Silence dans la maison.
Le ciel est lourd dehors.
L’immensité du monde gris recouvre les siècles.
Où sortir ?
Où la lumière ?
Lassitude.
Je ferme les yeux la porte ; un timide sourire habite encore ici.

Silence dans la maison.
Le ciel est lourd dehors.
L’immensité du monde gris recouvre les siècles.
Où sortir ?
Où la lumière ?
Lassitude.
Je ferme les yeux la porte ; un timide sourire habite encore ici.

L’image n’est plus projetée depuis un centre identifiable : elle est calculée à la volée, en fonction des profils, des données comportementales, des segments d’audience.

The image is no longer projected from an identifiable center: it is computed on the fly, based on profiles, behavioral data, and audience segmentation.
A bas la valeur. Et toutes les valeurs, comme autant de mensonges, comme autant de vampires.
Comme idoles assoiffées.
La vie ne vaut pas.
La vie ne vaut rien.
La vie vit.
Le monde marchand est en sursis !
Il spécule sur l’éternité de sa victoire
Quand la bataille est en passe de décimer l’ensemble des troupes,
De coloniser l’espace
Et de solder tout espoir.
Nous ne voyons déjà plus les étoiles filantes s’abîmer
Tandis que femmes et hommes s’animent une dernière fois –
Longs de plusieurs vies –
D’un mouvement raide comme celui des pantins,
Les camisoles chimiques rendues inopérantes face à la béance de leur détresse.
Leur existence serait-elle, elle aussi, un simple sursis ?
L’hallucination luisante sur les pupilles
Aurait-elle fini par emporter la vie ?

C’est là le vain espoir,
Des marchands de sable hagards,
Perdus dans leur chimère désarçonnante
D’immenses cités-mouroirs.
Ils répètent leurs maximes à qui veut l’entendre,
Pleines des caricatures éternelles,
Pourtant devenues des vérités palpables,
Au sein des décors postiches
Et de la soumission triomphante.
Ainsi se plaisent-ils à louer,
Suffisants comme des juges récitant leur Loi,
La marche du progrès
Ou la naturalisation des chaînes et des serfs.
En ces sphères de l’abaissement continu,
Là où pollution et vie animale se vendent et s’achètent au plus bas prix,
Où les garde-fous ne circonscrivent plus que l’invivable,
Aurait-on enfin atteint les rives létales de l’innommable ?

Cela
Ou l’ultime parade
Des esclaves qui cessent de l’être.
On se demande, pour s’en inquiéter – ou pour s’en réjouir -, si les robots ne vont pas devenir humains, vu qu’ils algorithmisent plus et mieux que nous, et que tout, dans le monde de l’intérêt et du calcul, est fait pour nous persuader que nous ne sommes rien de plus et de mieux que des algorithmes.
D’ailleurs même nos émotions et nos pensées profondes ne seraient, parait-il, que des algorithmes, d’ailleurs parfaitement simulés par les robots high Tech, ce qui n’est en fait pas trop compliqué, vu que la plupart d’entre nous ne survivent, dans le monde de l’intérêt et du calcul, qu’en simulant de vivre leur vie, du réveil jusqu’aux premières insomnies.
Du coup, se demander si les robots ne vont pas devenir humains sera, prochainement peut-être, une question obsolète, car la vraie question est déjà plutôt de savoir si les humains ne sont pas en train – à grande vitesse – de devenir des robots.
Ainsi se produit sous nos yeux un prodigieux renversement ; alors que les robots ne font que copier et amplifier la part mécanique de nos comportements, nous voici chaque jour un peu plus instamment invités à copier nos copies, sachant que nous ne parviendrons jamais à les égaler.
De sorte que la question ne sera bientôt plus de savoir quel monde nous allons laisser à nos enfants, mais bien quels robots allons-nous laisser au monde.

Description du processus (actuellement en phase terminale) :
Sur plusieurs décennies, une colonisation massive du vécu par des images, véhiculées par les marchandises, au point que le vécu devienne essentiellement consommation d’images. Production simultanée d’une vaste panoplie d’images avec leur mode d’emploi mimétique : les images sont livrées avec normes et contraintes et accompagnées d’une publicité intensive vantant la nécessaire rivalité généralisée dans l’identification aux images.
Lorsque cette colonisation du vécu a vaincu, c’est-à-dire lorsqu’elle s’est suffisamment emparée de la réalité, on observe la substitution progressive, méthodique, scientifique de la réalité par les images. Les consommateurs passifs des images de la société du spectacle (période allant approximativement de 1950 à 1990) en deviennent des acteurs, au sens théâtral : chacun est invité à jouer le personnage qui lui a été attribué. Vivre consiste alors désormais à faire vivre son image.
Une fois la réalité ainsi transformée de fond en comble, l’humain n’a plus, en surface, de lieu pour être et, en profondeur, n’a plus lieu d’être. Ses minces chances de survie impliquent alors de s’insensibiliser à sa propre misère existentielle ; mais cette insensibilité est sa misère existentielle.
On observe alors que toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent de telles conditions implacables de falsification s’annonce comme une immense accumulation de zombies.
Vous trouverez en PDF ci-dessous quelques extraits du livre.

Il est maintenant présent dans de nombreuses librairies et peut être commandé dans presque toutes – ou directement chez l’éditeur sur cette page : Bon de commande
où vous trouvez également la Table des matières ainsi qu’un petit entretien avec les auteurs.
Le PDF : Extraits
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