La société du spectacle est la religion de l’image. L’image est son identité et son idolâtrie : le modèle autoritaire devant quoi se prosternent les citoyens des cités d’illusion et le mystère public de leurs vies marchandisées. Les rivalités dans l’affichage de leurs panoplies est leur seule communion. Leurs misérables vedettes sont les prêtres et les gestionnaires du dogme mimétique qui organise la célébration du mirage existentiel dont le besoin leur tient lieu de vie.
Barcelone 2022. Section internationale de dérive psycho-émotionnelle.
L’évasion extérieure semble impossible : la Machine est omniprésente, et ses esclaves, serviteurs et gardiens sont totalement accaparés par son fonctionnement.
Les espaces de liberté sont extrêmement réduits, précaires et menacés.
Le fait de s’en rendre compte atteste cependant qu’une liberté intérieure existe. Elle est irréductible car la Machine elle-même en a besoin pour assurer l’aspect volontaire de la servitude générale et lui donner une vague apparence de légitimité.
La possibilité de l’évasion se tient là, non comme évasion intérieure, mais comme intériorité de l’évasion.
La société du spectacle, tout en extériorité, ignore nécessairement le fond humain qui l’observe.
L’évasion collective dépend entièrement de la persistance, de la radicalisation et de la contagiosité de ce fond lorsque des occasions se présentent, que ce soit – dans le particulier comme dans le général -, au détour du quotidien le plus banal ou lors d’événements historiques exceptionnels.
Nous sommes de passage à Paris, où il n’y a plus de cultures, juste des ghettos, pauvres ou miséreux, quelques îlots avec des zombies riches, et l’on croise ici et là quelques passants enfermés dans leurs bulles mentales.
Section internationale de dérive psycho-émotionnelle.
Le problème n’est pas de savoir si une société du spectacle verte, durable, démocratique, est possible, mais c’est que si elle l’était, elle serait encore plus spectaculaire ; encore plus mensongère, encore plus aliénante.
Et le fait qu’elle se soit de toute façon définitivement coupée de cette possibilité tout en laissant encore croire que non, est précisément ce qui caractérise le moment spectaculaire qui nous contient : ce leurre que le spectateur écologiquement informé consomme à toutes les sauces médiatiques, publicitaires et politiques possibles : du mélanchonisme béat au macronisme satisfait.
La conscience aliénée n’est pas superficiellement fausse, mais faussement conscience, véritable hypnose.
C’est cette pollution/falsification/substitution/destruction de la conscience qui constitue le péril fondamental qui menace l’espèce humaine.
Le président de tous les refusants. C’est sous ce nom véridique que Macron restera dans l’Histoire.
On rappelle vite fait quelques faits :
Macron n’obtient que 38% du total des inscrits (sans parler des non-inscrits).
L’abstention s’établit à 28 % – du jamais-vu depuis 1969 -, soit 14 millions d’électeurs.
Plus de 3 millions de Français ont voté blanc ou nul.
63% des Français ne veulent pas que Macron remporte les législatives.
On ajoutera aussi que les votes sont en grande majorité dits « utiles », ce qui est une façon inversée de dire qu’ils ne serviront à rien d’autre qu’augmenter l’épaisseur du mensonge politique sous toutes ses variantes, outre qu’ils enlèvent une part non négligeable de crédibilité aux politiciens de tous bords qui les revendiquent comme s’il s’agissait de trophées, alors que ce ne sont que de faux faits.
Il suffit d’ajouter que ces votes, même lorsqu’ils sont d’adhésion, ne représentent que de façon systématiquement biaisée – déformée, appauvrie, récupérée – l’insatisfaction généralisée à propos d’un monde à peu près totalement falsifié à tous les étages.
En bref, la séparation entre la représentation, la mise en vitrine, la spectacularisation politico-médiatique et la réalité est littéralement consommée. Et ne pourra produire à terme qu’une vaste indigestion.
Concluons. L’insatisfaction radicale à propos de tout ce qui fait ce monde : aliénation, séparation, falsification, cette insatisfaction est communément sans mots qui puissent en exprimer l’intensité, l’aggravation. Elle ne peut donc que se radicaliser.
Mais pour que cet écœurement sans nom trouve le courage de s’exprimer, il faut certaines conditions : un dysfonctionnement important du système, qui mette les gens à l’arrêt, de sorte qu’ils ne puissent plus courir dans ce vide à remplir qui leur tient lieu de vie – le temps que monte en eux une nausée profonde par rapport à tout ce qui les faisait courir quelques jours auparavant -, un dégout pour tous les exutoires qu’ils s’empressaient de saisir, et les mots justes à mettre sur cette étrange situation.
C’est la conscience vraie de l’insatisfaction radicale qui produira alors d’elle-même son langage, et la plupart s’y reconnaitront.
Qu’il s’agisse de désastre climatique, de délitement social, de pandémie, de guerre, etc., il faut distinguer la réalité factuelle – certes constamment et hautement brouillée -, de sa mise en spectacle hypnotique. Ne voir que la mise en spectacle et la confondre avec la réalité factuelle, c’est entrer dans le sommeil hypnotique voulu par la société du spectacle. Mais gommer cette réalité en ne voyant plus que le spectacle est aussi une sorte d’hypnose, une scotomisation du réel qui interdit d’en saisir et donc d’en comprendre la dialectique aliénatoire. Le spectacle colonise, floute, puis pénètre et irradie la réalité, tend à s’y substituer et la rend indiscernable en tant que telle, ce qui revient à masquer efficacement ses propres opérations bien réelles. De sorte que le regard abusé ne rencontre jamais que des reconstitutions holographiques de la réalité, ce qui caractérise une sorte d’achèvement de la fausse conscience. A un certain point de fausse conscience, ce même regard produit d’ailleurs de lui-même instantanément ces reconstitutions, de sorte qu’il ne rencontre jamais que les hologrammes dont les programmes se sont implantés en lui. Mais pour que la spectacularisation du réel opère, il lui faut nécessairement sa matière première ; du réel factuel subsistant.
Nier cela, c’est faire un pas de trop. Dans le vide.
Il y a bien une guerre en Ukraine, atroce comme toutes les guerres.
Dont la motivation spectacliste est, en dernière instance, pour toutes les parties en présence, la vérité secrète.
Spectacle and reality.
Whether it is a matter of climate disaster, social breakdown, pandemic, war, etc., we must distinguish factual reality – which is certainly constantly and highly blurred – from its hypnotic presentation. To see only the spectacle and to confuse it with factual reality is to enter the hypnotic sleep desired by the society of the spectacle. But to erase this reality by seeing only the spectacle is also a kind of hypnosis, a scotomization of reality that forbids to grasp and therefore to understand its alienating dialectic. The spectacle colonizes, blurs, then penetrates and irradiates reality, tends to replace it and makes it indiscernible as such, which amounts to effectively masking its own very real operations. In such a way that the abused gaze never encounters anything but holographic reconstitutions of reality, which characterizes a kind of completion of the false consciousness. At a certain point of false consciousness, this same gaze produces by itself instantaneously these reconstitutions, so that it only ever encounters the holograms whose programs have been implanted in it. But for the spectacularization of the real to operate, it necessarily needs its raw material; the subsisting factual real.
To deny this is to take a step too far. In the void.
There is indeed a war in Ukraine, atrocious like all wars.
Whose spectacular motivation is, in the last instance, for all parties involved, the secret truth.
Remontons de plus loin. La spectacularité induite par la marchandisation de tout n’est ni un mode de consommation (comme par exemple l’attrait quasi-automatique pour les nouveautés marchandes), ni un mode de communication (comme par exemple l’adoption par des masses de postures publicitaires ou médiatiques à la mode) ; ce sont là des aspects superficiels du spectaculaire. De même la société du spectacle n’est pas une expression transitoire de la domination capitaliste mondiale (l’écrasement et la substitution de l’authenticité de la réalité par la valeur de l’argent), ni suspendue à ses déterminations économiques (qui ne sont que la saisie idéologique dominante de la crise de l’humanité) : la société du spectacle est l’illusion ayant massivement détrôné la réalité, et luttant pour faire de la réalité une illusion parmi d’autres ; la spectacularité est l’illusion devenue réellement le mode d’être fondamental dictant et formatant la quasi-totalité des comportements visibles de masses entières sur toute la planète. « Le spectacle s’est mélangé à toute réalité, en l’irradiant » note Guy Debord. Cette irradiation affecte bien évidemment la réalité ; elle la rend malade, et les masses humaines ont avant tout mal à la réalité ; mais c’est par définition un mal secret, un mal qu’on ne parvient pas à se représenter : une alexithymie (incapacité à nommer sa souffrance) universelle. L’ensemble des maux qui s’abattent sur la planète et les humains sont tous sans exception affectés d’un surpuissant coefficient d’irréalité ; ils sont immédiatement saisis selon les catégories du spectacle : ils se présentent immédiatement éloignés dans une représentation où leur unité ne peut jamais être rétablie dans sa vérité et sa totalité ; parce que la représentation est tout entière entre les mains du spectacle, qu’il s’agisse de représentation politique, médiatique, économique, écologique, sociologique, scientifique. La représentation n’a plus pour fonction d’être adéquate à la réalité, pour en produire la vérité, mais seulement d’être adéquate à elle-même ; telle est la circularité dans laquelle les masses humaines sont convoquées, à titre de figurants. C’est ainsi par exemple que quand un virus la ramène – ramène la réalité -, il est aussitôt saisi selon les catégories du spectacle : sa réalité, c’est sa spectacularité, dont la mise en scène sera spontanément puis savamment orchestrée selon les intérêts politiques et financiers dominants. Ce que leur rapporte un tel virus, qui en soi ne serait vraiment pas grand-chose s’il ne s’invitait pas royalement à la table des multiples pathologies induites par la société falsifiée, c’est, outre des milliards de dollars, une mainmise inédite sur les représentations planétaires qui affectent – au sens pathologique – les masses ; et une capacité inégalée de ces représentations à redéfinir avec autorité les comportements de ces masses.
An unprecedented control over the planetary representations.
Let’s go back further. The spectacularity induced by the commodification of everything is neither a mode of consumption (as for example the quasi-automatic attraction for commercial novelties), nor a mode of communication (as for example the adoption by the masses of fashionable advertising or media postures); these are superficial aspects of the spectacular. In the same way the society of the spectacle is not a transitory expression of the world capitalist domination (the crushing and the substitution of the authenticity of the reality by the value of the money), nor suspended to its economic determinations (that are only the dominant ideological seizure of the crisis of the humanity): the society of the spectacle is the illusion having massively dethroned reality, and struggling to make reality an illusion among others; spectacularity is the illusion that has actually become the fundamental mode of being dictating and formatting almost all visible behavior of entire masses across the planet. « The spectacle has mixed with all reality, irradiating it » notes Guy Debord. This irradiation obviously affects reality; it makes it sick, and the human masses have above all pain in reality; but it is by definition a secret pain, a pain that one does not manage to represent: a universal alexithymia (incapacity to name one’s suffering). The whole of the evils which fall on the planet and the human beings are all without exception affected by a superpowerful coefficient of unreality; they are immediately seized according to the categories of the spectacle: they present themselves immediately distant in a representation where their unity can never be re-established in its truth and its totality; because the representation is entirely in the hands of the spectacle, that it is about political, media, economic, ecological, sociological, scientific representation. Representation no longer has the function of being adequate to reality, to produce its truth, but only of being adequate to itself; such is the circularity in which the human masses are summoned, as extras. This is how, for example, when a virus brings it back – brings back reality – it is immediately seized according to the categories of the spectacle: its reality is its spectacularity, whose staging will be spontaneously and then skilfully orchestrated according to the dominant political and financial interests. What they gain from such a virus, which in itself would not be much if it did not royally invite itself to the table of the multiple pathologies induced by the falsified society, is, in addition to billions of dollars, an unprecedented control over the planetary representations that affect – in the pathological sense – the masses; and an unequalled capacity of these representations to redefine with authority the behaviors of these masses.