Remède à tout poursuit sa diffusion avec ce nouveau tirage. Le livre a également pénétré récemment au Québec.
Pour l’occasion, on a répondu à quatre nouvelles questions :

– Guy Debord affirmait que pour ébranler les fondements d’une société, il fallait présenter une théorie qui en explique les fondements et vise son centre. Il ajoutait que cette théorie ne doit pas apparaître comme fausse mais soit parfaitement inadmissible. Quel est le centre visé par votre livre ?
Quand les colères rencontrent leur intelligence à la racine, elles s’enhardissent. Innombrables sont les motifs de colère contre ce monde, innombrables les angles d’attaque, mais innombrables également les dispositifs de récupérations, émiettements, étouffements, déviations, divisions. On s’accommode, on tergiverse, on trahit, on se déchire, on retourne aux illusions. L’insatisfaction domine tant que la domination satisfait. Et quand la domination insatisfait, on s’en remet aux satisfactions dominantes. Nous visons le cœur du malaise à propos de tout ce qui existe : la spectacularisation de tout partout. Quand les gens en auront la nausée, quand la nausée n’aura plus de repos, le remède apparaitra dans toute sa simplicité : revivre et cela n’a pas de prix.
– Remède à tout veut renouer avec les concepts forgés par le groupe situationniste à commencer par le spectacle, l’aliénation et la séparation. En quoi ces concepts permettent-ils un dépassement critique des affrontements militants actuels sur le genre, la décolonisation ou la désindustrialisation ?
Si les militants s’affrontent sur le genre la décolonisation ou la désindustrialisation, c’est qu’ils n’ont pas saisi la nature de l’affront qui nous est fait. Quand ce sera fait, les réponses couleront de source, évidemment meilleures que notre pauvre contribution, pauvre comme l’époque, puisqu’une théorie ne peut être meilleure que son époque.
Les concepts situationnistes – et non les postures- sont le soleil dans les yeux de celles et ceux qui sont sortis de la caverne. L’aliénation divise, la désaliénation réunifie. Quiconque a pris la joie de saisir le cœur de la théorie du spectacle ne verra plus jamais le monde autrement que comme il est : une fiction universelle, une facticité généralisée, la prolifération planétaire du non vivant.
– En s’adressant aux étudiants et aux artistes et en dénonçant leur sommeil l’IS a pu se vanter d’avoir été à l’origine des évènements de mai 1968. Comment pensez-vous vous faire entendre du plus grand nombre dans un monde qui semble plongé dans la somnolence des réseaux sociaux et autres distractions égotiques. Avez-vous une stratégie visant un groupe particulier de dormeurs comme l’avait fait avant vous l’IS avec les étudiants ou les artistes ?
Nous ne pensons pas avoir en aucune façon les moyens de nos faire entendre du plus grand nombre.
Dans la ville condamnée, nous cherchons celles et ceux qui bifurquent, qui font un pas de côté, qui respirent la liberté. Ils sont reconnaissables aux vivants, mais invisibles pour les services secrets.
Ceci dit, nous avons quelques idées de ruses à venir, qui auront leur impact, à commencer par la démoralisation des admirateurs des misérables « riches », ces amputés du cœur.
Vous dites dans un article paru sur d-fiction ne pas vouloir utiliser la polémique ou le scandale contre les autres courants critiques et développer un autre rapport au temps et à la jouissance que l’IS. Pouvez-vous développer ce ou ces thèmes et nous dire en quoi ils peuvent être inadmissibles ?
Les polémiques sont une perte de temps qui donnent raison au temps, c’est-à-dire aux règlements de compte, c’est-à-dire au compte, à la comptabilité, qui est la relation dominante à l’existence. Elles ont eu leur mérite et surtout leur utilité lorsqu’il s’agissait de tracer les nouvelles lignes de démarcation entre les idéologies sous perfusion et la nouvelle intelligence de l’époque. Il ne reste que des momies d’idées, et le désert, dont l’oasis. Buvons à ses eaux claires, plutôt que retourner la boue. Jouissons de l’éternité de chaque instant, plutôt que de profiter du temps, qui est toujours le temps du profit.
