
Chaque chiffre en hausse est une érosion de plus dans les corps.
Le vide le plus rentable est celui qui sait se maquiller.
Le rôle n’est plus le masque : il est devenu le visage.
Chaque tâche absurde accomplie avec zèle est pour le système. L’homme brisé s’y félicite d’être à jour.
Ils sont devenus les comptables de leur propre néant, les gestionnaires de leur abîme, fiers d’exécuter l’ordre qui les tue.
Ceux qui tirent les ficelles sont depuis longtemps remplacés par les ficelles elles-mêmes.
La parole est devenue péage.
Chacun parle seul, très fort, en tapant sur son téléphone comme on cogne sur une porte qui ne s’ouvre jamais.
Les enfants croiront que les oiseaux sont des effets sonores.
L’effondrement sera climatisé.
Les drones voient mieux que les mères, mais ne pleurent jamais.
Les civilisations déclinent comme les batteries : lentement, puis d’un seul coup.
La vérité n’a pas besoin d’être crue : elle attend, dans le silence, que quelqu’un devienne assez nu pour l’entendre.
On croit perdre pied ; mais c’est le sol qui ment.
Il y a des âmes mortes dans des corps jeunes, et personne ne leur parle qu’en notifications.
Le drame n’est pas que les êtres soient seuls, mais qu’ils ne sachent plus ce que cela veut dire.
La lueur revient quand tout s’effondre, et qu’il ne reste plus que l’attention.
Le monde oublie les lueurs lentes, qui traversent ses hivers.
Il faut avoir tout perdu, ou presque, pour comprendre que la vraie lumière ne dépendait de rien.
Ce qui reste d’humanité est la simple lumière posée dans un regard.
La rencontre imprévisible est déchirure du tissu gris.
Être libre, ce n’est pas fuir le monde, c’est le traverser sans y laisser son ombre.
Tout parle à notre place. Et ce qui hurle encore en eux n’a plus de bouche.
Le malheur est devenu une interface.