L’évasion reste possible.

L’évasion extérieure semble impossible : la Machine est omniprésente, et ses esclaves, serviteurs et gardiens sont totalement accaparés par son fonctionnement.

Les espaces de liberté sont extrêmement réduits, précaires et menacés.

Le fait de s’en rendre compte atteste cependant qu’une liberté intérieure existe. Elle est irréductible car la Machine elle-même en a besoin pour assurer l’aspect volontaire de la servitude générale et lui donner une vague apparence de légitimité.

La possibilité de l’évasion se tient là, non comme évasion intérieure, mais comme intériorité de l’évasion.

La société du spectacle, tout en extériorité, ignore nécessairement le fond humain qui l’observe.

L’évasion collective dépend entièrement de la persistance, de la radicalisation et de la contagiosité de ce fond lorsque des occasions se présentent, que ce soit – dans le particulier comme dans le général -, au détour du quotidien le plus banal ou lors d’événements historiques exceptionnels.

Le fantôme de Paris.

Nous sommes de passage à Paris, où il n’y a plus de cultures, juste des ghettos, pauvres ou miséreux, quelques îlots avec des zombies riches, et l’on croise ici et là quelques passants enfermés dans leurs bulles mentales.

Section internationale de dérive psycho-émotionnelle.

Ten years after. François Ruffin vs Pièces et main d’œuvre.

On  se centre sur la réponse que fit Ruffin (dont se réjouit dans les commentaires un certain Quadruppani). Nous ne nous étendrons pas. Il s’agit juste de montrer ce qu’a de révélatrice cette lettre ouverte en termes de démission critique et de fausse bonne conscience.

Ruffin reproche à PMO de vivre sur un nuage alpin, là-haut dans le bleu pur de la radicalité désarmée. Lui, il a les mains pleines de cambouis. On retrouve ici la vieille antinomie pourrie entre le peuple et l’avant-garde, qui doit guider le peuple. Vers les urnes, immanquablement.

C’est ce qu’il appelle, dans une métaphore technologiquement décorée, construire le premier étage de la fusée. Le deuxième étage, ce serait la mise en cause franche, claire, directe et constante de la société de consommation qu’il confie détester à titre personnel.

Demain, on fera table rase gratis. En attendant, il faut défendre les travailleurs exploités qui reproduisent cette société.

Pour notre part, nous utiliserons la métaphore de la prison, qui n’est pas du tout une métaphore en fait. Les prisonniers se battent pour de meilleures cellules, de meilleures rations de nourriture empoisonnée, des horaires supplémentaires de promenade. Ruffin est à leurs côtés, le cœur sur la main, et la main sur le bulletin de vote.

On voit ce que cela donne en 2022 : le premier étage de la fusée émancipatrice sera mélanchoniste ou ne sera pas. On fera des centres nationaux pour promouvoir l’aliénation numérique chère à Mélenchon, on mettra les gens au travail comme dit Jean Cul. Vies de merde, oui (et Ruffin nous informe qu’il le sait bien), mais dans la dignité.

Evidemment, toute injustice pouvant être combattue doit l’être, même derrière les barreaux. Mais ce n’est le premier étage de rien d’autre que de la fusée spectaculaire marchande, dont l’implosion en plein vol est autoprogrammée.

Que les gens, dont nous sommes évidemment, agissent pour faire reculer ponctuellement des injustices, c’est juste naturel. Mais de deux choses l’une : soit ces luttes se donnent pour ce qu’elles sont ; des luttes ponctuelles pour faire ponctuellement reculer des injustices, soit on les ruffinise pour faire croire qu’en humanisant le système on combat le système. En humanisant le système on renforce le système, dans les faits et dans les têtes.

Faire croire qu’un autre monde est possible en gardant ce qui fait ce monde ; l’esclavage salarié, le devenir marchandise du monde, l’imposture démocratique, c’est faire admettre un peu plus qu’aucun autre monde n’est possible en fait.

A-t-on vu Ruffin, dans ses nombreuses interventions politico-médiatiques, mettre en avant une critique radicale de ce monde ; l’esclavage salarié, le devenir marchandise du monde, l’imposture démocratique ?

Le second étage de la belle fusée de l’avenir émancipé n’est en fait qu’un mirage personnel dans la bonne  fausse conscience des Ruffin en peau de lapin.

En attendant, le premier étage absorbe toutes les énergies, toutes les pensées, toute la visibilité. Et comme sa construction nécessite des forces sociales, des relais efficaces, toute une ingénierie spectaculaire, on doit faire appel aux politiques, se ranger derrière eux. Debord n’avait qu’à adhérer au P.S.

Quand les gens se battent sans illusion pour faire reculer des injustices, ce sont d’abord les illusions qui reculent. Le deuxième étage est alors le premier.

 Quand il n’y aura plus de ruffinades pour cimenter les luttes aux murs de la prison, les prisonniers lutteront en tant que prisonniers, et non en tant que dignes membres de la prison.

Dernier point, qui était le premier. Contrairement à ce que Ruffin aimerait, il est juste évident que les membres de PMO sont comme nous, comme tout le monde, des gens parmi d’autres, qui subissent ce monde, y luttent, s’y débattent et, quoique n’allant pas débattre à la télévision comme Ruffin, pensent leur vie, pensent la vie, sans que cela n’autorise à les enfermer dans la prison des intellectuels, en opposition à la prison des travailleurs.

Non Ruffin, tu n’es pas plus peuple qu’eux ou nous. Juste un de ceux qui travaillent effectivement à la prolongation du mensonge devenu monde, en y rajoutant le mensonge du même monde renommé autre. Juste un Gentil Organisateur dans le spectacle de l’insatisfaction.

Trouvé dans les commentaires :

Même si je ne partage pas les espoirs que vous placez dans les partis et syndicats (dans un texte d’Article11 je pensais notamment à vous en parlant des « nostalgiques du grand parti des travailleurs »), j’apprécie beaucoup votre réponse à PMO, et son ton. J’avais reproduit leurs deux textes sur mon blog, même si je n’étais pas d’accord sur tout et d’abord sur leur posture arrogante, comme je l’exprime sur le blog en question quadruppani.blogspot.com . Puis-je reproduire votre texte sur mon blog (pour un certain équilibre) ou préférez-vous que j’y renvoie simplement ?

Serge Quadruppani : Vous pouvez reproduire l’article (sans oublier toutefois un petit lien vers ici !).

Comme le disent en général les gens de l’encyclopédie des nuisances (mais riesel est-il un intellectuel ou un paysan ?) la réflexion indispensable à conduire est une sorte d’inventaire. Mais il me semble clair que de cet inventaire on ne tirera pas de quoi maintenir l’emploi industriel au niveau actuel.
D’autre part si on décide par exemple qu’une pelle est un objet utile faut-il pour autant maintenir une production industrielle de pelles ? C’est dans Os Cangacieros qu’on peut lire cette analyse intéressante du mouvement luddite, à savoir qu’ils ne se battaient pas contre la machine industrielle en elle même ou parce qu’à cause des machines on avait moins besoin de bras. C’était en réalité un combat contre l’organisation même de la vie qui est imposée avec elle, ce que d’autres ont appelé la tyrannie de l’horloge. Car auparavant le travailleur agricole ou artisan avait une bien plus grande liberté dans l’organisation de son activité, de son temps. On pourrait donc aussi fabriquer des pelles de façon artisanale et non pas industrielle.
Restera-t-il des objets que l’on jugera indispensables, non-polluants, qui nécessiteront tout de même un mode de production industriel ? A voir, ce n’est pas forcément impossible.

J’ai lu les deux textes de PMO et à mon sens, Ruffin ne me semble pas très honnête sur plusieurs points. Lorsqu’il dit « vos textes posent des questions justes, même s’ils y répondent de façon (à mon avis) injuste « , il ne serait alors pas « juste » de dire que les émissions de « Là-bas si j’y suis » (où Ruffin collabore de façon très active) traitent de façon si démesurée (ou omniprésente) des problèmes de pouvoir d’achat, de travail, de protection sociale, de croissance, de lutte de classe, etc. par rapport aux problèmes liés au pouvoir de la technique, au progrès sans fin du monde industriel, à sa production et à ses conséquences désastreuses sur le vivant en général que ces derniers finissent par en devenir insignifiants dans cette émission. Il ne serait pas « juste » de percevoir Mermet et consort comme des apologistes de la société industrielle et de la production régies par l’Etat (plutôt que par le marché) à l’aune de leurs émissions et des sujets qu’elles traitent à n’en plus finir sur la nostalgie des « Trente Glorieuses », sur leur utopie d’autogestion de la classe ouvrière sur à peu près n’importe quoi (Fessenheim lâcherait-elle ainsi moins de béquerels sous l’autogestion consciente de la classe ouvrière ?). En tirer plutôt fort logiquement, après une nouvelle récidive avec Akréma, que cette émission est plus regardante sur « l’emploi à tout prix » (avec ses fariboles sur des conditions de travail plus décentes) que sur nos vies est selon Ruffin « du grand n’importe quoi » . Contrairement à Ruffin, je n’ai lu à aucun moment dans les deux textes de PMO, « Défense du cancer français : séquelles » et « Réindustrialisons » : quand « Là-bas si j’y suis » défend le cancer » un quelconque passage qui annoncerait « la fin des cancers » en France si des usines comme Arkéma fermaient dans notre pays. Pour ceux qui lisent fréquemment PMO, ce collectif a toujours défendu la philosophie d’un « Ni ici, ni ailleurs » comme tous ceux qui restent « écologiquement » éveillés et conscients des désastres globaux. Là effectivement, c’est plutôt du « grand n’importe quoi » de la part de Ruffin.

Dans la partie « Mon cas », Ruffin dévoile qu’il est « partisan de la décroissance », qu’il « abhorre la société de consommation » et qu’il n’a « guère une fibre productiviste – pour des raisons écologiques, mais aussi sociales … ». Et dans « son monde idéal, [il] éliminerait bon nombre de « saloperies » ». Le « monde idéal » qui ressort fréquemment de ces articles ou de ces reportages est pourtant aux antipodes -celui d’Arkema en est la dernière preuve en date – de sa « position de principe » comme il dit si bien. On aimerait bien le voir déballer tout cela à l’antenne devant les rires si « sympathiques » de son patron, le si jovial Daniel Mermet.

Enfin et pour conclure, il reproche à PMO « l’imposture de se revendiquer socialement comme « luddites ». « Ce luddisme était un mouvement de travailleurs. Et non d’une poignée d’intellectuels. » leur balance-t-il. Ruffin s’emballe et tombe dans l’affirmation grossière. Pour quelqu’un qui prétend avoir comme livre de chevet « La formation de la classe ouvrière anglaise » de E.P. Thomson ( il se trompe dans le titre en rajoutant « au XIXe siècle » alors qu’elle commence dans le livre au XVIII), il va falloir qu’il relise attentivement le chapitre « Une armée de justiciers » relatant de cette période , et comprendre que le mouvement luddite ne s’arrêtait pas à un simple mouvement d’ouvriers. Il était au contraire socialement très varié (des intellectuels et certains membres de la noblesse ou de la bourgeoisie anglaises en faisaient parti) et très complexe. François Jarrige fait exactement le même constat dans son essai « Les Luddites – Bris de machine, économie politique et histoire ». Ruffin veut nous faire croire qu’il fait preuve d’une probité légitime quand il s’agit d’aborder tout problème lié à la classe ouvrière. La teneur des sujets qu’il traite le rapprocherait ainsi de celle-ci. Il serait plus apte à en comprendre ses problématiques sociales. Plus que ne le pourrait PMO qui affirme qu’il y a bien une vie après l’usine et qu’elle vaut peut-être la peine d’être vécue. Qui pratique alors « l’oukaze » qu’il dénonce si facilement en début d’article ?

Ni nupes, ni soumis.

Nous reproduisons un court extrait d’article qui suffit amplement à montrer, pour qui aurait les yeux encore mélanchés, à quel point l’aspirant 1er Sinistre est joyeusement soumis à la société du spectacle. Le reste de l’article, quelles que soient les réserves que nous avons envers l’auteur, vaut d’ailleurs aussi le détour.

« C’est avec les jeux vidéo, sous-ensemble lilliputien du numérique, que Mélenchon atteint au sublime. Pour lui, « c’est un instrument magique de formation et de culture ».

Mais il faut se battre, et dit Mélenchon en 2017, « moi, je propose qu’il y ait un centre national du jeu vidéo, comme il y a un centre national du cinéma. Et je vous garantis que si je suis élu, je mettrais le paquet pour que cette filière existe en France, pour qu’elle se développe ». Pardi ! Le jeu vidéo, « ce n’est pas puéril, le comportement du jeu, c’est structurant de l’imagination humaine. On commence tous par jouer pour se construire en tant que personne ».

Quant aux grincheux, il s’agit de « clouer le bec à ceux qui ont du mépris pour le jeu (…) On croirait que jouer c’est perdre son temps, et bien pas du tout. Jouer, c’est même gagner du temps puisque l’on peut s’enrichir humainement. »

Bon. En 2019, le docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’Inserm Michel Desmurget publie au Seuil La fabrique du crétin digital. S’appuyant sur 1500 études de haut niveau – 1500 -, il montre avec clarté que les écrans, à commencer par les jeux vidéo, dégradent en profondeur le cerveau des enfants. 

Au programme ce soir, troubles du sommeil et de la concentration, obésité, agressivité, chute de la créativité et des résultats scolaires, dépressions, conduites à risque, etc, etc. Desmurget : « Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle ».

Un dernier avis gracieux à Mélenchon : ce sont les enfants du peuple qui morflent le plus.

Toutes les études montrent que moins on a de fric, plus on passe de temps à se cramer le cerveau devant Grand Theft Auto, Mortal Kombat ou Super Mario, jeux qui se vendent par millions. »

Note : Les lecteurs pourront, sur le fond, lire les articles que nous avons consacrés au mirage virtuel dans le deuxième numéro de la revue.

Tombés dans le panneau (solaire).

Le problème n’est pas de savoir si une société du spectacle verte, durable, démocratique, est possible, mais c’est que si elle l’était, elle serait encore plus spectaculaire ; encore plus mensongère, encore plus aliénante.

Et le fait qu’elle se soit de toute façon définitivement coupée de cette possibilité tout en laissant encore croire que non, est précisément ce qui caractérise le moment spectaculaire qui nous contient : ce leurre que le spectateur écologiquement informé consomme à toutes les sauces médiatiques, publicitaires et politiques possibles : du mélanchonisme béat au macronisme satisfait.

La conscience aliénée n’est pas superficiellement fausse, mais faussement conscience, véritable hypnose.

C’est cette pollution/falsification/substitution/destruction de la conscience qui constitue le péril fondamental qui menace l’espèce humaine.

AA

Burkini* tombe à l’eau. Bikini* lui sert de bouée.

« Qui se croit libre en étant soumis est plus soumis que qui se sait soumis. »

Une pédagogie émancipatrice, qui est le contraire de ce qu’est l’usine à réussite qu’on appelle l’école (par une inversion orwellienne de la signification originelle de ce mot), aurait enseigné aux jeunes générations à se méfier radicalement d’une « liberté » non moins orwellienne, consistant à suivre ce que les marchands nous disent d’être, c’est-à-dire des marchandises. Nous saurions tous, grâce à l’éclairant Spinoza, « que les hommes se croient libres seulement parce qu’ils sont conscients de leurs désirs, alors qu’ils ignorent les causes qui les déterminent. »

Dans un monde soumis à toutes les tyrannies comportementales imaginables, la servitude n’a de volontaire que de toujours plus se soumettre. Pour le reste, elle est souffrance censurée, malheur auquel on a volé les mots : alexithymie.

La figure de proue, ou plutôt la tête de gondole, de cette tyrannie est assurément la « femme libérée », cette esclave physique, psychologique, émotionnelle, sexuelle et cérébrale de toutes les modes, dont le corps n’est plus que le matériau de l’apparence et les pensées des catalogues publicitaires.

Depuis la femme-objet stéréotypée des années 60, les marchands du temple ont pris acte des poussées féministes  et les agences de marketing les ont donc complètement intégrées au « women’s empowerment marketing » (la commercialisation de l’autonomie de la femme). De Dove à Always en passant par Nike, l’image de la femme libre  s’est affirmée : la femme libérée veut désormais être au moins l’égale de son image, fusionner avec son image, être la femme image : une page de publicité papier glacé qui marche dans la rue.

Ce n’est pas gagné, pour le dire en termes commerciaux. Entre les régimes drastiques et les vomissements contrôlés, les troubles comportementaux du «desperate housewives syndrome», la frénésie d’achat sous les diktats de la « fast fashion » (mode express) et l’insécurité psychique d’une identité bradée qu’elle implique, l’impérialisme du paraître étend son empire, c’est-à-dire son emprise sur les corps et les esprits, ou ce qu’il en reste. Et bien sûr, avec l’inflation démentielle de la « réalité » virtuelle et du « cyberbullying »  (harcèlement sur internet), un changement d’échelle dans le règne du paraître s’est produit : désormais, toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de falsification s’organise en fonction de l’apparence :
« Dis-moi quel est ton profil, je te dirai qui tu es ».

Sans oublier que dans l’arrière-boutique, le milieu de la mode est un des pires lieux de maltraitance salariale, à égalité avec l’univers impitoyable de la production des jeux vidéos (si chers à Mélenchon), où l’on ne sait plus où commence le travail et où il se finit, où le rythme effréné de la production sature intégralement l’espace jusqu’à la machine à café : où l’on se voit contraint de se fabriquer une image de soi et un personnage en même temps que l’on fabrique du glamour 3D prêt à porter.

Quant à celles qui veulent être vraiment tendance, elles devront intégrer à leur logiciel de remodelage intégral la partie « développement personnel » dont voici le mode d’emploi : « développez personnellement vos égoïsmes justifiés, votre égocentrisme assumé, votre insensibilité sociétale, votre consumérisme étiqueté éthique, votre reluisante image face à vous-même et face aux autres, votre « légende personnelle » façon Facebook.
Soyez en long, en large et en travers l’artisan de vos aliénations favorites, le producteur de vos masques en tissu de mensonges.
Vive le développement de la marchandise personnelle, de la personnalité marchandise… »

Tout ça pour dire que lorsqu’une attardée du « french way of life » – depuis longtemps détruit et recomposé sous forme spectaculaire marchande -,  du calibre d’Elisabeth Lévy qui associe la culture française avec le port de sa mini-jupe – d’origine anglaise comme l’ignore l’ignare – fait mine d’être outrée par un burkini, elle ferait bien de ravaler son indignation sur commande : la soumission vestimentaire d’une baigneuse en burkini n’a rien à envier à celle dont le string procure de si belles mycoses vaginales.

Y.N

*La création du burkini en 2005  à Sydney fait suite à de violents affrontements initiés par des Australiens venus « reprendre possession » d’une plage.

*Le bikini est inspiré du premier essai nucléaire américain, dans l’atoll de Bikini aux îles Marshall.

Roadmap for the Social Ecology and Communalism (SEC) Network/FEUILLE DE ROUTE DU RÉSEAU Ecologie Sociale et Communalisme.

State of play

The collapse of biodiversity and the poisoning of nature that have been observed for the past few decades are direct responses to the decline in the variety of human relations and in everything having a communal element.

It is the ruthless toll of capitalism, the great organiser for alienated labour, food industrialisation and globalised commodification, as well as political decay.

This leads to a never-ending crisis economy with its share of multi-faceted misery, which is increasingly regarded as a cause of indignation and rocketed rioting across the world. This legitimate anger risks turning into hatred of others and a continuation of the illusory belief in parties advocating a nation-state that suppresses popular sovereignty.

Far from fighting capitalism, the party system has only one objective: competing for state power. Once in charge, parties do little more than ratify the destructive logic of capitalism and deprive us of our collective power.

Representative democracy, the reassuring face of that system, has been treated as an impassable democratic horizon. It is, however, at the end of its rope as is shown by the recurring refusal to vote. Fortunately, political parties are no longer inspiring people’s dreams. As the vote-catching left has definitively lost its soul, two major trends cross the political/media landscape: a neo-liberal technocracy increasingly moving towards authoritarianism and widespread surveillance. On the other hand, there is a reactionary, identity-based and racist bloc, whose views have never been so trivialised by the mass media.

Facing this disastrous scenario, we find a lack of prospects, a political vacuum due to the exhausted illusions which have been long held by a left that is obviously captivated by neo-liberal practices and simply aims to humanise them…

Simultaneously, however, there is a strong concern for emancipation and choices that can make life worth living again. Networks are springing up everywhere, both in rural and urban areas, reforging links. Struggles combining ecology and social issues (against useless projects; against the loss of public services in rural areas; against educational, energy, health and transport policies; against patriarchy, etc.) are also developing. Many such struggles advocate the end of capitalism. But what will happen to the broader masses of people when that end comes if nothing has been proposed to prepare the future?

Social ecology as a step aside

Social Ecology originated from this state of play, as ecological challenges are rooted in social injustices and the logics of domination feeding them. It is the framework that enables us to set out our fields of action and our own prospective priorities. While progressively moving away from capitalist rationales, it proposes a horizon of social decentralisation and of reintegrated human communities anchoring their activities locally in a dynamic balance with their natural environment, and connecting with each other via confederations.

Communalism as a political tool

This analysis gives rise to the need for us to organise so as to encourage as much involvement as possible at the communal level in the discussions and decisions concerning them.

This political organisation is what we call “communalism“, as it is based on a confederation of free communes.

The communalist project, as theorised by Murray Bookchin, is – quite reasonably – based on the long and rich history of the revolutionary movements for broad-based emancipation. This libertarian approach advocates decentralisation, the abolition of all forms of domination and exploitation, and engages with nature from a local perspective, while avoiding any retreat into a chauvinistic localism or parochialism.

Political and social issues are thus an integral part of ecology. The communalist choice clearly involves an overcoming of party practices and representative democracy by direct democracy, in tension with state institutions. It stands firm on the margins, through practice, in restricted territories, in communes and wherever human groups seek to regain control of their lives (housing, peasant agriculture, health, energy and essential goods production, arts, etc.). No alternative project can really succeed without the development of a movement bringing together both the struggles against any kind of domination and for dignity, and the tangible alternatives that are consciously sought outside capitalism. It is therefore necessary to multiply exchanges between such spaces, to create solidarity bonds within and between communes, regions and internationally.

Having this communalist culture and practice, the many lived experiences underway – including in social pedagogy, alternative teaching, popular education, shared housing and places, self-managed production, collective farms, anti-patriarchal struggles, feminist struggles, active solidarity with migrants or the Zones to Defend (ZADs in France) – can help enrich this political dynamic, which would start at the local level, to federate on a territory (e.g., a municipality, a city neighbourhood, a valley or a watershed in the mountains).

The call:

Building Social Ecology and Communalism cannot be enacted, nor rely on any kind of power grab. We can no longer wait for the great day. We must now deliver a constructive process by linking up the many practical collective initiatives. We invite you to contribute to such a quiet link-building, to this growing mycelium. Regardless of whether you are involved in unions, associations, informal groups, associations for the maintenance of peasant agriculture (AMAPs in France), integral cooperatives or simply as an individual in the struggle against market domination.

Based on these social movements, we are no longer seeking to delegate our political power but to seize it directly within our popular and decision-making assemblies. This whole process will enable us to build our own communal self-institutions in tension with the state. Together, by turning those assemblies into spaces where communality can be rebuilt and learnt, we’ll be able to determine our real needs. Firstly, this is about articulating a counterforce ready to compel current municipal powers to take the communalist assemblies’ proposals forward. We should indeed aim at a direct and effective democracy. This is also about a shared establishment of politics as a strong link in our diversities, and embedded in nature. But it is also a conscious and determined step towards a final exit from capitalism and for a social ecology. It is up to all of us to create this promising emancipatory movement first locally, then regionally and beyond.

This roadmap is only a first step towards the collective development of a strategy that will be further developed as we move forward. The road is made by walking; let us walk by questioning ourselves; let us change by changing ourselves!

Contact : echoreclus@riseup.net

FEUILLE DE ROUTE DU RÉSEAU E.S.C

Le Constat :

L’effondrement de la biodiversité et l’intoxication des milieux auxquels nous assistons depuis quelques décennies font directement écho à l’appauvrissement des relations humaines dans leur diversité et de tout ce qui fait sens commun.

Tel est le triste aboutissement du capitalisme, grand ordonnateur du travail aliéné, de l’industrialisation agro-alimentaire et de la marchandisation mondialisée, ainsi que de la dévitalisation du politique.

Il a provoqué une économie de crise permanente, assortie de misères multiformes qui suscitent toujours plus d’indignation et de flambées émeutières à travers le monde. Ces colères légitimes risquent de se muer en haine de l’autre et d’alimenter la croyance illusoire dans des partis qui prônent l’État-Nation et confisquent la souveraineté populaire.

Loin de combattre le capitalisme, le régime des partis n’a qu’un objectif : la rivalité pour la conquête de l’État. Une fois aux commandes, ils entérinent la logique destructrice du capitalisme et nous dépossèdent de notre puissance collective.

La démocratie représentative, visage rassurant du système, se présente comme un horizon démocratique indépassable. Elle est pourtant à bout de souffle, comme en témoigne l’abstention récurrente aux élections. Les partis politiques ne font plus rêver, et heureusement. La gauche électoraliste ayant définitivement perdu son âme, deux grands courants traversent le paysage politico/médiatique : une technocratie néo-libérale tendant toujours plus vers l’autoritarisme et la surveillance généralisée ; et un bloc réactionnaire, identitaire et raciste, dont les idées n’ont jamais autant été banalisées par les médias de masse.

Ce désastre nous laisse face à un manque de perspectives, au vide politique que les illusions de la gauche ont laissé derrière elles quand il est devenu évident qu’elle était fascinée par les pratiques néo-libérales et ne prétendait qu’à les humaniser…

Dans le même temps, on voit pourtant se manifester un fort désir d’émancipation et d’alternatives dans lesquelles il serait possible de mener une vie qui ait du sens. Des réseaux associatifs naissent un peu partout, en ville comme à la campagne, et recréent du lien. On voit émerger des luttes qui articulent l’écologie et la question sociale (contre les projets inutiles, contre la disparition des services publics en milieu rural, contre l’agriculture industrielle, contre les politiques éducatives, énergétiques, de la santé, des transports, contre le patriarcat…). Elles sont nombreuses à prôner la fin du capitalisme. Mais comment vivra la majorité des gens si rien n’a été fait pour préparer le monde d’après le capitalisme ?

L´écologie sociale comme pas de côté

L’Écologie sociale est née de ce constat, considérant que les problèmes écologiques ont pour origine les injustices sociales et les logiques de domination qui les alimentent. C’est dans ce cadre que nous inscrivons nos champs d’intervention et nos principales perspectives. Tout en sortant progressivement des logiques capitalistes, l’Ecologie sociale propose comme horizon une décentralisation de la société et une réintégration des communautés humaines dans des activités ancrées localement, en équilibre dynamique avec les milieux naturels et reliées entre elles par des confédérations.

Le communalisme comme outil politique

De ce constat naît la nécessité de s’organiser de manière à susciter la plus grande participation possible de la population de la commune aux délibérations et aux décisions qui la concernent.

Nous appelons ce mode d’organisation politique “communalisme”, car il est fondé sur une confédération de communes libres.

Le projet communaliste, théorisé par Murray Bookchin s’est utilement inspiré de la longue et riche histoire des mouvements révolutionnaires qui ont visé l’émancipation populaire. Cette approche libertaire défend une société décentralisée, l’abolition de toutes formes de domination et d’exploitation et pense ses rapports avec les milieux naturels depuis une perspective locale, sans pour autant s’enfermer dans un localisme chauvin ni dans le survivalisme.

La question politique et sociale est ainsi indissociable de celle de l’écologie. L’option communaliste se pose clairement dans un dépassement des pratiques des partis et de la démocratie représentative par la démocratie directe, en tension avec les institutions étatiques. Elle s’affirme dans les marges, à travers les pratiques, sur des territoires restreints, dans les communes et partout où des groupes humains cherchent à reprendre le contrôle de leurs vies (logement, luttes paysannes, santé, production énergétique et de biens essentiels, vie artistique, etc.). Aucun projet alternatif en sera en mesure d’aboutir si, conjointement, on ne construit pas    un mouvement regroupant les luttes contre les dominations et pour la dignité, mais aussi les alternatives concrètes qui cherchent consciemment à se projeter hors du capitalisme. Dès lors, il est nécessaire de multiplier les échanges entre ces espaces, de créer des liens de solidarité, dans et entre les communes, les régions et internationalement.

Fortes de cette culture et de ces pratiques communalistes, les nombreuses expériences en cours autour de la pédagogie sociale, les enseignements alternatifs, l’éducation populaire, les habitats et lieux partagés, les productions autogérées, les fermes collectives, les luttes anti-patriarcales, les luttes féministes, les solidarités actives avec les migrants, les ZAD, peuvent participer à enrichir cette dynamique politique consistant à partir du local pour se fédérer sur un territoire (ex : commune, quartier en ville, vallée ou bassin-versant en montagne…).

L´appel :

La construction de l’Écologie sociale et du Communalisme ne repose ni sur un décret ni sur une quelconque prise de pouvoir. Nous ne pouvons ni souhaitons attendre le Grand Soir. Nous devons dès maintenant œuvrer activement à la mise en relation d’une multitude d’initiatives collectives concrètes. C’est au tissage discret de ces liens sur les bases énoncées ci-dessus, à la croissance de ce mycélium que nous vous proposons de participer. Que vous soyez investi(e)s dans des syndicats, des associations, des collectifs informels, des Amap, des coopératives intégrales où simplement à titre individuel dans la lutte contre la domination marchande.

Partant de ces mouvements sociaux, nous ne voulons plus déléguer notre pouvoir politique mais nous en saisir directement à l’intérieur de nos assemblées populaires et décisionnelles. C’est sur ce processus que nous misons pour construire nos propres auto-institutions communales en tension avec l’État. C’est à partir de ces assemblées devenues des espaces de reconstruction et d’apprentissage de la communalité que nous pourrons identifier nos besoins réels. Il s’agira, dans un premier temps, d’y forger un contre-pouvoir capable de contraindre les pouvoirs municipaux actuels à mettre en place les propositions des assemblées communalistes. Car l’objectif est d’aller vers une démocratie directe et effective. C’est aussi de recréer une politique structurée par nos diversités et par nos liens avec les milieux naturels. Par cette démarche consciente et déterminée, nous voulons créer les conditions d’une sortie définitive du capitalisme et d’une écologie sociale. A nous toutes et tous de créer ce mouvement émancipateur porteur d´espoir, localement, puis à l’échelle des régions et au-delà.

Cette feuille de route ne constitue que le premier pas vers l´élaboration collective d’une stratégie qui continuera à s´élaborer au fur et à mesure de notre avancée. Le chemin se fait en marchant ; marchons en nous questionnant; transformons en nous transformant !

Contact : echoreclus@riseup.net

A propos de la mystification linguistique combinatoire du fétichisme aliénatoire dans la pseudo critique congelée de l’aliénation radicale de l’immanence de l’humain cosmico-transcendantal. La bouillie quoi.

Il me faut préciser. J’ai eu récemment un échange avec une des groupies d’un certain Francis Cousin, qui a ensuite cédé la place à un de ses porte-flingues, nettement plus grossier que la première, mais tout aussi confusionniste.

Le point de départ était un entretien monologué dont le Cousin a le secret, où il annonce l’énorme banalité d’explosions sociales à venir, sur la chaîne d’extrême-droite TV Libertés.

Il n’entre pas dans mon intention de détailler la logorrhée de cet adepte de lui-même (on trouve des éléments suffisants de dénonciation ici par exemple : http://sortirducapitalisme.fr/…/318-une-analyse…. Ou encore ici : https://comptoir.org/…/francis-cousin…/comment-page-1/ ), mais de dire deux mots sur cette logorrhée elle-même, qui serait censée, selon la groupie, être incontournable à « quiconque veut vraiment comprendre ».

Le Cousin ne pique pas, mais tient un « cabinet de philo-analyse, un lieu de dialogue qui accompagne tous ceux qui entendent – par la dynamique de la parole dé-liée, retrouver l’authenticité désaliénée du cheminement vers un vivre humain véritable. »

Pourquoi ne pas vendre en effet la parole à celles et ceux qui entendent payer pour mettre des mots sur leur dépossession.

On savait depuis les situationnistes que « les mots travaillent pour le compte de l’organisation dominante de la vie », et voici qu’ils travaillent aussi pour le compte en banque du Cousin, dont l’idée dominante est d’utiliser l’appauvrissement d’un vécu massivement réduit à la consommation expansive et rotative d’images afin de réduire le langage lui-même à une succession d’images toutes faites.

Et qui brillent, et qui claquent, et qui hypnotisent.

Une fois passée à la moulinette de la « nativité communeuse du christ radical », l’innocence perdue est au moins assurée de ne plus revenir.

La « critique de l’auto-mouvement réifié de la radicalité stellaire du temps subversif incarné dans la totalité de l’immanence cosmique de l’humanité vraie » ne risque pas de faire grand chose d’autre que de se payer de mots, quand elle ne se fait pas payer pour des mots.

Certes on ne peut pas nier que l’analyse critique exige une précision conceptuelle qui la rend parfois difficile à aborder. « La société du spectacle » ne fait pas partie de la collection Harlequin. Mais cette précision reste seulement précise, sans enfermer la compréhension dans une boursouflure inflationniste de termes ésotériques tournant en boucle.

Celle qui est ici piégée, c’est tout simplement la pensée qui, pour ne pas se réduire ni réduire son objet, doit continuellement s’émanciper de tout code figé.

Penser librement, c’est épouser la vie des idées sans jamais les figer en un système d’éléments de langage, fût-il d’apparence « subversive ».

Parler la langue du spectacle implique par contre juste d’utiliser un pass, constitué d’une petite série d’images convenues propres à un milieu donné.

C’est ainsi que l’universalité des significations possibles régresse et s’appauvrit, pour générer des apartés, qui formeront ensuite nécessairement un apartheid linguistique.

Fin de la parenthèse.

(L’un de nous)