En devenant le jour.

« Une si longue histoire de la dépossession, dont l’aliénation est sortie victorieuse…

Les ressorts de la domination ont été mis à jour, ceux de la servitude volontaire aussi.

On peut y trouver des raisons ou un non sens, ou les raisons d’un non sens, selon l’angle de vue, toujours partiel, et généralement concurrentiel.

Ou tout cela à la fois, qui ne change rien au constat : l’humain est en très sale état, bien pire encore que la planète malade ; et le pire est qu’il n’en est au mieux que faussement conscient ; cette fausseté faisant partie du mal qui les ronge uniment.

A ce mal si profond et venant de si loin, largement documenté mais sous anesthésie générale, quand ce n’est pas sous hypnose, et toujours à travers les barreaux des spécialisations, et de leurs séparations, de leurs clôtures, de leurs champs de mines, de leurs intérêts, etc., il est bien vain d’opposer, dans l’heure qui nous presse, quelque chose d’autre que la lucidité ; quelque chose comme par exemple un espoir prochain, un système philosophique, le fantôme de la théorie, des miettes d’actes et souvent des actes en miettes.

Ce n’est pas pour demain.

Nous n’en concluons pas du tout que le désespoir ait raison (quoiqu’il ait ses raisons), ni qu’il faille se retrancher (au sens vraisemblable d’une amputation), et d’ailleurs où et comment ? C’est juste un effort apaisé pour être juste, porter son regard plus loin ; ce lointain qui est tout proche dans les prairies où poussent les fleurs de la conscience, nous ne pouvons l’exprimer plus justement.

Oui, respirer par ailleurs.

Nous ne disons enfin pas non plus qu’il soit inutile, absurde ou vain d’entreprendre d’être chaque jour plus humain (plus juste, plus digne, plus noble, plus généreux, plus sensible, plus attentif, plus radical, etc.) : c’est au contraire, s’il en reste un (et il n’en reste qu’un), le seul espoir, et même la seule magie, le puits infini où se puise la vie, qu’il s’agit déjà et qu’il s’agira plus et plus de rendre toujours plus accessible, dans le seul effort d’être soi.

Soyons patients de toute notre impatience, jouissons de nos temps morts et transmutons nos entraves.

Nous ne sortirons de la nuit qu’en devenant le jour. »

Anonyme.

Engin Akyurt

Voici reprendre son empire, l’antique Désordre originel.

Hölderlin

By becoming the day.



“Such a long history of dispossession, from which alienation emerged victorious…

The sources of domination have been exposed, as have those of voluntary servitude.

We can find reasons or nonsense, or reasons for nonsense, depending on the angle of view, always partial, and generally competitive.

Or all of this at the same time, which does not change the facts: humans are in a very bad state, much worse than the sick planet; and the worst is that he is at best only falsely aware of it; this falsity being part of the evil which gnaws away at them.

To this evil so deep and coming from so far away, widely documented but under general anesthesia, when not under hypnosis, and always through the bars of specializations, and their separations, their fences, their minefields , their interests, etc., it is quite vain to oppose, in the hour that presses us, anything other than lucidity; something like for example a future hope, a philosophical system, the ghost of theory, crumbs of acts and often acts in pieces.

It’s not for tomorrow.

We do not conclude from this at all that despair is right (although it has its reasons), nor that we must retreat (in the probable sense of an amputation), and moreover where and how? It’s just a peaceful effort to be fair, to look further; this distance which is very close in the meadows where the flowers of consciousness grow, we cannot express it more precisely.

Yes, breathe elsewhere.

Finally, we are not saying that it is useless, absurd or vain to attempt to be more human every day (more just, more dignified, more noble, more generous, more sensitive, more attentive, more radical, etc. ): it is on the contrary, if there is one left (and there is only one left), the only hope, and even the only magic, the infinite well from which life is drawn, that it is already acting and that it will be more and more a matter of making it ever more accessible, in the sole effort of being oneself.

Let us be patient with all our impatience, enjoy our downtime and transmute our obstacles.

We will only emerge from night by becoming day. »

Anonymous.