De la boue des identités à l’or des subjectivités.

L’essentialisme, en ce qui concerne les genres « homme » et « femme », consiste à déterminer exclusivement ce genre en fonction du sexe biologique : il entend réduire le genre au sexe et devra donc nécessairement tenir pour négligeable, secondaire, fictif ou douteux, et dans tous les cas inessentiel, tout ressenti différent.

Si l’essentialisme conçoit théoriquement une libération des « hommes » et des « femmes » des stéréotypes qui leur sont attribués par la société, c’est pour mieux les enfermer dans leur détermination biologique.

Ensuite, et logiquement, il rabat tout ressenti différent en direction des stéréotypes attribués par la société ou le renvoie à une improbable essence masculine ou féminine logée dans un ressenti.

Il est facile de comprendre qu’effectivement, étant donné la prégnance totalitaire des stéréotypes, une personne qui, dans nos sociétés spectaculaires, ne se sent pas ce que son sexe lui dit d’être aura tendance à se rabattre d’elle-même sur les stéréotypes en question, voire à les essentialiser.

Mais il se joue pourtant, dans la crise des identités « masculine » et « féminine », quelque chose de bien plus profond, qui échappe à toute réduction, fixation, essentialisation. Il s’agit du travail qu’opèrent les subjectivités pour s’envisager à la racine comme totalités irréductibles.

Et cette racine, ce n’est ni la biologie, ni le ressenti, mais bien cette totalité capable de s’émanciper de tout ce qui la réduit, la chosifie, l’appauvrit, lui fait obstacle dans son effort pour parvenir à sa pleine et entière auto-détermination ; en bref la sépare de son effort pour advenir.

Le dépassement des stéréotypes est inséparable du dépassement de toute réduction. Un « homme » ou une « femme » ne sont ni seulement des ressentis, ni seulement des biologies, mais seulement des états transitoires pour des subjectivités encore réduites, enfermées, appauvries, chosifiées.

Il n’y a pas des « hommes » et des « femmes », sauf « ceux » et « celles » qui s’enferment et enferment les autres dans leurs stéréotypes, leurs définitions, quels que soient ces stéréotypes, ces définitions.

Mais il y a et il peut y avoir de plus en plus – précipitant l’effondrement de toutes les identités spectaculaires -, des subjectivités évadées de tous ces stéréotypes, de toutes ces définitions, dissolvant les statuts, les paraîtres et les attributions de genre, inventant de nouveaux alliages, et les dissolvant, les réinventant ; des métamorphoses, des dépassements, transformant la boue des classifications en or de l’émancipation.

Un jour viendra – qui pour certain(e)s est déjà là -, où n’y aura plus dans les regards portés sur soi ou sur autrui ni des « hommes » ni des « femmes », mais toujours d’abord des humanités qui se rencontrent dans un geste « infiniment délicat et plein d’égards » (Rilke).

From the mud of identities to the gold of subjectivities.

Essentialism, as far as the genders « man » and « woman » are concerned, consists in determining this gender exclusively in terms of biological sex: it intends to reduce gender to sex and will therefore necessarily consider any different feeling as negligible, secondary, fictitious or doubtful, and in any case inessential.


If essentialism theoretically conceives of a liberation of ‘men’ and ‘women’ from the stereotypes attributed to them by society, it is in order to better lock them into their biological determination.

Then, and logically, it pushes any different feeling towards the stereotypes attributed by society or refers it to an improbable male or female essence housed in a feeling.


It is easy to understand that, given the totalitarian prevalence of stereotypes, a person who, in our spectacular societies, does not feel what his or her sex tells him or her to be will tend to fall back on the stereotypes in question, or even to essentialise them.
However, in the crisis of ‘male’ and ‘female’ identities, something much deeper is at play, which escapes any reduction, fixation or essentialization. It is the work that subjectivities do to consider themselves at the root as irreducible totalities.


And this root is neither biology nor feelings, but this totality capable of emancipating itself from everything that reduces it, chosifies it, impoverishes it, and hinders it in its effort to achieve full self-determination; in short, separates it from its effort to become.


The overcoming of stereotypes is inseparable from the overcoming of any reduction. A « man » or a « woman » are neither only feelings, nor only biologies, but only transitory states for subjectivities that are still reduced, locked up, impoverished, chosified.
There are no « men » and « women », except for « those » who lock themselves and others into their stereotypes, their definitions, whatever these stereotypes, these definitions may be.


But there are and can be more and more – precipitating the collapse of all spectacular identities – subjectivities that escape from all these stereotypes, from all these definitions, dissolving statuses, appearances and gender attributions, inventing new alliances, and dissolving and reinventing them; metamorphoses, overcoming, transforming the mud of classifications into the gold of emancipation.


A day will come – which for some is already here – when there will no longer be either « men » or « women » in the way we look at ourselves or at others, but always first of all humanities that meet in a gesture that is « infinitely delicate and full of consideration » (Rilke).

Nandhu Kumar

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