L’économie est l’économie du réel.

Appauvrissement du réel, appauvrissement de la nature, appauvrissement des pauvres, appauvrissement de la richesse, réduite à la misérable existence des riches : telle est l’économie ; l’économie est l’économie du réel.

L’économie n’est ni le fondement du réel, ni sa vérité, ni son horizon. Elle est une forme historique d’organisation aliénée de l’existence ; une organisation de l’existence aliénée. Une forme qui a fini par se prendre pour le tout, jusqu’à tout prendre.

Le matérialisme historique a accompagné cette illusion. En faisant de l’économie le moteur de l’histoire, il a confondu une forme aliénée du réel avec le réel lui-même. Il a voulu combattre le capital sur son propre terrain, jusqu’à parler sa langue. Il n’a pas seulement produit une critique du capital ; il a fini par réduire le réel à ce qu’il savait mesurer : les rapports de production, les classes, les contradictions économiques. Le reste devenait superstructure, illusion ou supplément d’âme.

À force de vouloir partir de la matière, au sens le plus économiste, au sens le plus économisé, il a fini par oublier la vie.

Le capital, lui, n’a rien oublié. Il a absorbé ses contradictions, intégré sa propre critique et fait du prolétariat un moment de sa reproduction. L’ancien sujet révolutionnaire est devenu une fonction du système qu’il devait abolir. Continuer à attendre son réveil relève désormais de la liturgie.

Abandonner ce matérialisme n’est pas une régression. C’est rouvrir le réel.

L’émancipation n’a pas à demeurer enfermée dans les catégories qui ont accompagné l’essor du capital industriel. Elle commence lorsqu’elle déborde le cadre qui prétendait l’expliquer.

Il s’agit désormais d’émanciper l’émancipation.

L’émancipation ne consiste pas à substituer une économie à une autre. Elle commence lorsque la vie cesse d’être administrée comme une économie.

La seule réalité historique de l’économie est d’être dépassée.

Sa destination n’est pas le gouvernement du monde.

Sa destination, ce sont les poubelles de l’histoire.