nulle part de réponses rapides aux questions avides, la course devient stérile, l’argent se meurt, pour ce qu’il ne représente plus ; cendres d’une volonté de toute puissance, dont le rien s’évanouit.
La vieille actrice regarde en arrière, se drogue d’images, images de soi, en boucle, ritournelle de l’image qui rassure, peut-on encore jouer le jeu, rien qu’une fois, ce jeu de dupe de la séduction.
Le vieux jeu, dans lequel les acteurs se reconnaissent, chacun sa partition, chacun aura son quart d’heure de gloire, de jouissance fanée, de sexe débridé.
Le vieux monsieur se détourne, et puis s’en va.
Connaissant trop bien les règles, il se sait vaincu aux premières lueurs de l’aube, ça ne tiendra pas, la luxure réclame une certaine aisance, aux premières lueurs de l’aube tout s’effondrera, un autre monde se rejouera, avec d’autres participants, d’autres que lui se tiendront sur la scène, c’est sûr.
La jeune fille se détourne et s’en va.
N’ayant plus assez de flot, de flux, d’énergie vaine, de pulsation, ayant déjà dépensée trop dans des circuits courts, la jeune fille qui pourrait être au centre du jeu, se met à pleurer, le jeu est toujours le même, il faut sans cesse attirer la convoitise, et c’est sans fin, le monstre veut toujours plus, les enchères montent chaque seconde.
Alors, déjà fatiguée de faire semblant, du théâtre mondain, de l’adrénaline, la jeune fille pleure dans le désert de sa condition.
Le mensonge est la condition, qu’on appelle politesse, pour pallier aux plaies internes, le désert est immense.
Ne reste que peu de monde finalement à se vautrer dans le monde-monde, pensant encore y trouver un espace de satisfaction.
Mais là encore les ballons éclatent sur la face rouge des participants, la fête est finie, il faut rentrer chez soi.