On la trouve dans le fond de tes yeux À la pointe de tes lèvres On la trouve dans ton corps réveillé La fin du péché La courbe de tes flancs La chaleur de ton sein Au plus profond de ton ventre Dans l’attente du matin
On la trouve dans le rêve réalisé On la trouve dans le pistolet-mitrailleur poli Dans la joie, dans la rage La destruction de la cage La mort de l’école Le refus du travail L’usine déserte Ta maison sans porte
On la trouve dans l’imagination La musique sur l’herbe On la trouve dans la provocation Le travail de la taupe L’histoire du futur Le présent sans histoire Les moments d’ivresse Les instants de mémoire
On la trouve dans le noir de la peau Dans la fête collective Elle emporte la marchandise Elle te prend la main Elle incendie Milan Elle lance les pavés Les pierres sur les blindés Elle cogne sur les fascistes On la trouve dans les rêves des voyous Dans les jeux des enfants La connaissance du corps L’orgasme de l’esprit L’envie dévorante Le discours transparent.
Qui a dit qu’elle n’existe pas Qui a dit qu’elle n’existe pas
On la trouve dans le fond de tes yeux À la pointe des lèvres On la trouve dans le pistolet-mitrailleur poli Dans la fin de l’État
Elle existe, elle existe. Oui qu’elle existe. Mais qui a dit qu’elle n’existe pas…
Ceux d’entre nous qui restent Se souviendront le plus loin qu’ils peuvent, Nos enfants, qui sait, se souviendront, Un jour, le monde se souviendra. On dira : “Ceux-là vécurent Au temps des bons camarades. Quelle époque formidable Cela dût être, quoique le présent Soit merveilleux aussi.” Notre souvenir revivra, à nous Tous, toujours, en chacun, Quand viendront les beaux jours si éloignés. S’ils n’adviennent jamais, Nous n’en saurons rien. Qu’importe. Nous avons le mieux vécu, nous les hommes Les plus heureux de notre temps.
Kenneth Rexroth
Nous avons embarqué les ciels les plus lointains, les plus déconcertants, étrangers comme nous, recouverts de la poussière de tant d’errances, et cependant la main ouverte comme des yeux d’enfant. Dans les replis de la vie, de sa mélancolie s’écoule la petite éternelle musique.
Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure.
Hölderlin.
The universal falsification will progress as long as the people do not desert it.
« Une si longue histoire de la dépossession, dont l’aliénation est sortie victorieuse…
Les ressorts de la domination ont été mis à jour, ceux de la servitude volontaire aussi.
On peut y trouver des raisons ou un non sens, ou les raisons d’un non sens, selon l’angle de vue, toujours partiel, et généralement concurrentiel.
Ou tout cela à la fois, qui ne change rien au constat : l’humain est en très sale état, bien pire encore que la planète malade ; et le pire est qu’il n’en est au mieux que faussement conscient ; cette fausseté faisant partie du mal qui les ronge uniment.
A ce mal si profond et venant de si loin, largement documenté mais sous anesthésie générale, quand ce n’est pas sous hypnose, et toujours à travers les barreaux des spécialisations, et de leurs séparations, de leurs clôtures, de leurs champs de mines, de leurs intérêts, etc., il est bien vain d’opposer, dans l’heure qui nous presse, quelque chose d’autre que la lucidité ; quelque chose comme par exemple un espoir prochain, un système philosophique, le fantôme de la théorie, des miettes d’actes et souvent des actes en miettes.
Ce n’est pas pour demain.
Nous n’en concluons pas du tout que le désespoir ait raison (quoiqu’il ait ses raisons), ni qu’il faille se retrancher (au sens vraisemblable d’une amputation), et d’ailleurs où et comment ? C’est juste un effort apaisé pour être juste, porter son regard plus loin ; ce lointain qui est tout proche dans les prairies où poussent les fleurs de la conscience, nous ne pouvons l’exprimer plus justement.
Oui, respirer par ailleurs.
Nous ne disons enfin pas non plus qu’il soit inutile, absurde ou vain d’entreprendre d’être chaque jour plus humain (plus juste, plus digne, plus noble, plus généreux, plus sensible, plus attentif, plus radical, etc.) : c’est au contraire, s’il en reste un (et il n’en reste qu’un), le seul espoir, et même la seule magie, le puits infini où se puise la vie, qu’il s’agit déjà et qu’il s’agira plus et plus de rendre toujours plus accessible, dans le seul effort d’être soi.
Soyons patients de toute notre impatience, jouissons de nos temps morts et transmutons nos entraves.
Nous ne sortirons de la nuit qu’en devenant le jour. »
Anonyme.
Engin Akyurt
Voici reprendre son empire, l’antique Désordre originel.
Hölderlin
By becoming the day.
“Such a long history of dispossession, from which alienation emerged victorious…
The sources of domination have been exposed, as have those of voluntary servitude.
We can find reasons or nonsense, or reasons for nonsense, depending on the angle of view, always partial, and generally competitive.
Or all of this at the same time, which does not change the facts: humans are in a very bad state, much worse than the sick planet; and the worst is that he is at best only falsely aware of it; this falsity being part of the evil which gnaws away at them.
To this evil so deep and coming from so far away, widely documented but under general anesthesia, when not under hypnosis, and always through the bars of specializations, and their separations, their fences, their minefields , their interests, etc., it is quite vain to oppose, in the hour that presses us, anything other than lucidity; something like for example a future hope, a philosophical system, the ghost of theory, crumbs of acts and often acts in pieces.
It’s not for tomorrow.
We do not conclude from this at all that despair is right (although it has its reasons), nor that we must retreat (in the probable sense of an amputation), and moreover where and how? It’s just a peaceful effort to be fair, to look further; this distance which is very close in the meadows where the flowers of consciousness grow, we cannot express it more precisely.
Yes, breathe elsewhere.
Finally, we are not saying that it is useless, absurd or vain to attempt to be more human every day (more just, more dignified, more noble, more generous, more sensitive, more attentive, more radical, etc. ): it is on the contrary, if there is one left (and there is only one left), the only hope, and even the only magic, the infinite well from which life is drawn, that it is already acting and that it will be more and more a matter of making it ever more accessible, in the sole effort of being oneself.
Let us be patient with all our impatience, enjoy our downtime and transmute our obstacles.
Il y a belle lurette que l’auto, par exemple, n’est plus un moyen de transport ; c’est une machine qui aime se balader et se sert d’un homme à cette fin.
Il faut être démuni du plus petit sens de l’observation pour croire encore que l’homme se sert de l’automobile.
Regardez bien, observez et observez-vous, vous allez être stupéfait de constater que c’est l’automobile qui se sert de l’homme pour se balader, qui se sert de vous.
(…)
Il est courant quand on se déplace (difficilement) en auto dans une grande ville de dire, irrité par les encombrements : « Ces villes n’ont pas été faites pour l’auto. »
C’est un fait, et de très belles : Rome, Paris, etc., ont été faites pour des hommes.
Pour vous, quand vous étiez encore des hommes, et maintenant que vous n’en êtes plus, vous rêvez de les éventrer, d’en détruire les monuments, la beauté, pour qu’enfin elles soient faites « pour l’auto ».
La beauté qui rendait ces villes dignes de l’homme, vous ne la voyez plus, vous voyez une beauté différente, « digne de l’auto ».
Tout le réseau routier de la France et de l’étranger, du monde, est en train de se modifier pour qu’il soit, non plus adapté à l’homme, mais adapté à l’auto.
Le rêve de l’homme qui avait été jusqu’ici la petite route ombragée de beaux arbres, serpentant à travers les prés, est devenu organisé par le rêve de l’automobile : l’autoroute, sans arbres, sans ombres, sans croisements, sans villages, avec le plus de pistes possibles montantes et descendantes, toutes droites.
Le paysage ne compte plus. Si vous vous serviez de l’automobile, il continuerait à compter ; comme c’est l’automobile qui se sert de vous, et qu’elle se fout du paysage, vous vous en foutez.
Plus rien à voir, il n’y a plus qu’à conduire ; c’est ce que l’auto voulait. Vous la dérangiez dans son plaisir à elle quand vous preniez plaisir (ça date de longtemps) à vous arrêter pour cueillir des narcisses, des violettes, du thym, des cerises, ou devant un beau point de vue, une chapelle romane, ou à flâner sous des ombrages, notamment sous les acacias fleuris du mois de mai qui ont un parfum si enivrant.
Elle s’est arrangée pour que vous ne la dérangiez plus. C’est elle qui commande, vous n’êtes plus que son employé, son larbin, et par un procédé que réprouveraient tous les syndicats des gens de maison, elle vous a obligé à aimer ce qu’elle aime.
Il n’est plus question de prendre votre plaisir, de vous arrêter quand l’intérêt vous sollicite : vous n’avez plus d’autre intérêt que de ne pas vous arrêter.
Vous sacrifiez tout à votre maître, vous avez déjà apporté en victime à ses autels les joies que vous réservaient la culture, la connaissance de l’univers ; plus de lectures, plus de curiosité ; votre bonheur unique et suffisant consiste à vous asseoir derrière votre volant, à crisper vos mains sur des leviers, à devenir par osmose une pièce mécanique de l’être supérieur (et presque suprême) qui vous domine et vous domestique.
Vous mettez à sa disposition vos biens et votre fortune, parfois même tout votre appareil passionnel.
Si demain votre situation sociale menacée vous obligeait à réduire votre train, vous vous retireriez le pain de la bouche et le retireriez de la bouche de vos enfants avant d’avoir même l’idée de restreindre votre consommation d’essence (ou plus exactement sa consommation d’essence).
Dans cinq, six ans, peut-être avant, cela ne dépend que des crédits disponibles, tout le visage du monde deviendra, non plus ce qui plaît à l’homme, mais ce qui plaît à une machine nommée automobile.
Il faut voir déjà les parcs automobiles américains autour des stades. Dix mille automobiles bien rangées ont enfermé leurs quarante mille esclaves dans une cuve de ciment armé pour les faire hygiéniquement se démener et crier pendant deux heures avant de reprendre le collier, non, le volant de misère.
FÉVRIER On fait du rap c’est pas le même jeu Peu d sentiments on a pas le même coeur Comprends le vice alors qu on parle même pas J suis devant le vide qui sépare nos âmes
4 pyramides dans le losange 40 milli dans le dosage Bientôt dix ans dans le blizzard Cherche la roue qu’il faut briser
J’ai pas tout appris seul J’ai pas trop apprécié toutes les flammes et la brume
vie facile comme les tass de la nuit J vibre bas quand je marche dans les traces de la bête Et qu’elle tombe dans mes bras Il pleut fort c’est l’averse dans les draps
J’ai les formes et le fond dans mes phrases Mes démons dansent une ronde quand je gratte
Coeur piquant comme un roncier comme un trident dans le dos
Fais ça en trimant dans le teum
Trop de paraitre l ame est salie Fais ma sselia et puis salut Mecra dix grammes inspi s’allume Aggrandis le lag Grandis dans le silence Normal me sens si seul
Gore comme l’odeur de la galette Tox et doses dès la quinzaine Nuits blanches et réveils à quinze heures Frères et dpoto accusés couteaux salis dans la cuisine
Frigo vidé comme les poches Coeur glacé comme en février Plus d feuille je laissais trop de tâches d’encre Toujours Al mais bien souvent trop absent.
« Sometimes, when I see pictures of adults… when they were children, I think that the world that humans have created for themselves is really made to damage living beings. So much violence towards innocence, beauty, joy… »
« Parfois, quand je vois des photos d’adultes… quand ils étaient enfants, je me dis que le monde que les humains se sont créé est vraiment fait pour abîmer les êtres vivants. Que de violence envers l’innocence, la beauté, la joie… »