Le moment cathartique.

La société du spectacle a produit des spectateurs – c’est-à-dire des êtres passifs tout aussi falsifiés que leurs marchandises -, qui assistent maintenant – pour le moment toujours aussi passivement pour la plupart -, aux premières scènes dramatiques de l’acte final de la tragédie – dans laquelle ils doivent pourtant fatalement découvrir qu’ils en sont eux-mêmes les figurants -, dans le même temps où ils sont contraints de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un mauvais scénario, mais bien de la seule réalité disponible.
Quant à ceux qui s’y donnent le beau rôle – politiciens, médiatiques, vedettes – les masques de plus en plus répugnants auxquels ils s’accrochent leur font chaque jour un peu plus ce rictus hideux qui annonce le bâton final auquel devra manquer la carotte.

The cathartic moment.

The society of the spectacle has produced spectators, that is to say passive beings just as falsified as their merchandise, who are now attending – for the moment still passively for the most part -, the first dramatic scenes of the final act of the tragedy – in which they must however fatally discover that they are themselves the extras -, at the same time as they are forced to realize that it is not a bad scenario, but the only reality available.
As for those who give themselves the good role – politicians, media people, stars – the more and more repulsive masks to which they cling make them a little more each day this hideous rictus which announces the final stick to which the carrot will have to miss.

Dans un dégoût universel.

Debord disait (de mémoire) que bientôt auraient disparu les conversations, avec les derniers anciens qui savaient encore les pratiquer. Et qu’avaient déjà disparu bon nombre de choses comme le vrai pain. C’était au milieu des années 80. Il est resté le nom, l’apparence, tandis que la chose a disparu. Cela résume assez ce qu’est la société du spectacle : pas juste un spectacle : une nouvelle réalité, qui s’est substituée à l’ancienne – et qui entend se substituer à la réalité tout court.

Anecdote : j’évoquais Florence, comme exemple d’une ville bâtie avec goût et sensibilité, en la comparant aux réussites rentables et fonctionnelles des villes dortoirs ; réussites séparées, car elles sont incapables d’intégrer l’ensemble des paramètres émotionnels, urbanistiques, psychologiques, économiques, écologiques, etc., qui vont avec. D’ailleurs quand bien même certains de ces paramètres, pour certains produits destinés à durer, sont intégrés, ils ne le sont que sur le seul plan du calcul, comme si la réalité de la vie pouvait être enfermée dans un calcul.

La jeune fille à qui je parlais de Florence y avait été : elle n’a pas aimé.

J’en conclus que non seulement la plupart des possibilités de comparaison de l’authentique ont disparu, mais que même quand il en subsiste quelques traces, ont disparu les gens capables de l’apprécier. Les fanatiques de la vie falsifiée pourront bien dire que d’autres goûts sont venus avantageusement remplacer les authentiques, ces goûts-là n’en ont plus – non plus – que le nom.

Cette société se terminera donc dans un dégoût universel.

(Je me dépêche d’écrire ces mots avant que leur sens ne soit lui-même définitivement remplacé)

La prison de nos rêves d’enfants.

Il est bien évident que l’école se rapproche du milieu carcéral : horaires, immobilité, contrainte, discipline, punitions et maintenant télésurveillance à tous les étages. Les enfants naissent et grandissent dans un monde d’adultes déjà détruit. Fatalement ce que les adultes leur enseignent est une adaptation à la forme d’anéantissement qui leur tient lieu d’existence.

Comment supporter l’insupportable, comment accepter l’inacceptable voilà le principal de l’enseignement. Des soldats pour la guerre, des soumis pour l’usine, des vaincus pour les maîtres.

Le peu que je sais du monde dans lequel je surnage tant bien que mal, est d’origine extra-scolaire pour ne pas dire extra-terrestre, tant il faut s’éloigner des idées, non pas reçues mais infligées, pour retrouver un rien de bon sens.

Un jour nous serons libres et nos enfants grandiront dans l’amour et la liberté et ce ne sera pas le foutoir. Du reste, nos maitres essayent de nous faire passer le foutoir que nous vivons, pour un monde normal.

Ce que les hommes vivent actuellement est, pour moi, le résultat de l’ignorance, de la bêtise, de la folie et du goût criminel du pouvoir. Je ne vois rien de “normal” dans cette ahurissante foire d’empoigne que l’on appelle les marchés, rien de normal dans le pillage intégral de la terre, rien de normal dans le monde qu’ils essaient, entre autres par le biais de l’enseignement public, de nous faire passer pour “normal” autant que naturel.

Je n’ai pas été bon élève.

The prison of our childhood dreams.

It is quite obvious that school is getting closer to the prison environment: schedules, immobility, constraint, discipline, punishments and now remote surveillance on all floors. Children are born and grow up in a world of adults already destroyed. Fatally, what adults teach them is an adaptation to the form of annihilation that takes the place of their existence.

How to bear the unbearable, how to accept the unacceptable, that is the main part of the teaching. Soldiers for the war, submissive for the factory, defeated for the masters.

The little I know of the world in which I survive as best I can, is of extra-scholastic origin, not to say extra-terrestrial, so much it is necessary to move away from ideas, not received but inflicted, to find a little common sense.

One day we will be free and our children will grow up in love and freedom and it will not be a mess. Besides, our masters try to make us pass the mess we live in, for a normal world.

What men are living now is, for me, the result of ignorance, stupidity, madness and the criminal taste for power. I see nothing « normal » in this bewildering market place, nothing normal in the total plundering of the earth, nothing normal in the world that they try, among other things through public education, to make us believe is « normal » as well as natural.

I have not been a good student.