La guerre actuellement mise sur pause n’était pas qu’une question de bombes, mais sans doute surtout une question de banques.
La répugnante théocratie iranienne n’est pas attaquée pour son dérisoire fanatisme religieux ou militaire – l’un comme l’autre largement dépassés par d’autres sous des habits marchands mieux adaptés au spectacle moderne -, mais parce qu’elle abrite un des derniers Etats un tant soit peu réfractaires au totalitarisme financier occidental. L’Iran ne reçoit pas d’ordres du FMI, vend du pétrole hors du système dollar, dissuade les pénétrations financières, etc. Il doit donc être assez dévasté, spectaculairement marginalisé, économiquement asphyxié – et ainsi servir de leçon à toute communauté à qui viendrait l’improbable idée de pointer son bout du nez hors du spectaculaire intégré.
Extraits de la Déclaration conjointe de Reyhaneh Ansari, Sakineh Parvaneh, Varisheh Moradi et Golrokh Iraee, prisonnières politiques incarcérées à la prison d’Evin, Téhéran.
« La libération du peuple iranien de la dictature qui règne sur le pays ne peut être obtenue que par la lutte des masses et des mouvements sociaux autonomes.
[…] Depuis la Seconde Guerre mondiale, Israël fait office d’avant-poste militaire de facto des États-Unis au Moyen-Orient et incarne l’hégémonie des superpuissances occidentales dans la région.
Cette domination s’est traduite par des actes de violence extrêmes en Palestine, en Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Yémen et, plus récemment, par le génocide de Gaza.
Aucun de ces pays ne possédait d’armes nucléaires ni ne projetait sérieusement d’enrichir de l’uranium.
Un génocide ne requiert aucune justification rationnelle.
Les démocraties occidentales cherchent constamment des prétextes pour masquer leurs actes de barbarie à travers le monde, perpétrés sous couvert des valeurs démocratiques qu’elles prétendent défendre.
[…]
Cette guerre, soutenue par les États-Unis, a entraîné le massacre de civils et la destruction des infrastructures du pays.
De plus, nous condamnons leurs graves crimes dans le monde entier et au Moyen-Orient. Tout soutien à Israël, ou toute dépendance à son pouvoir destructeur par tout individu, groupe ou entité politique, doit être condamné sans équivoque. Un tel soutien n’est que vilenie et honte, quelle que soit la manière dont il est présenté ou justifié.
La libération du peuple iranien de la dictature qui règne sur le pays ne peut se faire que par la lutte des masses et des mouvements sociaux autonomes. Elle ne pourra jamais se faire en plaçant nos espoirs dans des puissances étrangères ou en nous alignant sur elles.
Ces puissances, qui ont constamment apporté l’exploitation, le colonialisme, la guerre et les massacres pour servir leurs propres intérêts, n’ont apporté que destruction et une nouvelle forme d’exploitation aux pays de la région, et ne nous apporteront rien de plus. […] »
A bas la valeur. Et toutes les valeurs, comme autant de mensonges, comme autant de vampires. Comme idoles assoiffées. La vie ne vaut pas. La vie ne vaut rien. La vie vit.
« La maison dans laquelle nous nous sommes abrités – comme la plupart des refuges à Gaza – n’offrait aucune intimité. Quarante personnes ont dormi dans deux chambres. La salle de bains n’avait pas de porte, seulement un rideau déchiré.
Je me souviens avoir attendu que tout le monde s’endorme pour que je puisse me laver avec une bouteille d’eau et des morceaux de tissu.
Je me souviens avoir prié pour ne pas tacher le matelas que j’ai partagé avec trois cousins.
Je me souviens de la honte – non pas de mon corps, mais de ne pas pouvoir en prendre soin.
En guerre le corps perd ses droits, surtout le corps féminin.
Les gros titres parlent rarement de ça, de ce que signifie pour une fille d’avoir ses règles sous les bombardements, des mères forcées de saigner en silence et d’avorter sur les sols froids ou d’accoucher sous les drones.
La guerre à Gaza n’est pas seulement une histoire de décombres et de frappes aériennes. C’est une histoire de corps interrompus, envahis et refusés de repos. Et pourtant, d’une certaine façon, ces corps existent toujours. (…) Ma digestion est nulle. Mon sommeil est brisé. Je connais beaucoup de femmes – amies, parents, voisins – qui ont développé des maladies chroniques pendant la guerre, qui ont perdu leurs menstruations pendant des mois, dont les seins se sont desséchés en essayant d’allaiter dans des refuges.
La guerre entre dans le corps comme une maladie et reste.
Le corps de Gaza est une carte des perturbations. Apprenez vite à vous battre, à prendre moins de place, à rester vigilant, à supprimer le désir, la faim, les saignements.
La nature publique du déplacement détruit la vie privée (…). La dignité devient un fardeau que personne ne peut se permettre.
C’est le paradoxe de la survie : le même corps qui se voit refuser la sécurité devient l’instrument de résistance. Les femmes font bouillir des lentilles à la chandelle, calmer les enfants dans la cave, bercer les morts. Ces actes ne sont pas passifs, ils sont radicaux. Avoir des règles, porter, nourrir, apaiser – au milieu de la destruction – signifie insister sur la vie.
Je reviens encore et encore à l’image de ma mère pendant la guerre. Dos courbés sur un pot, mains tremblantes, yeux grattant le plafond à chaque bruit. Elle ne voulait pas manger avant que tout le monde le fasse. Elle ne voulait pas dormir jusqu’à ce que les enfants le fassent.
Son corps portait en même temps l’architecture de la guerre et de la maternité.
Maintenant, je réalise à quel point sa fatigue était politique – comment son travail, comme celui de tant de femmes palestiniennes, a défié la logique de l’annihilation. (…)
La guerre nous dépouille – non seulement de nos maisons et de nos possessions, mais aussi des rituels qui nous rendent humains : laver, avoir des règles, traiter le deuil en privé.
Mais même sans abri, nos corps perdurent. Est-ce qu’ils se souviennent ? Ils s’accrochent.
Et peut-être, dans leur tremblante persévérance, Ils écrivent l’histoire la plus vraie de toutes.«
Ces forêts qui ont brûlé ne sont pas anciennes. Elles ne sont pas nées du sol, mais d’un acte de recouvrement.
Sous les pins gisent les ruines de centaines de villages palestiniens rasés en 1948, au lendemain de l’expulsion de centaines de milliers de palestiniens. Le slogan disait : « redonner vie au désert ».
Mais la terre n’était pas vide ; elle avait été vidée.
Le reboisement invisibilisait les ruines, effaçait les traces, transformait les décombres en parcs. L’American Independence Park, élevé sur sept villages rayés de la carte, en est le symbole.
Ce paysage artificiel, ce greenwashingavant l’heure, fut une opération de camouflage. Offrir des « poumons verts » à une terre dont on avait arraché le cœur.
(Détourné d’un article de Mohamed El Mokhtar Sidi Haiba paru dans le club mediapart)
Pendant qu’Israël brûlait des enfants vivants dans leurs tentes, un commentateur vedette de la chaîne israélienne 14 publiait sur X une vidéo des flammes avec ce commentaire glaçant : « Cérémonie d’ouverture des portes de l’enfer. »
Des enfants en feu. Et un public qui rit. Un État qui bombarde. Et une société qui applaudit.
Ce n’est plus un simple conflit, ni même un massacre : c’est une pathologie collective. Un racisme tellement ancré qu’il se vit comme une foi. Une déshumanisation si profonde qu’elle est devenue festive. Et dans tout cela, aucune ligne rouge.
Et pendant ce temps, lemonde regarde… et laisse faire.
The abyss.
While Israel was burning children alive in their tents, a star commentator on Israeli channel 14 posted on X a video of the flames with this chilling comment: « Opening ceremony of the gates of hell. »
Children on fire. And a laughing public. A state that bombs. And a society that applauds.
It’s no longer just a conflict, or even a massacre: it’s a collective pathology. A racism so deeply rooted that it is experienced as a faith. A dehumanisation so profound that it has become festive. And there are no red lines in any of this.
And all the while, the world watches… and lets it happen.
Pour trois jours consécutifs, la semaine dernière, des milliers de palestiniens courageux sont descendus dans la rue dans toute la bande de Gaza pour les plus grandes manifestations anti-Hamas depuis le 7 octobre 2023. Uday a participé à ces protestations. Mais samedi il a fait un pas de plus. Il s’est levé à l’intérieur d’un café de Gaza City et, à voix haute, a dénoncé le Hamas. Selon sa famille, quelques heures après, environ 30 hommes armés des Brigades Qassam, l’aile militaire du Hamas, ont fait irruption dans sa maison et l’ont entraîné dehors. Sa famille dit qu’ils l’ont torturé des heures durant, jusqu’à ce qu’il soit mort. Quand ils ont fini – après lui avoir brisé les doigts, l’avoir poignardé à plusieurs reprises et lui avoir brisé le crâne d’un coup de crosse -, ils ont balancé son corps depuis un toit. Un mot a été épinglé sur ses vêtements : « Ceci est le prix pour tous ceux qui critiquent Hamas.
Bilan provisoire : un Etat très au fait des agissements de ses ennemis, capable de cibler précisément un homme à abattre, n’a rien vu venir d’un affreux massacre, de ses préparatifs au grand jour. Des fanatiques n’ont pas hésité à déclencher ce massacre, tout en sachant les souffrances immenses que cela allait entraîner pour les habitants enfermés à Gaza. Des Etats plein de bons sentiments ont laissé se perpétrer l’horreur, quand ils ne lui fournissaient pas les armes. La très grande majorité de la presse a détourné le regard. Et l’on est encore loin d’avoir tout vu, puisqu’il s’agit seulement de voir.
A quoi comparer les atrocités que vivent en continu les habitants et en particulier le million d’enfants de Gaza encerclés, assiégés, bombardés, atrophiés, affamés? La trace de cette barbarie est une marque indélébile sur le front de ceux qui la commettent, de ceux qui l’ont rendu possible et de ceux qui ont laissé faire.