Ce monde si étrange l’est à la mesure de notre étrangeté à nous-mêmes.
Parmi tant de nuisances – dont aucune encyclopédie ne saurait faire le tour -, la nuisance essentielle est bien cette aliénation, d’autant plus efficace qu’elle est devenue une sorte de seconde nature, et même envisage très sérieusement de remplacer la première.
« Remède à tout » restitue précisément le contenu, l’étendue et les caractéristiques de ce mal universel, en réactualisant et en prolongeant la théorie critique du spectacle, dans sa centralité subversive.
C’est un coup auquel ne s’attendaient pas ceux qui en avaient fait un accessoire de décor ou un vague bon mot sans conséquence.
Debord l’avait déjà noté (pour en faire l’usage que l’on sait), en certains temps troublés (et c’est peu de dire que les nôtres le sont), il n’est pas hasardeux de penser que la vague connaissance de l’existence d’une condamnation centrale de l’ordre existant peut parfois suffire, si jamais elle se répand, à rouvrir l’horizon émancipateur, en créant de nouvelles aspirations, lorsque le remède est connu. C’est un pari qui, pour incertain qu’il soit, méritait d’être pris.
Le « coup du monde »* ce n’est ni le vote ni le coup d’État permanent !
« En postulant ce geste contagieux où les humains lâcheront pour de bon le système qui les aliène, un tel geste n’aurait plus rien d’une posture, et tout d’un humble apprentissage. Pour le dire autrement, la radicalité de la révolution nécessaire ne pourra avoir d’égale que la prudence (sagesse pratique collective artisanale) à mettre en œuvre la sortie de ce monde, qui ne va pas disparaître par magie, ou par incantations. »
Remède à tout, 150 pages, à paraître en novembre aux éditions Quiero/Marginales.
* Alexander Trocchi, Technique du coup du monde, I.S., n° 8
Le livre est déjà en place dans quelques librairies mais on peut le commander dans toutes.
Une question préalable à l’écriture de ce texte était de savoir si nous devrions laisser la totalité du langage à l’organisation spectaculaire et déserter toute expression radicale, pour la raison qu’elle est sans puissance discernable ? Ce qui reviendrait à s’étouffer volontairement en quelque sorte, tandis que la maintenance de la critique nous est un agrément respiratoire, et de même pour quiconque s’en saisit. En outre, et Debord l’avait déjà noté (pour en faire l’usage que l’on sait), en certains temps troublés (et c’est peu de dire que les nôtres le sont), il n’est pas hasardeux de penser que la vague connaissance de l’existence d’une condamnation centrale de l’ordre existant peut parfois suffire, si jamais elle se répand, à rouvrir l’horizon émancipateur, en créant de nouvelles aspirations, lorsque le remède est connu. C’est un pari qui, pour incertain qu’il soit, mérite d’être pris, d’autant que nous n’en avons pas trouvé de meilleur. Il y a évidemment des choses à dire plus essentielles ; et elles sont dans le livre.
Les romantistes recueillent le meilleur du romantisme et des romantiques mais évitent l’écueil de l’enfermement autarcique pseudo suffisant de la « belle âme ».
– Ils cultivent attentivement l’émerveillement et le font apparaître et transparaître en tous lieux et en tout temps, hors de toute limitation spatiale ou temporelle. – En premier lieu ils s’émerveillent de ce qui subsiste, résiste et reste intact en eux et autour d’eux dans la nature au sens à la fois précis et illimité, comme dans les regards, les attitudes, les vestiges et les vertiges. – Ils véhiculent l’émerveillement, la sensibilité et l’attention au juste, au beau, au vrai. – Ils se dérobent au spectacle, à toute pose, et sont outillés en toutes circonstances de la théorie anti spectaculaire pour déconstruire et détruire les situations aliénées. – Ils vivent la joie d’être libres intérieurement comme ils respirent.
Cette joie n’est rien d’autre que l’air et le refrain du monde allant s’émancipant.
« Je dois préciser que je n’oppose d’aucune façon l’émerveillement à la lucidité. En fait, je crois que j’ai passé presque tout mon temps à m’émerveiller. J’ai peu écrit là-dessus, voilà tout. Ce sont les nécessités de la lutte contre ce qui, toujours plus pesamment, venait faire obstacle à mes goûts, qui m’auront conduit, malheureusement, à devenir une sorte d’expert dans cette sorte de guerre. […] Il fallait seulement savoir aimer. » Guy Debord à Annie Le Brun.
Le temps du grand dévoilement est arrivé. L’esprit de résistance consiste à voir ce qui est sous les yeux et à dire ce que l’on voit.
Un système s’écroule sous nos yeux.
Son agonie s’accompagne de toutes les radicalisations qui en sont les symptômes et de toutes les intimidations visant à masquer le bruit de la chute.
Le cœur entrevoit déjà mais le savoir dénie au réel son existence. De cet écart résulte un conflit dont les contradictions éclateront au grand jour toujours plus violemment.
Les illusionnistes, maintiendront coûte que coûte, de façon spectaculaire, leurs prérogatives et privilèges, mais le rideau commence à se déchirer.
Le champ des possibles, plus que jamais, est ouvert.
Ces brèves notes synthétisent les rencontres, les discussions et réflexions de l’été jusqu’au début de l’automne 2024, en soulignant que la dispersion géographique a considérablement limité les contacts. On fait comme on peut.
Le premier constat au sein de l’Observatoire au fil de nos rencontres est que presque partout les gens sont considérablement abîmés, physiquement et plus encore dans leurs têtes.
Mais aussi que les cœurs le sont moins, sauf chez les fanatiques de l’aliénation évidemment.
Quelque chose résiste/se tient à l’écart/reste intact/vit ailleurs.
Le cœur, foyer insurrectionnel. La sensibilité, communauté de l’humain.
Les affinités vraies à démêler.
Il nous semble qu’on peut donc malgré tout et à terme tabler sur les bienfaits immédiats d’un possible dérèglement du système, lié à un soulèvement des solidarités dans les franges les plus lucides/sensibles : une régénération/réoxygénation.
Après, tout dépendra des capacités anti idéologiques, de leurs possibles contagions/diffusions, ce qui revient à affirmer sans risque d’erreur qu’évidemment la partie n’est pas gagnée.
Il y aura bien des convulsions, des reculs, des errements avant que, contraints par l’asphyxie générale du système, les peuples parviennent à entrevoir/pressentir/retrouver un vécu émancipateur.
Entre-temps, la détérioration accélérée des conditions de survie va continuer et amplifier son œuvre de destruction (mais aussi de clarification). On se prépare au pire en cherchant le meilleur.
On the possibilities for deconstructing alienated situations.
These brief notes summarise the meetings, discussions and reflections of the summer, emphasising that geographical dispersion has considerably limited contacts. We do what we can.
The first thing to emerge from the Observatory’s summer meetings is that people everywhere are considerably damaged, physically and even more so in their minds. But also that hearts are less so, except among the fanatics of alienation of course. Something resists / stands aside / remains intact / lives elsewhere. The heart, a hotbed of insurrection. Sensibility, the human community. True affinities to be unravelled. It seems to us that, despite everything, in the long term we can count on the immediate benefits of blocking the system, including an uprising of solidarity in the most lucid/sensitive fringes: regeneration/reoxygenation. After that, everything will depend on the anti-ideological capacities and their possible contagion/diffusion, which means that we can safely say that the game is obviously not won. There will be many convulsions, setbacks and wanderings before, constrained by the general asphyxiation of the system, people manage to glimpse/feel/recover an emancipatory experience. In the meantime, the accelerated deterioration in survival conditions will continue and amplify its work of destruction (but also of clarification). We’re preparing for the worst by looking for the best.