Le droit international, comme le droit tout court, a longtemps fonctionné comme dispositif de mise en scène : une grammaire de légitimation a posteriori de rapports de force déjà décidés ailleurs.
Tant que l’hégémonie était relativement stable, le décor tenait.
Aujourd’hui, la stabilité se défait, et le droit perd sa fonction anesthésiante.
Ce que les peuples découvrent, ce n’est pas l’injustice (ils la connaissaient déjà) mais l’inutilité du masque.
Les principes “universels” ne sont plus brandis que lorsqu’ils servent, puis piétinés sans gêne lorsqu’ils entravent.
L’exception devient la règle, mais sans même la rhétorique de l’exception.
Il y a là quelque chose de décisif : quand le droit cesse d’opérer comme croyance, la domination est contrainte de se montrer comme domination, sans transcendance, sans fiction morale.
C’est un moment dangereux, mais aussi un moment de vérité.
Reste à savoir si cette vérité sera : absorbée par le cynisme (« on a toujours su »), détournée par de nouveaux récits sécuritaires, ou saisie comme occasion de désenvoûtement.
La chute du langage n’est jamais seulement une perte.
Elle ouvre aussi des zones d’indésinterprétation, où la croyance obligatoire se fissure et où une perception moins domestiquée peut surgir.
La question n’est plus : le droit est-il respecté ?
Mais : qui parle encore au nom de quoi, et pour couvrir quelle violence ?
Le visage grimaçant des dominateurs n’est peut-être qu’un début.
