La pornographie comme injonction finale de la marchandise.

« Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l’unité de cette vie ne peut plus être rétablie… La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. »

Guy Debord, La société du spectacle.

Pourquoi cette unité ne peut-elle être rétablie ? Parce que ce « cours commun » dans lequel ont fusionné ces images n’est évidemment pas le mouvement de la vie, mais le contraire, « le mouvement autonome du non vivant » : les images séparées y sont rassemblées selon les normes même de la séparation ; en tant qu’images séparées.

Tout est à part, tout est pseudo.

Nous vivons simplement dans un gigantesque mirage hypnotique, et c’est ce qu’on n’a pas envie de voir, car c’est précisément l’envers de tout ce qu’on nous montre.

Par contre, le spectacle n’est pas destiné à n’être objet que « de la seule contemplation ». Il nous ordonne au contraire d’en être simultanément les agents serviles et les acteurs enthousiastes : le conatus du spectateur est de s’efforcer dans le paraître.

Il désire ressembler aux images qui ont fusionné, en fusionnant lui-même avec ces images. C’est ainsi que la scission, pour être achevée, veut s’installer chez tout un chacun comme arrivée enfin chez elle.

Le spectacle vise à réaliser l’exil des pouvoirs humains dans un au-delà implanté au-dedans de chacun ; il vise à achever la scission à l’intérieur de l’homme. 

Par ailleurs, ces images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie ne demeurent pas identiques à ce qu’elles représentent : le spectacle n’est pas une copie de la vie originale, mais son image déformée et dégradée

L’image entrée dans la carrière spectaculaire en adopte fatalement les critères essentiels : superficialité heureuse, fausseté satisfaite, simulation de tous les instants.

Qui veut se faire une place au soleil de l’artificiel devra afficher partout son indifférence à la vertu.

C’est pourquoi, dans l’inconscient du spectateur, l’obscénité s’impose chaque jour plus facilement comme pulsion ultime.

Non pas qu’elle puisse le sauver de sa perte, mais parce qu’elle lui procure cet étrange rire de satisfaction hideuse, dont le spectacle peut finalement se vanter, quand tout en vient à se décomposer, comme de sa marchandise dernier cri.

Nous pensons plutôt que ce n’est que l’écho rétroactif du dernier cri de la marchandise.

(– Mais on ne parle jamais de pornographie dans ce texte ?!)

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