L’entretien imaginaire.

En quoi êtes-vous situationnistes ?
– C’est simple : nous considérons que la caractérisation de la société comme société du spectacle est la plus juste, la plus opérationnelle, la plus élucidante. En un mot : le meilleur outil d’analyse.

Et c’est tout ?

– Nous apprécions aussi ce que Debord appelait « le style de la négation » : un certain tranchant dans l’emploi de l’intelligence, qui permet d’opérer une identification instantanée et parlante entre tout ce qui participe du spectacle et tout ce qui tend à s’en démarquer.

Nous trouvons aussi un intérêt dans l’idée de créer des situations qui permettent des sauts qualitatifs dans l’existence et dans la conscience.

En quoi vous différenciez-vous de l’I.S ?

– Nous ne reprenons pas du tout à notre compte l’ensemble du contenu et des pratiques immoralistes dont se sont gargarisés les suivistes de l’I.S, et dont la société actuelle s’est non seulement très bien accommodée, mais dont elle a même fait en quelque sorte le clou du spectacle : jouir, et vite. Les pratiques immorales dont les situationnistes se flattaient qu’elles scandalisent, sont devenues l’ordinaire des « élites », le modèle affiché de la réussite insolente.

Êtes-vous des moralistes ?

– Nous nous situons radicalement par-delà le moralisme et l’immoralisme. Ce qui nous intéresse, c’est le développement de la vie, dans ses dimensions individuelles ou communes comme totalité et comme unité. La jouissance éphémère et séparée, c’est pour les esclaves de la séparation, toutes celles et tous ceux qui se sont résignés à croupir dans le bagne du temps. L’épanouissement unitaire a quelque chose d’éternel, dont le goût est accessible en toutes choses. Maintenant et tout de suite.

N’est-ce pas une façon de ramener finalement la religion, et Dieu, dans les mentalités ?

– Dites-nous ce que vous appelez religion, vous nous ferez plaisir, et surtout vous y verrez plus clair.

Nous faisons évidemment nôtre la critique de la « religion » qui commence dès l’antiquité, et se poursuit jusque chez les situationnistes. La « religion » comme consolation illusoire et consommation de l’illusoire – en ce sens la société du spectacle est d’essence religieuse -, la religion comme domination et auxiliaire de la domination, et bien sûr la religion comme séparation. A ce titre, écarter toute religiosité de la perspective d’un homme total, vouloir la supprimer sans la réaliser, c’est une séparation majeure, qui est pour beaucoup dans l’échec situationniste, nous y reviendrons.

Si par contre on saisit la religion comme liaison créatrice avec la totalité vivante, nous sommes très religieux. Quant à « Dieu », puisqu’on nous dit qu’il serait mort, nous nous intéressons à ce qui n’est pas mort avec cette mort : nous considérons comme une vérité radicale, et même comme la radicalité de toute vérité que derrière l’appellation « Dieu » (qu’on en fasse un mot saint ou un gros mot nous indiffère), se trouve le fait que tout est littéralement possible. Nous affirmons que c’est quelque chose d’expérimentable dans la vie la plus ordinaire. Voilà de quoi créer d’intéressantes situations !

Vous risquez surtout d’être doublement incompris et rejetés : par la tradition marxiste, anarchiste, situationniste d’une part ; par les religions d’autre part.

– Ce risque est plutôt une chance : si nous sommes dans le vrai, et qu’il pousse comme nous le disons, alors nous serons peut-être un moment de son chant, une des étapes de sa floraison. Un signe du Printemps.

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