L’expert est à la fois l’argument de l’autorité et l’autorité devenue argument.
Sa compétence indéniable, pour laquelle son public l’honore, consiste à savoir falsifier n’importe quel sujet, soit très grossièrement, pour en dissuader toute envie de connaissance autonome, soit sur des détails, choisis pour l’ombre qu’ils feront à la vérité d’ensemble.
On the one hand, it is clear that everything worldwide will continue on the same disastrous slope, without even a day of respite. But on the other hand, it may be that the wish finds strength in the depth in which it originates – and then I wish us to form the best wishes.
A.N
D’un côté, il est clair que tout va mondialement continuer sur la même pente désastreuse, sans même un jour de répit. Mais d’un autre côté, il se peut que le vœu trouve une force dans la profondeur où il prend naissance – et alors je nous souhaite de former les meilleurs vœux.
La question de la valeur doit être repensée sur des bases élargies. L’approche marxiste ou marxisante présente systématiquement le défaut radical d’aborder la valeur sous le seul angle économique, ce qui est lui accorder beaucoup trop de… valeur.
Ce faisant, elle court le risque de s’épuiser en interminables disputes avec la pensée économique dominante qui, quelles que soient ses variantes, reste évidemment de la pensée économique ; l’économie comme pensée dominante, comme domination de la pensée par l’économie et donc comme économie de la pensée.
Remède à tout apporte enfin la réponse radicale à cette ténébreuse affaire.
End of value.
The question of value needs to be rethought on a broader basis. The Marxist or Marxizing approach systematically presents the radical flaw of approaching value solely from an economic angle, which means giving it far too much… value. In so doing, it runs the risk of exhausting itself in endless disputes with dominant economic thought, which, whatever its variants, obviously remains economic thought; economics as dominant thought, as the domination of thought by economics, and therefore as the economics of thought.
Remède à tout finally provides the radical answer to this murky affair.
Les images se mélangent, formant une boue innommable, et les mots se brisent sur le glacis de l’horreur. Le bombardement de Guernica semble rétrospectivement une atrocité mineure (« ce bombardement a marqué les esprits non seulement à cause de l’ampleur du massacre mais aussi et surtout à cause de la valeur terroriste qui lui a été attribuée, du fait de l’apparente faible valeur stratégique militaire que représentait la ville et de l’énorme disproportion entre les capacités de riposte des défenseurs et la violence de l’attaque. »). D’autres abominations ont suivies, bien pire encore, que d’autres avaient précédé, dans la sanglante litanie de l’inhumanité, mais jamais semble-t-il on n’avait encore vu une telle concentration d’enfants et d’adolescents méthodiquement privés de quoi manger, assoiffés à l’extrême, les plaies vives abandonnées de force, ouvertes à l’impuissance, les maladies, les infections dansant leur folle sarabande épidémique, mais sous le fracas et l’effroi constant d’un déluge continu de lourdes bombes, tandis que de l’autre côté du miroir aveuglant, on entend parler de « peuple de la lumière » contre le « peuple des ténèbres », « d’animaux humains » qu’il s’agit de traiter pire que les pires traitements que l’industrie réserve aux animaux, etc. (etc : « les autres choses manquent »). Le Spectacle n’est pas une suite d’images, mais doit toujours plus visiblement se révéler être une suite de réalités destructrices dont les images détruisent le sens de la réalité.
Il faut penser que tout cela aura une fin, quelle qu’elle soit, puisque tout a une fin – et se tenir du côté de la fin, quoi qu’il arrive, avec au cœur la main qui tient les enfants envolés.
Curtain – of bombs.
Images blend together, forming an unspeakable sludge, and words shatter on the glaze of horror. In retrospect, the bombing of Guernica seems a minor atrocity (« this bombing left its mark not only because of the scale of the massacre, but also and above all because of the terrorist value attributed to it, due to the town’s apparently low strategic military value and the enormous disproportion between the defenders’ ability to fight back and the violence of the attack »). Other abominations followed, far worse than any that had preceded, in the bloody litany of inhumanity, but never before, it seems, had we seen such a concentration of children and adolescents methodically deprived of food, thirsty to the extreme, living wounds forcibly left open to impotence, disease, while on the other side of the blinding mirror, we hear talk of « the people of light » versus « the people of darkness », of « human animals » to be treated worse than the industry treats animals, and so on. (etc: « other things are missing »). The Spectacle is not a series of images, but must ever more visibly reveal itself as a series of destructive realities whose images destroy the sense of reality. We have to believe that all this will come to an end, whatever it may be, because everything has an end – and stand on the side of the end, whatever happens, with the hand that holds the stolen children in our hearts.
Sipario – di bombe.
Le immagini si fondono insieme, formando una melma indicibile, e le parole si frantumano sullo smalto dell’orrore. A posteriori, il bombardamento di Guernica sembra un’atrocità minore (« questo attentato lasciò il segno non solo per l’entità del massacro, ma anche e soprattutto per il valore terroristico che gli fu attribuito, a causa dell’apparentemente scarso valore strategico militare della città e dell’enorme sproporzione tra la capacità di reazione dei difensori e la violenza dell’attacco »). Altri abomini seguirono, anche peggiori di quelli precedenti, nella sanguinosa litania della disumanità, ma mai prima d’ora, a quanto pare, avevamo visto una tale concentrazione di bambini e adolescenti metodicamente privati del cibo, assetati all’estremo, con ferite vive lasciate forzatamente aperte all’impotenza, alla malattia, mentre dall’altra parte dello specchio accecante sentiamo parlare del « popolo della luce » contro il « popolo delle tenebre », di « animali umani » trattati peggio di quanto l’industria tratti gli animali, e così via. (ecc: « mancano le altre cose »). Lo spettacolo non è una serie di immagini, ma deve rivelarsi sempre più una serie di realtà distruttive le cui immagini distruggono il senso della realtà.
Dobbiamo credere che tutto questo avrà una fine, qualunque essa sia, perché tutto ha una fine – e noi dobbiamo stare dalla parte della fine, qualunque cosa accada, con la mano che tiene i bambini rubati nel cuore.
« Dans cette inversion perceptive universelle, n’importe quelle catastrophe ne saurait apparaître que dans sa version scénarisée, ce qui est en soi une catastrophe, et qui les contient toutes, car si le sol de la réalité s’est déjà largement dérobé sous les pieds de l’humanité, ceux qui en sont la base, au sens de La Boétie – les peuples – tantôt s’ébattent, mais plus trop et surtout se battent – entre mirages et marécages. »
La spectacularisation de tout n’a rien épargné ; ni la nature, devenue un vague décor d’arrière-plan, qui se fissure de partout ; ni l’humain ordinaire, simple figurant d’une réalité qui lui échappe jusque dans les choses les plus banales du quotidien ; ni les médiatiques, qui en sont les plus serviles bouffons, ni les politiques du monde entier, qui veulent « quoi qu’il en coûte » tenir le devant de la scène ; et bien sûr encore moins les rapports sociaux, devenus à peu près complètement virtuels, sans oublier les marchandises, ces prostituées plurimillénaires au service de l’argent, et donc bien sûr ni l’argent lui-même, l’idole sans visage qui paradoxalement façonne tout à son image.
En clair et en bref : la société du spectacle est bien la falsification de toute réalité et de toute perception de la réalité.
De sorte que quoi qu’il arrive dans le domaine sans cesse plus étendu des catastrophes sanitaires, militaires, économiques, sociales, écologiques , tout est filtré et formaté pour s’intégrer dans le scénario mondial de l’impuissance des individus et des peuples, à qui l’on demande seulement de s’aveugler les uns les autres, ce qui est assurément la fonction déterminante des réseaux sociaux.
Cette hypnose générale, démocratique, n’est que très ponctuellement, et de plus en plus rarement – depuis que s’est perdu le centre connaissable -, une stratégie maîtrisée des dirigeants et de leurs experts ; de leurs conseillers et de leurs mafias, qui viendront plutôt le plus souvent, tout cyniquement, y greffer leurs intérêts de dominants en proie aux doutes de l’effondrement. Les spectres d’une pandémie ou d’une guerre seront autant de sceptres.
Mais bien plus fondamentalement, c’est le spectacle lui-même, comme automate planétaire, comme entité autocratique universelle qui, développant son conatus dans la meilleure des illusions possible, distribuera les rôles, des petits jusqu’aux plus grands, et fera se mouvoir en tous domaines les acteurs qu’il a sélectionnés pour servir sa cause sans partage ; le déploiement, contre toute réalité, d’un mirage substitutif.
Car le spectacle mène avant tout une guerre sans merci à la réalité, qu’il a estimé très tôt, lorsqu’il prit son essor dans la deuxième moitié du vingtième siècle, comme étant de trop.
Ce sera donc ou lui ou elle, sur cette terre. Et si le spectacle, dans sa démente circularité, se voit évidemment gagnant, nous avons le réconfort de savoir qu’il dépend pourtant entièrement de la réalité pour survivre et se déployer, et que donc, plus il la fait apparemment reculer – reculer dans les apparences -, plus il la fait en quelque sorte se regrouper à son insu pour l’assaut final, dont l’issue ne fait aucun doute. Car à la fin, qui n’est plus très loin, la réalité, quelle qu’elle soit, reprend ses droits.
Nous pensons toujours que l’humain émancipé, qui en fait à juste titre pleinement partie, et qui se regroupe aussi secrètement par-delà les anciennes lignes de front abandonnées, peut encore y contribuer.
Il y a pourtant encore du nouveau sous l’anti-soleil de la société du spectacle : à Gaza fin 2023, tout se passe désormais en directen temps réel – comme une sorte de feuilleton de l’enfer, démocratiquement partagé.
Une sorte de petite apocalypse consommable donc, avec son mode d’emploi médiatique et politique.
D’aucuns, et pas des moindres, y voient le combat de la civilisation contre des « animaux », etc.
Il est vrai que ladite civilisation a déjà plus qu’abondamment démontré quel cas elle faisait des animaux ; et maintenant elle montre qu’elle peut en faire au moins autant des humains.
C’est ainsi que plus de deux millions de personnes, dont une majorité d’enfants et d’adolescents, sont enfermés dans un enclos sans nom, soumis à la terreur de bombardements incessants, avec cette particularité qu’on y a ajouté la torture d’une famine et d’une soif généralisées.
Une suite d’horreurs massivement dé-documentée par la propagande médiatique.
Il semble d’ailleurs imprudent ou naïf de croire les chiffres fournis d’un côté comme de l’autre : il y aura au final certainement bien plus de morts et d’horreurs que tout ce qu’on a vu ; mais ce sera le jour d’après, et les yeux seront alors bombardés d’autres images (l’image est ce qui ne manque jamais, dans ce monde où tout manque).
De toute façon, il n’y a plus aucune sorte d’observateurs indépendants sur le terrain (sous les bombes et sur les tombes) et c’est là une condition de réussite pour le bombardement de novlangue médiatique des uns qui doit impérativement compléter le bombardement physique des autres.
Le décor, l’envers du décor, la destruction du décor, l’enfer du décor.
Le discours ininterrompu du Spectacle mène ainsi sa guerre d’éradication contre ce qui pourrait rester de bon sens sensible : il ne doit rester que des chiffres.
Nous en sommes donc à ce point où la conscience aussi doit survivre impuissante, désarmée et empoisonnée ; affamée et assoiffée elle aussi, et muette, puisqu’un déluge algorithmique d’éléments de novlangue, ne lui laisse plus aucun répit.
Il serait donc évidemment plus que temps que les peuples se défassent des puissants et se relient entre eux, avant que ne soit achevé l’invisible mur de Gaza des consciences.
Les immenses manifestations à travers le monde témoignent heureusement de la résistance planétaire à cette épuration sémantique, tandis que les âmes envolées des enfants de Gaza planent en silence sur la terre entière.