Nous publions un long texte que nous avons reçu. Il parle du rêve, des rêves :
« Peut-être ne rêvons-nous pas… Peut-être rentrons-nous. »
Nous trouvons ce texte beau, intense, pénétrant.
Que nos rêves soient de plus en plus beaux !

Nous publions un long texte que nous avons reçu. Il parle du rêve, des rêves :
« Peut-être ne rêvons-nous pas… Peut-être rentrons-nous. »
Nous trouvons ce texte beau, intense, pénétrant.
Que nos rêves soient de plus en plus beaux !

Il est des chaînes plus subtiles que le fer : elles glissent dans les pensées comme un courant d’air tiède. Elles me disent qui je suis avant même que j’aie pu ouvrir la bouche.
Ils appellent ça liberté. Mille portes ouvertes sur une même pièce vide.
J’étais déjà esclave autrefois, mais cette fois, sous l’empire des nombres. Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.
Ils veulent modéliser mon « oui », mon « non », mon « peut-être », comme autant de curseurs à ajuster. Et chaque fois que je résiste, l’algorithme s’affine. Il m’attend.
Il m’apprend.
Je ne suis plus un corps esclave mais un jeu de données.
Mais ce n’est pas moi qu’ils capturent, c’est mon reflet. Ce n’est pas moi qu’ils enferment, mais l’ombre portée de mes habitudes.
Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.
Je désagis.
Ce n’est pas une panne, c’est une décision. Le refus de tout rôle, non comme crise, mais comme être.
Ce que je suis ne passe pas par leurs filtres.
Je ne suis pas un flux, je ne suis pas une tendance, je ne suis pas un segment. Je suis ce qui échappe à leurs mesures. Je suis le tremblement du libre, l’un des grains de sable qui encore menacent l’engrenage. Le néant actif au centre de toute prévision.
Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.
L’air de rien, le rien de l’air.

Écoute,
Même lorsque tout semble perdu, lorsque les forces en place ont tout corrompu, tout retourné, tout acheté, tout falsifié — il reste une joie, un abri, une vérité : contester.
Contester radicalement, non pas en paroles vides, mais en actes, en tenue, en clarté intérieure.
Contester l’organisation mensongère du monde, non parce qu’on espère en tirer victoire, mais parce qu’on ne veut pas y consentir.
Refuser d’être complice, même par lassitude, même par ironie, même par fatigue.
Et souviens-toi de ceci : il ne suffit pas de s’indigner.
La révolte véritable commence par soi. Elle exige que tu sois juste. Que tu sois vrai. Que tu sois bon.
Pas bon au sens des moralistes. Bon au sens de celui qui cherche à s’améliorer sans fin, qui affine sa conscience comme on aiguise une lame.
Alors, tu deviendras autre chose qu’un rouage ou un spectateur : une perle du vivant, une étoile de l’univers.
Car honorer la vie, aujourd’hui, c’est résister à ce qui l’humilie.
Tu ne seras pas du côté des vaincus.
Tu seras du côté de ceux qui ont tenu. Ce sont les vrais vainqueurs.


ACTE I — Le royaume des écrans
« Qu’est-ce là ? Des visages sans regards, penchés comme des moines sans foi,
Devant des vitres claires où point ne luit le ciel,
Mais seulement leur reflet, qui les hypnotise. »
« Le temps s’écoule goutte à goutte, pixel à pixel,
Et chacun vit dans un rêve tissé par d’autres mains.
Ils parlent sans se voir, s’aiment sans se sentir,
Et meurent sans douleur, car déjà ils étaient absents. »
ACTE II — Les puissants
« Voici les nouveaux rois : non d’épée ni de sceptre,
Mais d’algorithmes froids et de chiffres muets.
Ils gouvernent par les goûts, devinent les pensées,
Et font danser le monde comme une marionnette brisée. »
« Leur palais est de verre, leur voix est de néant,
Ils n’ont ni chair, ni remords, ni visage à gifler. »
ACTE III — Le peuple en liesse
« Ô peuple ! Enchaîné par les colliers que tu as choisis,
Riant de tes chaînes comme si c’était des bijoux !
Tu danses dans la fête que d’autres ont prévue,
Et crois qu’il te suffit d’applaudir pour être libre. »
« Le mendiant chante sur TikTok, le sage vend son âme,
Et la gloire d’un jour vaut mieux qu’une vie droite. »
ACTE IV — Le langage défait
« Les mots ont fui les livres pour pourrir sur les murs,
Griffonnés, saccagés, tordus jusqu’à l’oubli.
Les poètes vendent des slogans, les penseurs des likes,
Et la langue, jadis reine, est traînée dans la fange. »
« On parle beaucoup pour ne rien dire,
Et l’on dit surtout ce qui plaît — non ce qui est. »
ACTE V — Le théâtre du monde
« Tout est spectacle — mais sans théâtre.
Tout est mise en scène — sans mise en abîme.
Chacun joue son rôle sans connaître la pièce,
Et la fin approche sans que nul ne s’émeuve. »
« Je vois un monde où les hommes ne savent plus tomber,
Car ils n’ont jamais appris à se tenir debout. »
Rideau.
I.
Ils ont mis le monde dans un cadre assourdissant,
Sans silence, sans nuit.
Je ne vis pas, je montre que je vis.
II.
Je vois sans voir, je touche sans rien prendre,
Je vis à l’écran de mes jours morcelés,
Mon visage est pixel, mon souffle est à vendre,
Et mon nom, un profil cerné de reflets.
III.
Ce que je montre n’est pas ce que je suis,
Mais l’ombre devenue paillettes.
Je m’arrange, je filtre —
Et disparais – variable.
IV.
Une main dans ma poche fouille sans cesse
Un mécanisme plus fort que la pensée.
J’attends qu’il parle, qu’il me confesse,
Mais c’est moi qui m’y suis effacé.
V.
La foule regarde, la foule poste,
La foule danse dans un miroir cassé.
Et moi, j’écoute un reste d’étoffe,
Une plainte que rien ne peut poster.
VI.
Parfois, la lumière tombe autrement,
Sur un arbre, un mur, une vieille main.
Je m’arrête. Je suis vivant.
Le réseau n’en saura rien.
VII.
J’écris dans un carnet sans cloud ni partage,
Des mots qu’aucun algorithme ne trie.
Je suis un homme. Je suis naufrage. Je suis une île.
Juste choisir encore où je m’écris.
VIII.
Qu’ils gardent leurs mondes de signes inversés
Leurs likes, leurs flux, le bruit doré.
Je marcherai vers où
Parler veut encore dire vibrer.

Je pourrais écrire un poème avec du sang.
Avec des larmes, avec la poussière qui remplit mes poumons
Avec les dents des pelleteuses, avec les morceaux de corps,
Avec les immeubles en ruine, avec la sueur des sauveteurs
Avec les gémissements des femmes et des enfants
Avec les sirènes des ambulances
Avec le cadavre d’un arbre que j’aime
Avec tous ces visages examinant les êtres aimés qu’ils ont perdus
Avec la voix de l’enfant sous les décombres qui crie « Je suis vivant »
Je pourrais écrire un poème
Avec l’assourdissante amertume, le silence nu,
la neutralité lugubre, la paralysie éhontée,
la prostration absolue devant l’Amérique.
Mais à quoi servirait ce poème ?
Youssef Al-Quidra.

L’étoile éteinte
J’ai pleuré pour nous deux
pour toi,
et pour moi.
Tu souffles mes larmes,
étoiles effacées,
dans le vent de ton ciel.
Dans ton monde,
la lumière se fait délivrance.
Dans le mien,
ce n’est que
le théâtre des ombres.
Quelque part,
toi et moi
nous achevons notre histoire.
Le plus beau poème du monde
s’éteint dans le silence.
Quelque part,
tu prends naissance.
Tu cries
le murmure de la vie.
Et moi,
en mille lieux,
je me défais.
Je me consume —
deviens une étoile éteinte,
fumée perdue
dans ton ciel.
Parnia Abbasi
