D’Athènes. Je suis à Athènes et j’étais à cette manif. Nous n’avons pas pu accéder au parlement ce qui est ultra rare. Les gens marchaient dans tout le centre, un peu comme pendant les gilets jaunes au début des immenses manifs parisiennes. Et surtout, toutes les villes de Grèce avaient aussi leur manif. D’habitude ça reste assez centré sur les deux grandes villes, Thessalonique et Athènes. Une immense colère se ressent ici.
A y regarder de près, et en toute simplicité, le bonheur profond n’est rien d’autre que le bonheur profondément enraciné dans le bonheur. Car « réussir dans la vie » n’implique en rien de réussir sa vie, et le « bonheur » du salaud est impropre à le rendre heureux. Dès lors qu’un être humain vit séparé de ce qui lui permet de goûter pleinement l’humanité, il s’éloigne de ce qui peut le rendre pleinement humain et ce faisant il abîme voire déracine son humanité. Mal agir, c’est décroître en humanité. C’est pourquoi l’injuste s’enlaidit, se dessèche, tandis que le juste, quoi qu’il endure, transmet toujours quelque chose d’épanouissant dans son regard, dans ses paroles et dans ses gestes. Il est juste d’être juste. C’est en quoi les salauds sont des vaincus, et les justes les véritables champions de l’existence. C’est toujours la vie qui gagne, hier, aujourd’hui, demain et éternellement.
Qui veut tirer à soi le spinozisme en fera une passion triste.
Spinoza est le lieu réflexif où peuvent se retrouver les libres et les ouverts de toute sensibilités, parce que sa pensée tient unis la matière et l’esprit, le sensible et l’intellectif, la physique et la métaphysique, le simple et le sublime.
Tout ceci se trouve réuni dans l’idée d’une nature qui partout et de toutes les façons possibles se développe pour réaliser toutes ses potentialités ; pas celles que nous pourrions lui attribuer, mais celles qui reposent dans son insaisissable unité et dont elles procèdent.
Spinoza nous propose la plus vaste entreprise de détournement jamais conçue : détourner nos passions tristes en passions joyeuses, détourner nos joies finies en autant de moments d’une éclosion infinie : maintenir unies, dans notre croissance existentielle, les formes du fini et la saveur infinie, sculpter toute chose – une œuvre, un acte, une parole, un désir, un élan, une émotion, les leçons d’un échec, les blessures de la vie… – dans une expression matérielle nécessairement délimitée, mais unie à une expression intime infiniment ouverte à toutes les éclosions possibles. Selon Spinoza, la joie signale le chemin, et elle est la sève qui fait croître l’individualité en direction de son accomplissement ; elle est la vie qui apprend à se réjouir sans limites.
De quoi se réjouit la vie ? D’elle-même allant s’élargissant vers ses propres floraisons.
Spinoza fixe une sorte de but à cette dynamique de dépassement-détournement-croissance : il l’appelle béatitude, tout en se gardant bien de l’enclore dans une définition, mais c’est sans doute le moment à partir duquel la nouveauté devient éternelle, et l’éternité nouvelle.
Pour finir, Spinoza nous propose non pas de vivre les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, mais en faisant croître leur réciprocité. D’avoir les pieds chaussés d’étoiles, de devenir des étoiles qui marchent sur la terre.
Description du processus (actuellement en phase terminale) :
Sur plusieurs décennies, une colonisation massive du vécu par des images, véhiculées par les marchandises, au point que le vécu devienne essentiellement consommation d’images. Production simultanée d’une vaste panoplie d’images avec leur mode d’emploi mimétique : les images sont livrées avec normes et contraintes et accompagnées d’une publicité intensive vantant la nécessaire rivalité généralisée dans l’identification aux images. Lorsque cette colonisation du vécu a vaincu, c’est-à-dire lorsqu’elle s’est suffisamment emparée de la réalité, on observe la substitution progressive, méthodique, scientifique de la réalité par les images. Les consommateurs passifs des images de la société du spectacle (période allant approximativement de 1950 à 1990) en deviennent des acteurs, au sens théâtral : chacun est invité à jouer le personnage qui lui a été attribué. Vivre consiste alors désormais à faire vivre son image. Une fois la réalité ainsi transformée de fond en comble, l’humain n’a plus, en surface, de lieu pour être et, en profondeur, n’a plus lieu d’être. Ses minces chances de survie impliquent alors de s’insensibiliser à sa propre misère existentielle ; mais cette insensibilité est sa misère existentielle. On observe alors que toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent de telles conditions implacables de falsification s’annonce comme une immense accumulation de zombies.
« Alors que les constats de Guy Debord et ses camarades situationnistes ne cessent de s’avérer pertinents, ce court essai propose justement de passer notre présent au crible des concepts de spectacle, de séparation, de fétichisme de la valeur et d’aliénation. Non seulement dépoussiérage de l’héritage situationniste, ce livre précise aussi les contours d’une théorie révolutionnaire de certains aspects désormais centraux de la critique radicale du mode de production capitaliste : technologie, identités, travail aliéné… et propose même un détour, tout aussi inattendu qu’entrainant, par le concept polynésien de fiu (cette inertie naturelle de l’être qui contrevient à la productivité). »
La Rumeur des crêtes 17, avenue Gambetta 84160 Cadenet
Le totalitarisme, c’est l’interdiction de l’intimité et de l’intériorité au nom de l’intérêt supérieur de l’état. L’homme comme pure extériorité.
Son corps, ses pensées, ses désirs, ses décisions, ses gestes, ses paroles, ses rêves et même ses cauchemars appartiennent dès lors au domaine public, dans une surexposition et une transparence totale, faisant de chaque individu, le suspect potentiel d’un crime possible et donc de chacun, littéralement, un monstre – c’est-à-dire celui qu’on peut montrer du doigt et désigner à la vindicte populaire ou à l’opprobre.
Dans une telle société, où la présomption de culpabilité remplace la présomption d’innocence, le contrôle par la terreur est total.
Là où la peur se focalise sur un objet particulier, telle ou telle phobie précise, la terreur, elle, étend ses tentacules à tous les aspects de la vie.
La terreur est la peur irrationnelle due à un danger inconnu perçu comme omniprésent, omnipotent et imprévisible.
Le drone, tout comme les logiciels de reconnaissance faciale embarqués, est le symbole même de la société totalitaire. Le maillage extérieur opéré par les drônes de surveillance et d’attaque se double d’un maillage intérieur où chacun, mis littéralement sous écoute, devient tour à tour son propre drône, le garde-chiourme, l’indicateur de police, l’accusateur et le censeur d’autrui, y compris de soi même, puisque désormais aliéné, c’est à dire dépossédé de son être intime : chacun est devenu l’ombre algorithmique et prévisible de lui même.
Au cœur de la guerre du Proche Orient, de l’Ukraine ou de « celle » (dixit Macron) contre la pandémie de covid se joue le contrôle absolu des consciences pour rendre évident ou acceptable l’inacceptable, la vision étatique, d’un homme dépouillé de son humanité, c’est à dire de son âme, ravalé au rang de simple acteur social ou de variable d’ajustement.
L’ingénierie sociale est le moyen consistant d’abord à atomiser les esprits, c’est à dire à les couper de tout lien social et affectif par la jouissance consumériste, les additions diverses et la peur (la crainte du sevrage de la jouissance consumériste étant aussi une forme de peur) pour, dans un deuxième temps, contrôler le discours sur le réel afin de mettre en œuvre une guerre des consciences entre elles, voire même, d’importer la guerre au plus profond de chaque individu, afin de conformer le réel au discours.
Qui contrôle le discours, contrôle le réel.
Diviser l’individu pour le soumettre au discours et à la vision du monde dominants, tel est le but de l’ingénierie sociale et la marque même de l’idéologie.
Le drône est le garde-chiourme d’un monde devenu carcéral où l’être concret et intime de l’homme est soumis à l’idéal abstrait de l’homme tel qu’il est pensé par l’État totalitaire et dont le contrôle absolu sur les esprits et les corps est le moyen.
L’idéologie totalitaire est à l’image du lit de Procuste. Elle consiste à raboter l’homme concret pour le conformer à la définition de l’État. L’enjeu de ce siècle, de ses conflits et tragédies est devenu celui de la résistance spirituelle à ce nouvel avatar totalitaire.