Produire son image, mode d’emploi.

80% : c’est la part que représentent les images dans le trafic internet.
Moins quantifiable est la fonction des images dans le trafic de sa propre personnalité.

Voici une personne.
Voici un masque.
Elle le protège, le travaille, le rend aussi élastique que l’exigent les pressions sociales qui commandent ses comportements.

Parfois le masque se fend et parfois il est juste très difficile à ajuster ; surtout au réveil.
Sinon tout va bien : on assimile comment les autres fabriquent leurs images, comment ils s’y moulent, comment ils s’y réfugient surtout, portables à la main.

Et l’on fait pareil : on leur envoie des images, en veillant à leur cohérence, qui doit remplacer l’ancienne continuité qui faisait l’unité du « moi », et qu’on a appris à refouler, lorsque la production de la personne a suffisamment réussi à coloniser et mettre au travail tout l’espace intérieur.

Ce qui s’est perdu, c’est donc juste le sujet.
A la place : un objet, qui capte tout ce qu’il peut pour conserver sa place dans le renouvellement incessant des objets mis en vitrine.

La vitrine, c’est l’ensemble de la société : la vitrine dans la rue, la vitrine sur les écrans, la vitrine au travail, la vitrine dans les croisements inévitables, la vitrine à domicile même.

L’idéal, c’est de se rapprocher de ces images efficacement modelées sur celles des vedettes : elles sont actives, précises, l’apparence semble imperturbable, comme gelée même quand elle bouge, surtout quand elle bouge.

L’idéal, c’est de réussir à s’insérer durablement dans la pantomime généralisée.

C’est à ce prix qu’on devient soi-même et la vitrine, et la marchandise.

Jusqu’à ne plus avoir pour règle d’existence que de faire vivre ce spectacle, qu’on endossera le plus vite possible dès le réveil : parvenir – enfin ! – à exécuter, de façon toute personnelle, « le mouvement autonome du non-vivant » (Debord).

How to produce your own image.

80%: this is the share that images represent in internet traffic.
Less quantifiable is the function of images in the traffic of one’s own personality.

This is a person.
This is a mask.
She protects it, works on it, makes it as elastic as the social pressures that drive her behaviour demand.

Sometimes the mask cracks and sometimes it is just very difficult to adjust; especially when you wake up.
Otherwise everything is fine: we assimilate how others make their images, how they mould themselves to them, how they take refuge in them, especially with their mobile phones in hand.

And we do the same: we send them images, taking care of their coherence, which must replace the old continuity that made the unity of the « self », and that we have learned to repress, when the production of the person has sufficiently succeeded in colonizing and putting to work the whole interior space.

What has been lost is therefore just the subject.
In its place: an object, which captures everything it can to keep its place in the incessant renewal of objects put on display.

The shop window is the whole of society: the shop window in the street, the shop window on the screens, the shop window at work, the shop window at the inevitable crossroads, the shop window at home itself.

The ideal is to approach these images effectively modelled on those of the stars: they are active, precise, the appearance seems imperturbable, as if frozen even when it moves, especially when it moves.

The ideal is to succeed in inserting oneself durably into the generalized pantomime.

This is the price to pay for becoming both the showcase and the merchandise.

To the point where the only rule of existence is to keep the spectacle alive, which you will take on as soon as you wake up: to succeed – at last! – to execute, in a very personal way, « the autonomous movement of the non-living » (Debord).

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