Il n’est que trop évident et depuis trop longtemps, que le peuple palestinien ne peut compter que sur lui-même pour dépasser l’affrontement suicidaire dans lequel ses représentants l’ont enfermé.
Il est pour cela nécessaire qu’émerge, en débordant toutes les expressions institutionnelles existantes, une voix pacifique venue des profondeurs de la Palestine, et qui rencontrera des échos jusque dans les profondeurs du peuple juif.
Il s’agit de proclamer, de manifester et d’activer sur le terrain et aux yeux du monde la volonté de fraternisation du peuple palestinien avec le peuple juif, contre leurs représentants assoiffés de haine.
Cette perspective n’est pas nouvelle, on en trouve des expressions périodiques à travers l’histoire, une des plus récentes étant la coopération à Jérusalem même, entre Palestiniens et Israéliens, face à la pandémie.
Pour la première fois depuis des décennies, en mai 2020, on a vu fraterniser les soldats et la population dans des quartiers à haute tension, lors de la distribution de nourriture et de produits de première nécessité.
Daoud Siyam, un habitant de Silwan évoquait « l’aube d’une nouvelle ère », étouffée depuis.
Car ce que redoute le plus l’État israélien, ce ne sont pas les roquettes du Hamas, mais la contagion d’une paix à la base. Or, cette paix et cette fraternisation sont non seulement la seule réponse historique possible au conflit séculaire, mais aussi le germe d’une nouvelle société, où c’est le peuple lui-même qui va redessiner progressivement l’ensemble de ses liens et de ses activités, dans tous les domaines.
Sous la radicalité de la crise palestinienne couve la possibilité d’une solution planétairement exemplaire.
May 2020, fraternisations in Sheikh Jarrah, Jerusalem. May 2021, clashes in Sheikh Jarrah, Jerusalem.
It is all too obvious and has been for too long that the Palestinian people can only rely on themselves to overcome the suicidal confrontation in which their representatives have trapped them. It is therefore necessary for a peaceful voice to emerge from the depths of Palestine, overflowing all the existing institutional expressions, and which will find echoes in the depths of the Jewish people. It is a question of proclaiming, manifesting and activating on the ground and in the eyes of the world the will of the Palestinian people to fraternise with the Jewish people, against their representatives thirsting for hatred. This perspective is not new, there are periodic expressions of it throughout history, one of the most recent being the cooperation in Jerusalem itself, between Palestinians and Israelis, in the face of the pandemic. For the first time in decades, exactly one year ago, in May 2020, soldiers and the population fraternised in high-voltage neighbourhoods during the distribution of food and basic necessities. Daoud Siyam, a resident of Silwan, spoke of « the dawn of a new era », which has since been stifled, as we can see in this grim month of May 2021, and certainly not innocently. For what the Israeli state fears most is not the rockets of Hamas, but the contagion of a grassroots peace. Now, this peace and this fraternisation are not only the only possible historical response to the age-old conflict, but also the seed of a new society, in which it is the people themselves who will progressively redraw all their links and activities, in all fields.
Beneath the radical nature of the Palestinian crisis lies the possibility of an exemplary planetary solution.
On peut distinguer deux sortes de terrorisme actuel : celui qui s’en prend aux Etats et celui qui vient des Etats. Celui qui s’en prend aux Etats peut être distingué en deux sortes : celui qui vient d’individus isolés imprévisibles et celui qui vient de groupes spécialisés. Le terrorisme des individus imprévisibles est la résultante de situations personnelles d’extrême instabilité qui va trouver dans l’acte de terreur une double compensation : d’abord l’aveuglement d’une vengeance devenue folle, ensuite le gain assuré d’une place post-mortem dans le spectacle. Le terrorisme des groupes spécialisés se nourrit également d’une vengeance devenue folle, légitimée par un délire idéologique quelconque, qu’il soit de type religieux ou suprématiste, etc. Pour l’ensemble de ces variantes du terrorisme, la question de la manipulation est facile à trancher. Comme le remarque Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle : « Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire, il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres. » Cette manipulation peut s’exercer de différentes façons, qui peuvent être complémentaires : par une idéologie quelconque retaillée sur-mesure, par des infiltrations, par la mise en spectacle de l’acte terroriste qui promet la double réussite d’une récompense illusoire dans un quelconque paradis taillé sur-mesure, et celle d’un accès inespéré à un vedettariat immédiat ou d’un accès immédiat à un vedettariat inespéré, qu’on peut considérer comme la récompense offerte cette fois par l’illusion elle-même, qui est, comme on sait, la plus recherchée par les habitants de la société du spectacle. Ils ne sont cependant et heureusement pas nombreux, du moins en temps normal, les spectateurs prêts à mourir par et pour l’amour d’une illusion. Debord remarque encore que le terrorisme comme représentation est pourtant très utile pour la masse, car, souligne-t-il « les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable. » Dans ce même ordre d’idées, Sanguinetti dresse en 2015, dans le texte intitulé De l’utilité du terrorisme, qu’on trouve facilement sur Internet, une liste exhaustive de tous les bénéfices qui peuvent être retirés du terrorisme, parmi lesquels on peut citer : déclencher là-bas des guerres, annuler ici durablement des libertés, ravaler la façade de la démocratie, procurer des emplois stables dans et autour de la justice d’État, offrir au peuple un inépuisable sujet de haine et de peur, etc. Quant à savoir réellement et dans le détail de chaque opération terroriste pour qui précisément ont agi tels ou tels individus, et pourquoi meurent des innocents, nous laissons là aussi Debord conclure : « Il est difficile d’appliquer le principe Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères. »
« La société du spectacle » cela signifie que la société se donne en spectacle à elle-même, se donne à vivre comme un spectacle et ne vit essentiellement que de spectacles.
Cette spectacularisation est le résultat de l’illusion qui enrobe n’importe quel objet marchand. Une marchandise c’est, bien sûr, d’abord un objet ayant une utilité. Mais cette caractéristique, qu’on pourrait penser devoir être la seule, passe au second plan, parce que la marchandise, pour se vendre, doit avant tout être attirante.
Or cet attrait est directement proportionnel à toute cette vie qui a été perdue dans la sphère de la production.
La masse des producteurs produit des objets qui lui sont étrangers : le producteur n’a ni conçu, ni choisi ce qu’il produit, ni choisit comment il le produit. Ce qu’il produit lui est donc essentiellement étranger et les gestes et pensées qu’exige de lui le processus de production lui sont également étrangers.
De sorte que le produit final, la marchandise, lui fait face comme un objet étranger, mais qui concentre de fait une somme non pas tant de temps de travail, mais de temps non-vécu.
Cette masse de non-vécu produit à son tour nécessairement le besoin d’une compensation.
La marchandise qui réussit est donc la marchandise qui promet ; qui promet au producteur de lui rendre, dans sa consommation, cette vie perdue.
L’objet marchand véhicule donc, en plus de sa valeur d’usage, une promesse de vie. Toute marchandise se donne ainsi en spectacle, d’une part à travers son image, qui doit être séduisante, mais plus profondément parce qu’elle est – objectivement – la matérialisation du temps perdu, qui se donne à présent comme vie à rattraper.
La marchandise est donc l’image inversée de la non-vie et c’est ce qui fait sa magie, au sens illusionniste.
L’accumulation marchande produit donc un mirage global qui n’est fondamentalement ni le décor publicitaire, ni les représentations en tous genres (politiques, médiatiques, télévisuelles, etc.), mais bien plus essentiellement la forme même dans laquelle vont s’inscrire la totalité des rapports sociaux.
Le spectacle nous demande juste qu’elle place nous sommes capables d’occuper dans ce mirage : simple spectateur passif, spectateur acteur ou, beaucoup plus rare et les places sont beaucoup plus chères, spectateur vedette.
Le spectateur vedette est tout-à-fait à part : c’est un spectateur qui joue le rôle de l’acteur à qui le mirage a réussi.
Il incarne la coïncidence de l’image et de l’action : il est l’image qui a pris vie et qui nous en donne l’exemple.
A noter que plus cette image prend spectaculairement vie, plus la vedette s’éloigne en réalité de la vraie vie, et paiera très cher, économiquement souvent mais surtout existentiellement, le fait de devoir tôt ou tard y retomber.
Le spectacle est sans pitié pour l’humain, parce qu’il en est le vampire.
Et peu importe de toute façon le coût humain, car le spectacle doit continuer.
Maintenant, pour le spectateur de base, les choses sont plus simples : il s’agit juste de savoir à quel mirage j’ai économiquement accès, quelles marchandises, non pas habilleront ma vie, mais donneront vie à ma vie.
Aux yeux des autres d’abord, car le spectacle se présente d’abord comme société, mais aussi à mes propres yeux, car le spectateur est engagé dans une course sans fin pour échapper à la conscience de sa misère existentielle, et doit pour y parvenir, pour y arriver, devenir un arriviste, un parvenu. Parvenu à quoi ? A incarner la fausse conscience satisfaite.
On voit donc pour conclure qu’il ne va pas être si facile que ça de sortir du mirage : il y a d’abord un vaste désert à traverser.
What is « the society of the spectacle »?
The « society of the spectacle » means that society makes a spectacle of itself, makes a living as a spectacle and lives essentially by spectacles.
This spectacularisation is the result of the illusion that envelops any commodity. A commodity is, of course, first and foremost an object with a purpose. But this characteristic, which one might think should be the only one, takes a back seat, because the commodity, in order to sell itself, must above all be attractive.
And this attractiveness is directly proportional to the amount of life that has been lost in the sphere of production. The mass of producers produces objects that are alien to it: the producer has neither conceived nor chosen what he produces, nor does he choose how he produces it. What he produces is therefore essentially foreign to him and the gestures and thoughts that the production process requires of him are also foreign to him.
So that the final product, the commodity, faces him as a foreign object, but one that concentrates not so much labour time, but non-labour time.
This mass of non-experience in turn necessarily produces the need for compensation. The commodity that succeeds is therefore the commodity that promises; that promises the producer to give him back, in his consumption, this lost life.
The commodity thus conveys, in addition to its use value, a promise of life. Every commodity thus makes a spectacle of itself, on the one hand through its image, which must be attractive, but more profoundly because it is – objectively – the materialisation of lost time, which is now given as a life to be regained.
The commodity is thus the inverted image of non-life and this is what makes its magic, in the illusionist sense.
Commodity accumulation thus produces a global mirage that is fundamentally neither the advertising decor nor representations of any kind (political, media, television, etc.), but much more essentially the very form in which the totality of social relations will be inscribed.
The spectacle just asks us what place we are capable of occupying in this mirage: simple passive spectator, actor spectator or, much rarer and the places are much more expensive, star spectator.
The star spectator is quite different: he is a spectator who plays the role of the actor to whom the mirage has succeeded. He embodies the coincidence of image and action: he is the image that has come to life and gives us an example of it. It should be noted that the more spectacularly this image comes to life, the further the star actually moves away from real life, and will pay dearly, often economically but above all existentially, for the fact that he will sooner or later have to fall back into it. The show has no mercy on humans, because they are its vampires. And it doesn’t matter what the human cost is anyway, because the show must go on. Now, for the basic spectator, things are simpler: it’s just a matter of knowing which mirage I have economic access to, which commodities will not dress my life, but will give life to my life. In the eyes of others first of all, because the show presents itself first of all as a society, but also in my own eyes, because the spectator is engaged in an endless race to escape the awareness of his existential misery, and in order to do so, to achieve it, he must become an arriviste, a parvenu. Attained what? To embody the false, satisfied conscience.
In conclusion, we can see that it will not be as easy as all that to get out of the mirage: first of all there is a vast desert to cross.
Prisonniers de leurs chaines, mais plus encore de la sorte de confort qu’ils avaient fini par trouver, les prisonniers avaient rejeté le philosophe qui voulait les délivrer. Ils étaient tellement habitués à leur situation, et n’en connaissaient aucune autre. Ils se sentaient rassurés, serrés les uns contre les autres. Ils avaient leurs habitudes, ils habitaient leurs habitudes et leurs habitudes les habitaient, et même les habillaient. Bref, sortir de leurs habitudes, ça aurait été se retrouver tout nus, et perdus. Il faut dire qu’en plus, les ombres qu’on leur projetait sur la paroi de la caverne étaient variées, avec des programmes renouvelés une fois par semaine, et quelques séries passionnantes. Et ainsi, même s’ils avaient admis la description que le philosophe leur avait faite de la situation exacte dans la caverne, ça leur était bien égal, ils avaient leurs spectacles qui étaient à eux.
Tout allait donc au mieux dans la meilleure des cavernes possibles, quand un jour il n’y eut plus de spectacle : la paroi de la caverne restait désespérément vide, il faisait froid, on n’entendait plus rien. En fait, les serviteurs dévoués des maîtres de la caverne faisaient grève ! Impensable jusque-là, la révolte avait éclaté quand ces mêmes maîtres décidèrent de licencier une partie des serviteurs, arguant que pour porter les objets dont les ombres se projetaient sur la paroi, il n’y avait pas besoin d’être nombreux. On avait besoin des serviteurs pour d’autres tâches, comme fabriquer de nouveaux objets de divertissement pour les maîtres, car eux aussi aimaient s’évader (façon de parler) en regardant défiler les marionnettes de luxe dans la grande salle luxueuse de la caverne.
Il faut croire qu’il n’est jamais bon de priver les prisonniers de leur spectacle : ils finirent par se détacher, et organisèrent une manifestation : « On veut nos spectacles ! » criaient-ils tout d’abord. Mais le peu qu’on consentit à leur rendre ne les satisfaisait pas, d’autant qu’ils avaient pris un certain plaisir à braver l’interdit en se détachant, en se redressant. Et en plus, ils se sentaient forts, toujours bien serrés les uns contre les autres. Devant le refus obstiné des maîtres, qui n’avaient aucune intention de se priver de leurs nouveaux spectacles, les prisonniers s’enhardirent : « La fabrication des objets à ceux qui en regardent les ombres ! » Tel était leur audacieux slogan d’autogestion. On entendait même quelques timides : « Soyons nous-mêmes les maîtres de la caverne ! ».
Il y a une suite heureuse et imprévue à cette triste farce, déjà rédigée, mais nous la gardons pour plus tard.
On a beaucoup glosé sur les situationnistes, quand ils n’étaient plus là. Pendant ce temps, la société du spectacle n’a cessé de leur donner raison, sauf sur le point décisif : celui de son dépassement. C’est ce mouvement réel qu’il s’agit pour nous de repérer, dans son avancée anti-spectaculaire, et d’activer, par des voies à chaque fois surprenantes.
Ce n’est pas que l’I.S aurait eu tort, mais qu’elle a eu très tôt raison. Quand cette avance n’est pas perçue comme telle, mais qu’on pense « marcher au pas de la réalité », alors on s’expose à subir désarmé la lourde inertie du système de domination.
Cet écart entre la critique radicale et le mouvement qui dissout les conditions existantes devait nécessairement produire de terribles conséquences, que ce soit pour le monde, déjà si avancé dans sa décomposition, ou pour ceux qui le combattaient, armés sans aucun doute d’une belle générosité historique, mais ça n’a pas suffi.
Certes le temps s’écoulait de plus en plus vite, mais le spectacle, lui, ne s’écroulait pas, dont les modifications incessantes n’ont fait que masquer la « monotonie immobile. »
La déception fut donc très cruelle pour les plus engagés, et qui étaient en même temps les plus pressés d’en finir avec la non-vie. Parmi eux, certains ont résisté, en se postant à la périphérie du « centre tranquille du malheur », d’autres n’ont connu que le versant tragique de ce reflux ; et la masse des suiveurs, comme on pouvait le prévoir, s’est reconvertie dans les emplois attractifs que le spectacle de l’insatisfaction s’est mis à promouvoir furieusement.
C’étaient déjà ces années répugnantes où le gauchisme pro-situ, quand il ne se découvrait pas un goût surprenant pour la restauration rapide ou la rénovation des ruines, a investi les plateaux de la télévision, en les trouvant fort beaux finalement, avec eux au milieu.
Finalement non, les jours de cette société n’avaient pas bien été comptés, sinon à l’aune d’une compréhensible impatience, agrémentée de premiers succès historiques certes, et de quelques scandales aboutis ; mais les habitants de la désolation ne se sont pas divisés en deux partis, dont lʼun voudrait quʼelle disparaisse.
Les insatisfaits se sont plutôt dispersés : soit dans la résignation, soit dans les luttes en miettes, soit dans les campagnes ou encore parfois les biens immobiliers, une valeur sûre, parce qu’on peut toujours rénover.
Quant aux autres, ceux qui ont toujours donné raison à la dépossession, ils en sont encore à croire la posséder, bien que de moins en moins, parce que cela devient chaque jour nettement plus incertain.
Et ce qui devait arriver est venu : un cap décisif a donc été franchi. Nous revoici plongés dans un malaise universel aux contours insaisissables, où trouver des repères est bien la tâche la plus ardue, et c’est très bien.
La disparition de l’horizon contraint chacun à ne plus pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit d’autre qu’à la rigoureuse nécessité de la vérité.
Et c’est elle, qui va maintenant éduquer directement l’humanité.
Notre rôle s’en trouve donc sensiblement allégé et facilité : si les premiers situationnistes devaient produire la théorie à laquelle l’histoire donnerait raison, nous n’aurons plus qu’à souligner comment la raison remonte maintenant, comme naturellement, à la surface de l’histoire.
« Le mécontentement partout en suspens sera aggravé, et aigri, par la seule connaissance vague de l’existence d’une condamnation théorique de l’ordre des choses. » Guy Debord.
From the SI to us.
Much has been said about the situationists when they were no longer around. During this time, the society of the spectacle has never stopped proving them right, except on the decisive point: that of its overcoming. It’s this real movement that we have to spot, in its anti-spectacular advance, and activate, by surprising ways each time.
It is not that the SI was wrong, but that it was right very early on. When this advance is not perceived as such, but when one thinks one is « walking in step with reality », then one exposes oneself to suffer the heavy inertia of the system of domination unarmed.
This gap between radical critique and the movement that dissolves existing conditions was bound to produce terrible consequences, both for the world, which was already so far advanced in its decomposition, and for those who fought against it, who were undoubtedly armed with a beautiful historical generosity, but it wasn’t enough.
It is true that time was passing faster and faster, but the show itself was not collapsing, and its incessant changes only masked its « immobile monotony. «
The disappointment was therefore very cruel for those who were the most committed, and who were at the same time the most eager to end the non-life. Among them, some resisted, positioning themselves on the periphery of the « quiet centre of unhappiness », others only experienced the tragic side of this ebb; and the mass of followers, as could be foreseen, reconverted themselves into the attractive jobs that the spectacle of dissatisfaction furiously promoted.
Those were the disgusting years when pro-situ leftists, when they weren’t discovering a surprising taste for fast food or renovating ruins, took over the television sets, finding them quite beautiful after all, with them in the middle.
In the end, no, the days of this society had not been well counted, except by the yardstick of an understandable impatience, embellished by first historical successes certainly, and by a few successful scandals; but the inhabitants of the desolation were not divided into two parties, one of which would like it to disappear.
Rather, the dissatisfied have dispersed: either into resignation, or into crumbling struggles, or into the countryside, or even sometimes into real estate, a safe bet, because you can always renovate.
As for the others, those who have always given reason to dispossession, they still believe they own it, although less and less, because it becomes more and more uncertain every day.
And what had to happen has happened: a decisive step has been taken. We are once again plunged into a universal malaise with elusive contours, where finding reference points is indeed the most difficult task, and that’s fine.
The disappearance of the horizon forces everyone to be unable to cling to anything other than the rigorous necessity of truth. And it is truth that will now directly educate humanity.
Our role is thus considerably lightened and facilitated: if the first situationists were to produce the theory that history would prove right, we would only have to point out how reason now rises, as if naturally, to the surface of history.
« The discontent everywhere in abeyance will be aggravated, and embittered, by the mere vague knowledge of the existence of a theoretical condemnation of the order of things. « Guy Debord.