Adresse à la jeunesse.

Cette angoisse, cette déprime, ce stress auxquels la jeunesse est sommée de s’adapter pour suivre coûte que coûte les décisions hors-sol bombardées du haut des tours ministérielles peuvent être paradoxalement l’occasion individuelle et collective de remettre en question l’ensemble de la logique éducastratrice.

Car enfin, lʼécole a-t-elle perdu le caractère rebutant quʼelle présentait aux XIXème et XXème siècles, quand elle rompait les esprits et les corps aux dures réalités du rendement et de la servitude, se faisant une gloire dʼéduquer par devoir, autorité et austérité, non par plaisir et par passion ? Rien nʼest moins sûr, et c’est ce que révèle crument la situation actuelle.

Aucun enfant ne franchit le seuil dʼune école sans s’exposer au risque de se perdre ; de perdre cette vie exubérante, avide de connaissances et dʼémerveillements, quʼil serait si exaltant de nourrir, au lieu de la stériliser et de la désespérer sous lʼennuyeux travail du savoir stérilisé et desséché. Quel terrible constat que ces regards brillants soudain ternis !

Mais pourquoi les jeunes gens sʼaccommoderaient-ils dans leur for intérieur dʼune société contaminée, bien plus que par un virus, par cette grisaille et cette absurdité que les adultes nʼont plus que la résignation de supporter avec une aigreur et un malaise croissants ?

Lʼinsupportable prééminence des intérêts financiers sur le désir de vivre nʼarrive plus à donner le change. Le cliquetis sinistre de lʼappât du gain sonne toujours plus faux, à mesure que dévalent vers lʼégout du passé les valeurs du maître et de lʼesclave, les idéologies de gauche et de droite, le collectivisme et le libéralisme, tout ce qui sʼest édifié sur le viol de la nature terrestre et de la nature humaine au nom de la sacro-sainte marchandise.

Au terme dʼune course frénétique au profit, l’on découvre qu’il ne restera bientôt plus que les parts empoisonnées d’un fromage terrestre rongé de toutes parts. Il est temps de se préparer à sortir la vie de cette impasse.

Nous nous sommes trop longtemps laissé persuader quʼil nʼy avait à attendre de l’existence que la déchéance et la mort. Cʼest une vision de vieillards prématurés, de golden boys tombés dans la sénilité précoce parce quʼils ont préféré lʼargent à lʼenfance.

Une société nouvelle commence où commence lʼapprentissage dʼune vie fondée sur la créativité, non sur le travail; sur lʼauthenticité, non sur le paraître; sur le raffinement des désirs, non sur les mécanismes du refoulement et du défoulement, sur la solidarité et la coopération, non sur une stupide compétition où l’arriviste sans scrupule lʼemporte sur lʼêtre sensible et généreux.

Outre qu’il nʼy a pas dʼenfants stupides, il nʼy a que des éducations stérilisantes. Dites-vous que nul nʼest comparable ni réductible à qui que ce soit, à quoi que ce soit. Chacun possède ses qualités propres, il lui incombe seulement de les affiner pour épanouir la joie de se sentir en accord avec ce qui vit.

Que lʼon cesse donc de dévaloriser lʼenfant qui sʼintéresse plus aux rêves et aux hamsters quʼà lʼhistoire de lʼEmpire romain. Pour qui refuse de se laisser programmer par les logiciels de la vente promotionnelle, tous les chemins mènent vers soi et à la création.

Quelle résignation dans lʼenfermement prétendument studieux où lʼélève est convié à se sacrifier et à claquer sur son propre bonheur la porte du renoncement ! Et comment instruirait-il les enfants quʼil a devant lui, lʼéducateur qui nʼest plus capable de redevenir enfant en renaissant chaque jour à lui-même ?

Celui qui porte dans son coeur le cadavre de son enfance nʼéduquera jamais que les âmes mortes. Dispenser la connaissance, cʼest réveiller lʼespoir dʼun monde merveilleux.

Face à la sinistrose dans laquelle la pandémie a plongé la planète, voilà l’horizon capable de dissiper la noirceur et d’éclairer nos pas vers un monde nouveau.

Address to the youth.

This anguish, this depression, this stress to which young people are summoned to adapt in order to follow, at all costs, the off-the-ground decisions bombarded from the top of the ministerial towers can paradoxically be the individual and collective opportunity to question the whole of the educator logic.
For finally, has the school lost the repulsive character it had in the nineteenth and twentieth centuries, when it broke minds and bodies from the harsh realities of performance and servitude, making a point of educating by duty, authority and austerity, not by pleasure and passion? Nothing is less certain, and this is cruelly revealed by the current situation.
No child crosses the threshold of a school without exposing himself to the risk of losing himself; of losing that exuberant life, eager for knowledge and wonder, which it would be so exhilarating to nurture, instead of sterilising and despairing it under the dull work of sterilised and dried-up knowledge. What a terrible realization that these brilliant looks are suddenly dulled!
But why should young people inwardly accommodate themselves to a society contaminated, far more than by a virus, by that dullness and absurdity which adults now have only the resignation to endure with increasing sourness and unease?
The unbearable pre-eminence of financial interests over the desire to live no longer manages to give the change. The sinister clatter of greed rings ever more false, as the values of master and slave, the ideologies of left and right, collectivism and liberalism, everything built on the rape of earthly nature and human nature in the name of the sacrosanct commodity, descend into the sewer of the past.
At the end of a frenzied race for profit, one discovers that there will soon be nothing left but the poisoned slices of an earthly cheese eaten away on all sides. It is time to prepare to get life out of this impasse.
For too long we have allowed ourselves to be persuaded that there is nothing to look forward to in existence but decay and death. It is a vision of premature old men, of golden boys who have fallen into premature senility because they have preferred money to childhood.
A new society begins where the learning of a life based on creativity, not on work; on authenticity, not on appearances; on the refinement of desires, not on the mechanisms of repression and release, on solidarity and cooperation, not on a stupid competition where the unscrupulous upstart prevails over the sensitive and generous being.
Besides the fact that there are no stupid children, there are only sterile educations. Tell yourself that no one is comparable or reducible to anyone, to anything. Each one has his or her own qualities, it is only up to him or her to refine them in order to blossom the joy of being in tune with what lives.
So let us stop devaluing the child who is more interested in dreams and hamsters than in the history of the Roman Empire. For those who refuse to be programmed by the software of promotional sales, all roads lead to the self and to creation.
What resignation in the supposedly studious enclosure where the student is invited to sacrifice himself and slam the door of renunciation on his own happiness! And how would he instruct the children he has before him, the educator who is no longer capable of becoming a child again by being reborn each day to himself?
He who carries in his heart the corpse of his childhood will never educate anything but dead souls. To dispense knowledge is to awaken the hope of a wonderful world.
In the face of the grimness into which the pandemic has plunged the planet, this is the horizon capable of dispelling the darkness and lighting our steps towards a new world.

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