La société de l’argent, si elle est composée d’industries, de technologies, et des nuisances en tous genres qui vont avec, n’est, en son principe actif, ni industrielle, ni technologique, ni un ensemble de nuisances à rallonge, mais la société de l’argent, l’argent comme société.
Il n’y a plus de monde, l’argent a remplacé le monde. Il n’y a plus de civilisation, seulement la domination de l’argent. Quand nous parlons de civilisation, c’est en se référant certes à la cité, comme lieu où se rassemblent ceux qui ont non seulement un intérêt commun à se rassembler, mais un attrait les uns pour les autres (philia), mais encore plus fondamentalement, en se référant à la civilité, où s’enracina originellement la dite civilisation, civilité impliquant la reconnaissance de l’autre comme un autre soi-même, mais autre que soi-même, impliquant un partage et un tissage du commun, par où chacun s’enrichissait non pas seulement de l’autre, mais d’être avec l’autre, de l’être avec.
Ce processus d’humanisation comme communisation s’est heurté au processus de domination, particulièrement aux environs du néolithique, en tant que processus d’accroissement d’une puissance séparée ; processus guidé par le savoir saisi comme outil de domination ; savoir prendre, savoir soumettre : le savoir saisi en tant qu’instance séparatrice.
Il n’y avait alors plus rien à partager, ni à tisser ; plus d’enrichissement singulier pluriel, mais seulement à fixer socialement, juridiquement, transactionnellement la séparation des maîtres et des esclaves, unis cependant ordinairement dans une même considération-sidération envers l’éclat, la brillance de la puissance.
Et c’est l’or, non dans son utilité matérielle, proche du vide, mais dans la symbolique de son éclat, qui fut logiquement choisi pour représenter cette puissance, qui devint ipso facto puissance de la représentation.
La civilisation devint donc très vite celle de la représentation, sous toutes les formes séparées et séparatrices que l’on put imaginer : les fameuses superstructures, mais aussi leurs infrastructures, jusqu’à la société du spectacle, qui n’est plus une société, mais un spectacle, le spectacle d’une société.
La civilité devait donc elle aussi s’effondrer, pour laisser place au commerce impitoyable des marchandises qui ont ce point commun de représenter brièvement l’argent, qui représente la puissance.
Elles doivent toutes briller, le temps de s’échanger contre l’argent, pour enrichir l’argent, qui n’en brillera que davantage.
L’étoilement dont aurait pu être fait le tissage de nos humanités s’est pris dans la toile du spectacle, l’être-avec est devenu l’être-avoir, où l’être s’est fait avoir, dans tous les sens du terme.
Certes alors, logiquement, la terre est épuisée, empoisonnée, la planète est malade, mais plus encore le sont les relations humaines.
Certes la civilisation industrielle, ou plutôt la civilisation devenue industrielle, la civilisation s’étant équipée industriellement, a tout recouvert et remplacé et donc logiquement tout falsifié, détruit, pollué, dénaturé, mais c’est toujours d’abord l’argent qui a tout recouvert et remplacé, falsifié, dénaturé.
Et c’est toujours d’abord cela que nous vivons tous, la désertification, dénaturation, etc., de l’humain, bien plus toxique encore que des pesticides ; tous ces humanocides que diffusent à haute dose et en continu les rapports marchandisés ; au travail, dans les loisirs, partout, tandis que l’argent brille comme jamais, de tout l’éclat que nous avons perdu, sans l’avoir jamais vécu.
Il faudrait donc évidemment-urgemment s’en prendre à l’industrialisation démente, se soucier radicalement des nuisances matérielles, mais l’urgence vitale, que nous vivons tous au quotidien, est de retisser singulièrement-solidairement nos humanités, puisque chacun est tissé de tous les autres sous un motif jamais le même.
On en déduit que la critique de la démence industrielle est la pierre de touche de la critique radicale, de la critique qui va à la racine, mais pas sa pierre angulaire, qui est bien la critique de la société du spectacle, comme expression achevée du culte de l’argent.
Le dépérissement généralisé de ce culte, la dissolution du mensonge économique, suivis des premiers démantèlements prioritaires de leurs superstructures et infrastructures ; telle sera l’œuvre de l’assaut général contre la société du mensonge universel.
PS. On nous a dit qu’il était déjà trop tard. On pense qu’il est encore trop tôt.

Une réponse à “Un mensonge universel.”
Respect pour la clairvoyance de la parole/conscience ChanTemps @ mont cœur d’ÂmeMaTERREiAlizées
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