Il y a pourtant encore du nouveau sous l’anti-soleil de la société du spectacle : à Gaza fin 2023, tout se passe désormais en direct en temps réel – comme une sorte de feuilleton de l’enfer, démocratiquement partagé.
Une sorte de petite apocalypse consommable donc, avec son mode d’emploi médiatique et politique.
D’aucuns, et pas des moindres, y voient le combat de la civilisation contre des « animaux », etc.
Il est vrai que ladite civilisation a déjà plus qu’abondamment démontré quel cas elle faisait des animaux ; et maintenant elle montre qu’elle peut en faire au moins autant des humains.
C’est ainsi que plus de deux millions de personnes, dont une majorité d’enfants et d’adolescents, sont enfermés dans un enclos sans nom, soumis à la terreur de bombardements incessants, avec cette particularité qu’on y a ajouté la torture d’une famine et d’une soif généralisées.
Une suite d’horreurs massivement dé-documentée par la propagande médiatique.
Il semble d’ailleurs imprudent ou naïf de croire les chiffres fournis d’un côté comme de l’autre : il y aura au final certainement bien plus de morts et d’horreurs que tout ce qu’on a vu ; mais ce sera le jour d’après, et les yeux seront alors bombardés d’autres images (l’image est ce qui ne manque jamais, dans ce monde où tout manque).
De toute façon, il n’y a plus aucune sorte d’observateurs indépendants sur le terrain (sous les bombes et sur les tombes) et c’est là une condition de réussite pour le bombardement de novlangue médiatique des uns qui doit impérativement compléter le bombardement physique des autres.
Le décor, l’envers du décor, la destruction du décor, l’enfer du décor.
Le discours ininterrompu du Spectacle mène ainsi sa guerre d’éradication contre ce qui pourrait rester de bon sens sensible : il ne doit rester que des chiffres.
Nous en sommes donc à ce point où la conscience aussi doit survivre impuissante, désarmée et empoisonnée ; affamée et assoiffée elle aussi, et muette, puisqu’un déluge algorithmique d’éléments de novlangue, ne lui laisse plus aucun répit.
Il serait donc évidemment plus que temps que les peuples se défassent des puissants et se relient entre eux, avant que ne soit achevé l’invisible mur de Gaza des consciences.
Les immenses manifestations à travers le monde témoignent heureusement de la résistance planétaire à cette épuration sémantique, tandis que les âmes envolées des enfants de Gaza planent en silence sur la terre entière.
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