Approchez, approchez
rejoignez-nous et prenez place
pour les grandes festivités
les préparatifs sont terminés !
Leurs exploits sont chantés et loués,
pieusement narrés
par nos Homère en hermine.
Pour un jour, posez à terre
vos feuilles de chou et vos pince-nez
oui, laissez de côté
les bateleurs de la vermine.
Regardez-les, voyez-les bien,
comme ils sont majestueux et nobles !
Le golden boy a démuselé sa meute
il a éteint le cœur de quelques braves
un amuse-bouche pour commencer.
Un rapt au bout du monde
pour alimenter la liesse
le cerbère à toupet rôde
le suspense est à son comble
dépêchez, entrez vite dans la ronde !
Le peuple de Perse est massacré
il ne panse plus ses plaies
les coronaires, les os brisés
que reste-t-il à sauver ?
La grande armada mafieuse arrive
pour éclairer le monde
dans le nuage lacrymal
perce la démocratie en frac.
Qu’elle est forte et triomphale
sa soif de négoce
pleurez puis essuyez franchement
le mirage de vos rétines.
Conduire, marcher, courir,
au pas, au pied ! produire
on va devoir se démener
les baïonnettes doivent luire !
Les mains poudrées sont lasses
elles ont horreur de la crasse.
Vite ! on a besoin de toi
mets ton masque mortuaire et enrôle-toi
puis entre dans la danse !
Le fétichiste d’obus dédicacés
est sur le point de rempiler
il faut affamer d’autres lignées
à quoi bon s’arrêter en si bon chemin
on n’est pas roi des truands pour rien.
Le petit tsar du peuple
n’a pas non plus rendu les armes
sa piétaille est encore en chemin
des bancs d’école vers le ravin
on ne compte plus les mutins
de la ravine d’Essénine
ne reste plus qu’un champ de ruines.
Le geôlier de l’Empire
a verrouillé toutes les maisons
étendu les centres de rééducation.
Acclamez ses armées de réserves
le sang du labeur ruisselle
de la bouche des bureaucrates
jusqu’à la poche de nos jeans.
J’oubliais le plus saint des saints
l’arracheur de dents en bras de chemise
sur le dernier char grimé en fifre
apprenti des autocrates
le grand débat, sa mascarade
la poudre aux yeux crevés.
Il y en a tant et tant
nous ne finirons jamais
de conter tous leurs péchés
tant que de la terre les marchands
nous n’aurons pas enfin chassé.
Alors viens donc finir la ronde
qu’est-ce qui nous retient encore ici ?
l’immonde est devenu leur monde.
Mais qui sommes-nous !
Qui sommes-nous
ne le savez-vous point ?
Des lions en cage, en nombre indivisible
nés d’une rage civilisée
des barreaux pas même dorés ni argentés
captifs d’un sommeil abrasé
de simples barreaux en carton
nous les avons repassés au crayon
d’étincelle il n’y aura pas
vous le savez, n’est-ce pas —
le torchon brûle déjà.
