
Catégorie : Nos contributions.
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« Est mort aussi le dieu, mais naît le nouveau », Dialogues avec l’ange.
Evidemment, « ni Dieu ni maître » n’a pas de sens si le « Dieu » en question n’existe pas. Et guère plus s’il existait, parce que dans ce cas, ce « Dieu », pour mériter d’être, serait doté de toutes les qualités requises pour nous laisser nous épanouir en toute liberté. Il serait nécessairement anarchiste.
Quant au « maître », c’est celui dont parle Hegel, le producteur d’esclaves, esclave lui-même, et produisant de nouveaux maîtres chez les esclaves. Il ne peut s’agir de celui qui maîtrise sa vie, l’habile artisan de sa liberté et de celle des autres : le maître anarchiste.
Le slogan signifie donc « ni soi-disant Dieu », invention manipulatrice des pouvoirs, « ni dominateur », cet empêcheur de vivre sans hiérarchie.
A dire le vrai, rien ne permet de savoir si la nature porte ou non en son sein une inimaginable intelligence qui nous dépasse, une inspirante créativité infinie et une irréductible anarchie d’affinités, toutes choses qu’on a maladroitement appelées « amour divin », « vie éternelle », et de façon clairement intéressée « dieu », nom masculin répressif. Dans certaines langues, cette chose est sans genre, comme en hongrois par exemple, sous la minimale appellation « ö » (« lui/elle »).
Il se peut qu’il n’en soit rien, qu’il n’y ait rien de tel dans les tréfonds de l’être, nous ne pouvons trancher que de façon existentielle : camarade ou frère, le vivant nous appelle à chaque instant à être son appel ; le renoncement à dominer, le refus de toute domination : la grâce libératrice, l’insurrection perpétuelle.
On pourrait égrener quelques noms et quelques traits d’esprit qui témoignent à travers les prisons des religions d’un souffle libérateur sans condition : Rûmî, François d’Assise… Peu importe, l’esprit souffle où il veut.
Il est temps d’abandonner les slogans mécaniques et les idoles séparatrices. Nous n’avons ni dieux ni maîtres qui pourraient nous interdire la fraternité avec celles et ceux qui marchent sur la terre avec un ciel au fond des yeux.

Neither gods nor masters, not even the « neither god nor master ».
« The god is also dead, but the new is born », Dialogues with the Angel.
Obviously, « neither God nor master » has no meaning if the « God » in question does not exist. And hardly more if he existed, because in this case, this « God », to deserve to be, would be endowed with all the qualities required to let us bloom in all freedom. He would necessarily be anarchist.
As for the « master », it is the one Hegel speaks of, the producer of slaves, a slave himself, and producing new masters among the slaves. It cannot be the one who masters his life, the skilful craftsman of his own freedom and that of others: the anarchist master.
The slogan therefore means « neither so-called God », a manipulative invention of the powers that be, « nor dominator », that impediment to living without hierarchy.
To tell the truth, there is no way of knowing whether or not nature carries within it an unimaginable intelligence that surpasses us, an inspiring infinite creativity and an irreducible anarchy of affinities, all of which have been awkwardly called « divine love », « eternal life » and, in a clearly self-serving way, « god », a repressive masculine name. In some languages, this thing is genderless, as in Hungarian, for example, under the minimal appellation « ö » (« he/she »).
It is possible that it is not, that there is nothing of such in the depths of the being, we can decide only in an existential way: comrade or brother, the living one calls us at every moment to be his call; the renunciation to dominate, the refusal of any domination: the liberating grace, the perpetual insurrection.
We could list a few names and a few traits of spirit that testify through the prisons of religions to an unconditional liberating breath: Rûmî, Francis of Assisi… No matter, the spirit blows where it will.
It is time to abandon mechanical slogans and separating idols. We have neither gods nor masters who could forbid us the fraternity with those who walk on the earth with a sky in their eyes. -
Le président de tous les refusants. C’est sous ce nom véridique que Macron restera dans l’Histoire.
On rappelle vite fait quelques faits :
- Macron n’obtient que 38% du total des inscrits (sans parler des non-inscrits).
- L’abstention s’établit à 28 % – du jamais-vu depuis 1969 -, soit 14 millions d’électeurs.
- Plus de 3 millions de Français ont voté blanc ou nul.
- 63% des Français ne veulent pas que Macron remporte les législatives.
On ajoutera aussi que les votes sont en grande majorité dits « utiles », ce qui est une façon inversée de dire qu’ils ne serviront à rien d’autre qu’augmenter l’épaisseur du mensonge politique sous toutes ses variantes, outre qu’ils enlèvent une part non négligeable de crédibilité aux politiciens de tous bords qui les revendiquent comme s’il s’agissait de trophées, alors que ce ne sont que de faux faits.
Il suffit d’ajouter que ces votes, même lorsqu’ils sont d’adhésion, ne représentent que de façon systématiquement biaisée – déformée, appauvrie, récupérée – l’insatisfaction généralisée à propos d’un monde à peu près totalement falsifié à tous les étages.
En bref, la séparation entre la représentation, la mise en vitrine, la spectacularisation politico-médiatique et la réalité est littéralement consommée. Et ne pourra produire à terme qu’une vaste indigestion.
Concluons. L’insatisfaction radicale à propos de tout ce qui fait ce monde : aliénation, séparation, falsification, cette insatisfaction est communément sans mots qui puissent en exprimer l’intensité, l’aggravation. Elle ne peut donc que se radicaliser.
Mais pour que cet écœurement sans nom trouve le courage de s’exprimer, il faut certaines conditions : un dysfonctionnement important du système, qui mette les gens à l’arrêt, de sorte qu’ils ne puissent plus courir dans ce vide à remplir qui leur tient lieu de vie – le temps que monte en eux une nausée profonde par rapport à tout ce qui les faisait courir quelques jours auparavant -, un dégout pour tous les exutoires qu’ils s’empressaient de saisir, et les mots justes à mettre sur cette étrange situation.
C’est la conscience vraie de l’insatisfaction radicale qui produira alors d’elle-même son langage, et la plupart s’y reconnaitront.

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Après deux années de Covid subsumé par l’injonction de son double traitement vaccinal et liberticide, l’efficacité de l’un étant conditionnée par l’acceptation de l’autre, et aucun autre choix sur nos vies n’étant envisageable sous peine de complotisme, nous voici parfaitement conditionnés à faire un choix tout aussi impératif entre la peste lepéniste et le choléra macronien, les autres maladies potentiellement véhiculées par les urnes ayant été stoppées, comme la mélanchonite aigue ou le zemmourisme aggravé.
On se perd vite en tristes conjectures pour déterminer si l’éborgnage de manifestants est pire que l’expulsion musclée des immigrés, etc. Sans doute est-il évident que l’un est préférable à l’autre, s’il s’agit pour le peuple de continuer à se soumettre au monde de la falsification et à la falsification du monde, et rien d’autre ne lui est demandé, ou proposé, le mélanchonisme n’étant que la dernière vitrine du spectacle de l’émancipation par la représentation politicienne.
Il est aussi vain de croire pouvoir déterminer si finalement le pire ne serait pas meilleur pour activer l’émancipation, selon le principe que l’on a jamais été aussi libres que sous l’occupation, jamais aussi solidaires qu’en tant que résistants, etc., tandis que la tyrannie douce défait chaque jour un peu plus ce qui ressemble de moins en moins à un peuple.
Tout ceci est très vain, puisque seule la décision farouche d’apprendre à se passer de tous les dominants permettrait de dépasser ces horizons circulaires, et qu’elle fait défaut.
C’est donc non par défaut d’un meilleur candidat que la farce pathétique va se conclure, mais par défaut de nous-mêmes. Et quelles que soient les suites, toutes très pénibles évidemment, c’est ce défaut radical qui enchaîne le peuple à la poursuite de son malheur, comme c’est son dépassement qui, dans tous les pitoyables scénarios que nous réserve la société du spectacle, permettrait seul d’envisager de faire tomber les masques et d’enfin tirer le rideau.
On en est loin, ou près, c’est selon.

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- Nous avons basé notre cause sur presque rien : l’insatisfaction radicale à propos de tout ce qui fait ce monde : aliénation, séparation, falsification.
- Cette insatisfaction est communément sans mots qui puissent en exprimer l’intensité, l’aggravation. Elle ne peut donc que se radicaliser.
- Mais pour que cet écœurement sans nom trouve le courage de s’exprimer, il faut certaines conditions : un dysfonctionnement important du système, qui mette les gens à l’arrêt, de sorte qu’ils ne puissent plus courir dans ce vide à remplir qui leur tient lieu de vie, le temps que monte en eux une nausée profonde par rapport à tout ce qui les faisait courir quelques jours auparavant, un dégout pour tous les exutoires qu’ils s’empressaient de saisir, et les mots justes à mettre sur cette étrange situation.
- C’est la conscience vraie de l’insatisfaction radicale qui produira alors d’elle-même son langage, et tous s’y reconnaitront.
- La nouvelle révolution se manifestera donc comme floraison planétaire du génie populaire retrouvé, mais sur des registres inédits.
- Pour ce qui nous concerne présentement, nous nous infiltrons lentement mais sûrement, à peu près au même rythme que la vérité.
- Il nous importe seulement de ne pas perdre de vue sa radicalité, son unité et sa totalité.
- Nous avons choisi la discrétion, et de construire notre critique et nos aspirations sur des bases indestructibles.
- Nous ne voulons pas de followers et l’on ne combat pas l’aliénation par des moyens aliénés.
- Qui se reconnaît dans nos travaux y trouvera pour lui-même cette santé et cette élévation qui résultent naturellement de la désaliénation.
- Celles et ceux qui nous rejoindront formellement se sont déjà rejoints intérieurement. C’est assez pour faire un pas de plus. C’est assez pour expérimenter la nouvelle révolution.
- Nous nous définissons comme éclaireurs de tous les horizons libérateurs, quand tant d’autres sont jalousement occupés à maintenir à bonne température leurs « acquis » congelés. Le mur du silence nous protège.
- Pour le reste, la voie est libre. L’émancipation dont nous esquissons les contours résiste à tout, s’élève au-dessus de tout et elle est le véridique point de ralliement de la nouvelle radicalité en formation sur cette terre.
- Nous en avons trouvé l’empreinte. L’effondrement en libèrera les rayons.
Our situation and our action in the present time.
– We have based our cause on almost nothing: radical dissatisfaction with everything in this world: alienation, separation, falsification.
– This dissatisfaction is commonly without words that can express its intensity, its aggravation. It can therefore only become more radical.
– But for this nameless disgust to find the courage to express itself, certain conditions are necessary: a major dysfunction of the system, which brings people to a halt, so that they can no longer run around in this void to be filled which takes the place of their lives, the time it takes for them to feel a deep nausea with regard to everything they were running around with just a few days before, a disgust for all the outlets they were rushing to seize, and the right words to put on this strange situation.
– It is the true consciousness of radical dissatisfaction that will then produce its own language, and all will recognize themselves in it.
– The new revolution will thus manifest itself as a planetary flowering of the recovered popular genius, but on new registers.
– As far as we are concerned, we are slowly but surely infiltrating, at about the same rhythm as the truth.
– It is only important for us not to lose sight of its radicality, its unity and its totality.
– We have chosen discretion, and to build our critique and our aspirations on indestructible foundations.
– We don’t want followers, and you can’t fight alienation with alienated means.
– Those who recognize themselves in our work will find for themselves that health and elevation which naturally results from disalienation.
– Those who will join us formally have already joined us internally. It is enough to take a step further. It is enough to experience the new revolution.
– We define ourselves as scouts of all liberating horizons, when so many others are jealously occupied with keeping their frozen « achievements » at the right temperature. The wall of silence protects us.
– For the rest, the way is clear. The emancipation whose contours we sketch resists everything, rises above everything and is the true rallying point of the new radicality in formation on this earth.
– We have found its imprint. The collapse will liberate its rays.
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Pour comprendre un étron politico-médiatique de la taille de Zemmour, le Discours de la servitude volontaire (La Boétie) ne suffit plus, d’autant qu’il se pique lui-même de le citer entre deux Napoléonismes en peau de Pétain.
Pour adhérer à pareille fiente, il faut aussi, outre le légendaire masochisme populaire, avoir été profondément marqué au fer rouge du ressentiment, cette constipation de l’action, cette rétroaction intériorisée du malheur, cette « digestion qui n’en finit pas », cet « empoisonnement du corps et de l’âme » (Nietzsche) ; bref, cette faiblesse existentielle radicale qui se cherche aveuglément un bouc-émissaire parmi plus faible que soi, et ne se sent forte qu’en faisant foule derrière le « petit homme » (Reich) devenu « grand » : le même que soi, aussi rigidifié, aussi étroit, mais en plus grand.
La psychologie de masse du zemmourisme est fondée sur cette inversion spectaculaire ordinaire : « ils sont méchants, donc nous sommes bons. » (Généalogie de la morale, Nietzsche), tout comme le nazisme, ou le « communisme » version petit père du peuple.
Plutôt que de faire le constat lucide de la dépossession généralisée – qui n’épargne évidemment pas les immigrés -, le névrosé de la-marchandise-qui-ne-brille-pas-pour-lui, en veut aux étrangers de ce que le monde lui est devenu étranger, alors qu’évidemment « tout se serait passé de même s’il n’y avait pas eu un seul immigré » (Debord).
Le zemmourisme est la maladie sénile de l’aveuglement volontaire.
American translation of the video (Debord’s text) :
Everything is false in the « question of immigrants », exactly as in any question openly asked in the present society; and for the same reasons: the economy – that is to say, the pseudo-economic illusion – has brought it, and the spectacle has treated it (…). Like the waste of the atomic industry (…) the immigrants (…) will remain because it was much easier to eliminate the Jews of Germany at the time of Hitler than the North Africans, and others, from here to now: because there is neither a Nazi party nor the myth of a native race in France! Should we assimilate them or « respect cultural diversities »? Inept false choice. We can no longer assimilate anyone: neither the youth, nor the French workers, nor even the provincials or old ethnic minorities (…). The diffusion of the concentrated spectacle can uniformize only spectators. We gargle, in simple advertising language, with the rich expression of « cultural diversities ». Which cultures? There are none left. Neither Christian nor Muslim; neither socialist nor scientist. Do not speak about the absent ones. There is not more, to look at one moment the truth and the evidence, that the spectacular-worldly degradation (…) of any culture. (…). Some put forward the criterion of « speaking French ». Laughable. Do the current Frenchmen speak it? (…) Are we not clearly going, even if there were no immigrants, towards the loss of all articulated language and all reasoning? (…). We have become Americans. It is normal that we find here all the miserable problems of the U.S.A., from drugs to the Mafia, from the fast-food to the proliferation of the ethnic groups. (…). Here, we are nothing: colonized people who did not know how to revolt, the yes-men of spectacular alienation. What pretension, considering the proliferating presence of immigrants of all colors, do we suddenly find ourselves in France, as if we were robbed of something that would still be ours? And what is it? What do we believe, or rather what do we still pretend to believe? It is a pride for their rare days of celebration, when the pure slaves are indignant that the metecrats threaten their independence! The risk of apartheid? (…). The ghetto of the new spectacular apartheid (…) is already there, in the current France: the immense majority of the population is locked up and stultified there; and all would have happened in the same way if there had not been a single immigrant. (…). And now one pretends to regret this only particular result of the presence of so many immigrants, because France « disappears » thus? Comical. It disappears for many other causes and, more or less quickly, on almost all the grounds. Immigrants have the most beautiful right to live in France. They are the representatives of dispossession; and dispossession is at home in France, so much so that it is in the majority, and almost universal. Immigrants have lost their culture and their countries, very notoriously, without being able to find others. And the French are in the same case, and only slightly more secretly. With the equalization of the whole planet in the misery of a new environment and a purely deceptive intelligence of everything, the French, who have accepted this without much revolt (…) are ill-advised to say that they no longer feel at home because of the immigrants! They have every reason not to feel at home anymore, it is very true. This is because there is no one else in this horrible new world of alienation but immigrants. There will be people living on the face of the earth, and right here, when France is gone. The ethnic mix that will dominate is unpredictable, as are their cultures, their very languages. We can affirm that the central question, profoundly qualitative, will be this: will these future peoples have dominated, by an emancipated practice, the present technique, which is globally that of simulacrum and dispossession? Or, on the contrary, will they be dominated by it in an even more hierarchical and slavery-like way than today? We must envisage the worst, and fight for the best.
Guy Debord, Correspondences, 1985.Le PDF (bilingue) du texte de Guy Debord : ici.

