
Catégorie : Nos contributions.
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Photo : Aleksandar Pasaric. -
L’anarchisme naturien a connu une très brève existence : fondé en 1894 à Paris, autour du dessinateur Émile Gravelle, il s’éteindra progressivement vers le début du 20ème siècle.
Sa perspective était la suivante « On pourra perpétuellement décapiter des rois, déposer des empereurs, éventrer des présidents de la République, la situation restera la même tant qu’il y aura des mines, des usines et des chantiers. Tant que l’artificiel établi pendant des siècles d’esclavage sera considéré comme base de système de vie, il y aura exploitation de l’homme par l’homme, il y aura spoliation, sans parler de la dégradation toujours continue et aggravée de la Nature. »
Certains considèrent aujourd’hui que l’idée de décroissance ferait resurgir cette perspective, sauf que l’anarchisme naturien ne visait en rien une décroissance économique, mais bien la désertion massive de l’économie.
L’idée d’un progrès humain conditionné par l’industrialisation était radicalement rejetée : parce qu’avec l’industrialisation, seule l’industrialisation progresse, et pas l’humain.
A l’inverse, le mouvement appelait au retour à la nature comme principe exclusif de développement et d’épanouissement : « Vous ne serez plus astreints à d’autres labeurs, que celui qu’il vous fera plaisir de faire pour votre usage et votre satisfaction personnels ; plus de ces travaux fatigants et répugnants qui font de vous des Hommes machines courbés journellement et pendant des années sur le même travail ; vous trouverez dans la grande Nature tout ce que vous pourrez décider, vous jouirez enfin à votre tour des richesses immenses qu’elle renferme. »
Nous pensons que loin d’être dépassés ou définitivement rangés parmi les précurseurs de l’écologisme, fut-il décroissant, les anarchistes naturiens ont vu juste sur l’essentiel qui tient en deux points : le premier est que la civilisation industrielle est condamnée à disparaître – ou à faire disparaître l’humanité. Le deuxième est que le retour à la nature doit être radicalement repensé comme retour au fondement de la liberté.
Sur le premier point, pour parler comme Debord, nous nous préparons au pire, et combattons pour le meilleur.
Pour ce qui est du retour à la nature, il s’agit du vaste programme qui attend l’humanité si elle se libère de la tyrannie de tous les pouvoirs.
Il ne s’agit évidemment pas de redevenir des chasseurs-cueilleurs, sinon des chasseurs-cueilleurs de justice, de beauté et d’amour. Il ne s’agit pas plus de réduire l’humain à l’instinct, comme si la nature ne lui avait pas donné la créativité. Et il ne s’agit enfin pas non plus de s’enfermer dans une conception et un vécu bornés, purement physiques et matériels, comme si la nature et nous n’avions pas infiniment plus de choses à faire ensemble.
Car nous sommes absolument naturels, et l’artificiel lui-même n’est qu’un produit transitoire et recyclable de ce que peut la nature.
Nous sommes absolument naturels, dans le sens le plus vaste où l’entendait Spinoza ou, bien plus loin dans le temps, Anaximandre. La nature est notre maison, notre aventure, notre racine et notre élévation.
Nous sommes absolument naturels dans notre finitude participant de son renouvellement infini.
C’est pourquoi les architectures de l’avenir, quelles soient matérielles ou métaphysiques, ingénieuses ou poétiques, ou le tout à la fois, seront encore des branches et des rameaux de l’arbre de la nature, et nous en feront des nids pour tous les oiseaux, et nous serons comme des oiseaux.
Et enfin l’anarchie aussi est absolument naturelle : elle ne distribue ni ne délègue le moindre principe d’autorité à qui que ce soit, comme le remarquait Diderot, à qui nous laissons ici la conclusion :
« La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l’état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d’une autre origine que la nature. »
Naturian anarchism is ahead of us.
Naturian anarchism had a very brief existence: founded in 1894 in Paris, around the draughtsman Emile Gravelle, it will gradually die out towards the beginning of the 20th century.
Its perspective was as follows:
« One can perpetually decapitate kings, depose emperors, disembowel presidents of the Republic, the situation will remain the same as long as there are mines, factories and construction sites. As long as the artificial established during centuries of slavery is considered as the basis of a system of life, there will be exploitation of man by man, there will be despoilment, not to mention the continuous and worsening degradation of Nature. »
Some consider today that the idea of degrowth would make resurface this perspective, except that the naturian anarchism did not aim at an economic degrowth, but well the massive desertion of the economy.
The idea of a human progress conditioned by industrialization was radically rejected: because with industrialization, only industrialization progresses, and not the human.
On the contrary, the movement called for a return to nature as the exclusive principle of development and blossoming:
« You will no longer be forced to do any other work than that which it will give you pleasure to do for your own personal use and satisfaction; no longer will you have to do the tiring and repulsive work that makes you machine men, bent over day after day and for years on the same job; you will find in the great Nature all that you can decide, you will finally enjoy in your turn the immense riches that she contains.«
We think that far from being outdated or definitively ranked among the precursors of ecologism, even if it is decreasing, the naturalistic anarchists were right on the essential which holds in two points: the first is that the industrial civilization is condemned to disappear – or to make humanity disappear. The second is that the return to nature must be radically rethought as a return to the foundation of freedom.
On the first point, to speak like Debord, we are preparing for the worst, and fighting for the best.
As for the return to nature, this is the vast program that awaits humanity if it frees itself from the tyranny of all powers.
It is obviously not a question of becoming hunter-gatherers again, if not hunter-gatherers of justice, beauty and love. It is not a question either of reducing the human being to instinct, as if nature had not given him creativity. And finally, it is not a question either of locking ourselves in a limited conception and experience, purely physical and material, as if nature and we did not have infinitely more things to make together.
For we are absolutely natural, and the artificial itself is only a transitory and recyclable product of what nature can do.
We are absolutely natural, in the broadest sense in which Spinoza understood it or, much further back in time, Anaximander. Nature is our home, our adventure, our root and our elevation.
We are absolutely natural in our finitude participating in its infinite renewal.
That is why the architectures of the future, whether material or metaphysical, ingenious or poetic, or all at once, will still be branches and twigs of the tree of nature, and we will make nests for all the birds, and we will be like birds.
And finally anarchy too is absolutely natural: it neither distributes nor delegates the least principle of authority to anyone, as Diderot remarked, to whom we leave the conclusion here:
« Freedom is a gift from heaven, and each individual of the same species has the right to enjoy it as soon as he enjoys reason. If nature has established any authority, it is paternal power: but paternal power has its limits; and in the state of nature, it would end as soon as the children were able to behave. All other authority comes from another origin than nature. »
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Il est clair que nous sommes bombardés à tout instant de causalités, nous trouvant de surcroît à l’intérieur d’une forêt de déterminismes. Ces causes et ces déterminismes sont en plus inextricablement connectés, même si nous en repérons spécifiquement quelques uns. Mais chacune de ces causes et chacun de ces déterminismes, pour simplement exister, et même pour pouvoir se connecter à d’autres, doit aussi nécessairement avoir une part d’autonomie, sans quoi tout ne serait que bouillie.
De la même manière, aussi peu que ce soit et que je puisse le discerner, je suis nécessairement moi-même une causalité spécifique ayant sa part d’autonomie.
C’est en tant que tel que « je » existe.
La question de savoir si nous sommes réellement, effectivement et véritablement libres – ou non – est de toute façon sans importance. Ce qui importe, c’est de nous saisir comme libres, puisque tout se passe comme si nous l’étions. Que je ne sois pas la cause de ces présents mots ne m’importe en rien, mais exclusivement le fait de pouvoir les écrire.
Autrement dit, dans la mesure où je me saisis comme étant libre de les écrire, ne pas en être libre n’y changera rien, sauf si, me saisissant comme non libre, cela me décourageait de les écrire, ou me ferait les écrire sur fond d’insignifiance et d’inutilité.
La seule « chose » qui puisse m’enlever ma liberté, c’est moi-même. Il ne dépend que de moi de me ressaisir comme libre, quelles que soient les reconfigurations de l’espace (géographique ou métaphysique ou autre) dans lequel ma liberté trouve à s’exprimer.
Pieds et poings liés dans le sombre recoin d’une minuscule cellule, ma liberté reste intacte et entière. Considérant la nouveauté de la situation où je me trouve, j’admets que l’espace dans lequel je puis encore me mouvoir s’est considérablement restreint. Certes cet espace est restreint, mais pas ma liberté. A l’intérieur de cet espace minuscule, je reste entièrement libre de faire tous les mouvements que je peux y faire. Ni plus, ni moins que dans n’importe quel autre espace. La taille de l’espace ne peut en lui-même en rien déterminer ma liberté, mais seulement déterminer son champ d’expression.
De sorte qu’évidemment, on peut être entièrement libre dans un espace infime – et prisonnier en plein air. Ce qu’on appelle la liberté extérieure est une liberté qui m’est extérieure.
La seule façon dont la diminution de l’espace dans lequel je peux exercer ma liberté peut restreindre ma liberté, c’est si j’identifie ma liberté à cet espace. C’est comme ça que les gens, se sentant privés de liberté parce qu’ils sont privés de certains espaces, s’enferment eux-mêmes dans cette privation. C’est comme ça qu’ils perdent de vue leur liberté, aveuglés par l’espace qui s’est réduit autour d’eux ou en eux.
On peut m’interdire des tas de choses, dresser mille obstacles devant, derrière et tout autour de moi, on n’a fait que modifier l’espace dans lequel pourtant ma liberté reste entière et intacte.
Evidemment, quand on s’identifie à ses conditions d’existence, quelles qu’elles soient, c’est notre liberté qu’on y conditionne, et une fois que cette identification s’est produite jusqu’à atteindre le sujet, le « je », il n’y a plus de sujet, mais rien qu’un objet : l’objet des conditions qui le déterminent.
L’importance de tout ceci, c’est que c’est très différent d’agir en hommes libres, en hommes auxquels rien ni personne ne peut enlever la liberté, plutôt que de réagir en esclaves. Réagir en esclaves, c’est reconnaître à d’autres le pouvoir d’atteindre notre liberté. Ils peuvent certes atteindre ce qu’on appelle « des » libertés, mais ces « libertés » ne sont en réalité que des modalités changeantes du champ d’expression de mon inviolable liberté.
Il reste pour finir deux points à préciser.
D’abord, que si aucun espace d’aucune espèce que ce soit (géographique ou métaphysique ou autre), ne détermine ma liberté, mais exclusivement son champ d’expression et de déploiement, il n’empêche que ma liberté est relative : relative à l’espace et au temps. Autrement dit elle n’est pas absolue.
Il faut attendre d’atteindre pour ça une possible dimension divine. Ce qui présuppose d’en préserver l’attribut souverain : la liberté. Nul ne sait ce que pourra l’humain, quand il réalisera sa souveraine liberté.
Ensuite, évidemment, il n’est pas indifférent que l’espace où se déploie ma liberté soit vaste ou ridicule, radieux ou pollué, etc. Mais tant que je ne peux rien y faire, il est inutile et vain de m’user à le nier. Non pas que je doive l’approuver, mais seulement l’accepter: pour autant que et tant que je ne peux rien y faire. Il est bien évidemment légitime et sain de refuser qu’on restreigne illégitimement l’espace où se déploie ma liberté ; et légitime de chercher par tous les moyens, eux-mêmes légitimes, à retrouver cet espace antérieur, voire à l’accroître, car cela est du domaine de ma liberté souveraine. Mais cela ne peut se faire valablement qu’en acceptant – toujours sans l’approuver – non pas cette diminution, mais sa réalité de fait. Cette acceptation, dans toute situation qui peut se présenter, est un principe d’économie de nos forces : ne pas les gaspiller en vain, les distribuer au plus juste.
Pieds et poings liés dans le sombre recoin d’une minuscule cellule, et dans l’incapacité présente de me détacher, j’en attends et si je peux j’en prépare l’occasion.
Sans l’approuver, j’accepte la situation ; tout en la refusant, j’y adapte ma liberté.
Voici donc à nouveau éclairci le secret de la servitude volontaire : c’est quand je cesse de me ressaisir libre et que je cesse même de le vouloir, que j’oriente ma volonté en direction de ma servitude, à laquelle j’identifie ma liberté.
The sovereignty of my freedom.
It is clear that we are bombarded at any moment by causalities, finding ourselves moreover inside a forest of determinisms. These causes and determinisms are moreover inextricably connected, even if we specifically identify some of them. But each of these causes and determinisms, in order to simply exist, and even to be able to connect to others, must also necessarily have a part of autonomy, without which everything would be nothing but mush.
In the same way, as little as it is and as much as I can discern it, I am necessarily myself a specific causality having its share of autonomy.
It is as such that « I » exist.
The question of whether we are really, effectively and truly free – or not – is in any case irrelevant. What is important is to grasp ourselves as free, since everything happens as if we were. That I am not the cause of these words does not matter to me, but only the fact that I can write them.
In other words, insofar as I grasp myself as free to write them, not being free will not change anything, unless, grasping myself as not free, it would discourage me from writing them, or make me write them against a background of meaninglessness and uselessness.
The only « thing » that can take away my freedom is myself. It depends only on me to recapture myself as free, whatever the reconfigurations of the space (geographical or metaphysical or other) in which my freedom finds expression.
Bound hand and foot in the dark corner of a tiny cell, my freedom remains intact and whole. Considering the novelty of the situation in which I find myself, I admit that the space in which I can still move is considerably restricted. Certainly this space is restricted, but not my freedom. Inside this tiny space, I remain entirely free to make all the movements that I can make there. No more and no less than in any other space. The size of the space cannot in itself determine my freedom, but only determine its field of expression.
So obviously, one can be entirely free in a tiny space – and a prisoner in the open air. What is called external freedom is a freedom that is external to me.
The only way that the shrinking of the space in which I can exercise my freedom can restrict my freedom is if I identify my freedom with that space. This is how people, feeling deprived of freedom because they are deprived of certain spaces, lock themselves into that deprivation. That’s how they lose sight of their freedom, blinded by the space that has shrunk around them or within them.
They can forbid me a lot of things, put up a thousand obstacles in front of me, behind me and all around me, but they have only modified the space in which my freedom remains complete and intact.
Obviously, when we identify ourselves with our conditions of existence, whatever they may be, it is our freedom that we condition, and once this identification has occurred until it reaches the subject, the « I », there is no longer a subject, but only an object: the object of the conditions that determine it.
The importance of all this is that it is very different to act as free men, as men from whom nothing and nobody can take away freedom, than to react as slaves. To react as slaves is to recognize the power of others to achieve our freedom. They can indeed attain what are called « freedoms », but these « freedoms » are in reality only changing modalities of the field of expression of my inviolable freedom.
Finally, there are two points to be made.
First, if no space of any kind (geographical or metaphysical or other), determines my freedom, but exclusively its field of expression and deployment, it does not prevent that my freedom is relative: relative to space and time. In other words, it is not absolute.
It is necessary to wait to reach for that a possible divine dimension. What presupposes to preserve the sovereign attribute of it: the freedom. No one knows what the human being will be able to do, when he realizes his sovereign freedom.
Then, obviously, it is not indifferent that the space where my freedom unfolds is vast or ridiculous, radiant or polluted, etc. But as long as I can’t do anything about it, it is useless and vain to deny it. Not that I have to approve it, but only accept it: as long as I can’t do anything about it. It is of course legitimate and healthy to refuse that the space where my freedom unfolds is illegitimately restricted; and legitimate to seek by all means, themselves legitimate, to recover this former space, or even to increase it, because that is the domain of my sovereign freedom. But this can only be done validly by accepting – always without approving it – not this diminution, but its reality of fact. This acceptance, in any situation that may arise, is a principle of economy of our forces: not to waste them in vain, to distribute them as fairly as possible.
Bound hand and foot in the dark corner of a tiny cell, and unable at present to detach myself, I wait for it and if I can I prepare the occasion.
Without approving it, I accept the situation; while refusing it, I adapt my freedom to it.
Here is thus once again clarified the secret of voluntary servitude: it is when I cease to feel free and even cease to want it, that I direct my will towards my servitude, with which I identify my freedom.

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Il fut un temps où la vue d’une cheville faisait tourner la tête d’un homme, où l’esquisse d’un sourire illuminait son cœur.
En ce temps-là régnait « le sale petit secret » de la sexualité.
Pour maintenir ce règne, une étouffante hypocrisie divisait le corps et l’esprit : la rigidité des codes sociaux était le rideau derrière lequel s’agitaient les frustrations et les fantasmes
Et parfois, dans les coulisses, leur défoulement allait bon train, engendrant toutefois culpabilité, dégoût et honte de soi, de retour à la case morale.
Le moralisme produit généralement un violent mépris du corps, et le corps s’en venge violemment, en méprisant toute morale.
Des êtres ainsi coupés en deux n’avaient pour retrouver un semblant d’unité que la prière du pécheur, celle qui monnaye l’abonnement au vice contre l’assurance-pardon.
Mais il restait encore quelque douce innocence, récupérée par des poètes en mal d’amour, usant des mots comme de bouquets d’épines.
Elle se trouvait évidemment là où pousse intensément la vie, dans l’élan de la jeunesse. Et si la jeunesse dorée la perdait vite à travers le labyrinthe de la passion idéalisée, les jeunes des quartiers et des campagnes savaient encore d’instinct s’adonner aux délices d’une rencontre, s’abandonner à sa subtile alchimie, en savourer chaque parfum.
Et puis on a libéré le sexe, et la marchandise en a fait sa vedette.
Mais libéré de quoi au juste ? De la culpabilité certes, mais surtout de toute relation unitaire. Le sexe s’est mis à vivre sa propre vie et la masturbation de masse, qui coïncide parfaitement avec la consommation de la valeur marchande, a entériné cette autonomisation.
A mesure que les mœurs s’éduquaient donc ainsi aux injonctions de la consommation, la séparation des corps et des cœurs est devenu l’esprit dominant de l’époque.
Désormais le corps a ses raisons que le calcul capitaliste a traduit en images.
Et l’on s’est mis à tout photographier.
On a fait des gros plans, de plus en plus gros et de plus en plus grossiers, car c’est ce que réclame l’addiction aux images.
Ainsi est née la pornographie, qui éduque à présent massivement les jeunes générations.
Arrivés à ce stade, les cœurs se sont trouvés placés devant une étrange alternative : soit s’insensibiliser, ce qui convient parfaitement à la survie dans un monde saturé d’immondices (selon la deuxième définition du dictionnaire : « déchets de la vie humaine et animale, résidus du commerce et de l’industrie. ») ; soit soupirer mélancoliquement après l’unité perdue, dont la nostalgie se voit réduite elle-même à consommer des images jaunies.
Alors quoi faire ?
L’unité est à réinventer, voilà tout.

Photo de Pixabay sur Pexels.com And we began to photograph everything.
There was a time when the sight of an ankle turned a man’s head, when the outline of a smile lit up his heart.
In those days, the « dirty little secret » of sexuality reigned.
To maintain this reign, a suffocating hypocrisy divided the body and the spirit: the rigidity of the social codes was the curtain behind which the frustrations and the fantasies were agitated
And sometimes, behind the scenes, their release went well, generating however guilt, disgust and shame of oneself, back to the moral box.
Moralism generally produces a violent contempt of the body, and the body takes violent revenge, by despising all morals.
Beings thus cut in two had to find a semblance of unity only the sinner’s prayer, the one which monetizes the subscription to vice against the insurance of forgiveness.
But there was still some sweet innocence, recovered by poets in search of love, using words as bouquets of thorns.
It was obviously where life grows intensely, in the momentum of youth. And if the gilded youth lost it quickly through the labyrinth of the idealized passion, the young people of the districts and the countryside still knew instinctively to devote themselves to the delights of an encounter, to abandon themselves to its subtle alchemy, to savor each perfume of it.
And then sex was liberated, and the merchandise made it its star.
But liberated from what exactly? From guilt, of course, but especially from any unitary relationship. Sex began to live its own life, and mass masturbation, which coincides perfectly with the consumption of commodity value, confirmed this autonomization.
As morals were thus educated to the injunctions of consumption, the separation of bodies and hearts became the dominant spirit of the time.
From now on, the body has its reasons that the capitalist calculation has translated into images.
And we started to photograph everything.
We made close-ups, bigger and bigger and bigger, because that’s what the addiction to images demands.
Thus was born pornography, which now massively educates the young generations.
Having reached this stage, hearts are faced with a strange alternative: either to become numb, which is perfectly suited to survival in a world saturated with filth (according to the second dictionary definition: « waste of human and animal life, residues of commerce and industry »); or to sigh melancholically after the lost unity, whose nostalgia is itself reduced to consuming yellowed images.
So what to do?
Unity is to be reinvented, that’s all. -
A podridão inacreditável daqueles que dominam a sociedade do espectáculo.
The unbelievable rottenness of those who dominate the society of the spectacle.
L’incredibile marciume di coloro che dominano la società dello spettacolo.
La increíble podredumbre de quienes dominan la sociedad del espectáculo.
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