Trump n’existe pas.

Seulement un dispositif exacerbé de survie du moi, dans un monde où le moi est marchandise, où le langage a perdu sa fonction symbolique, où le pouvoir n’est plus exercé mais performé.

Donald Trump n’est pas une aberration psychique surgie par accident dans l’histoire politique ; il est un produit terminal.

Une figure-symptôme du capitalisme spectaculaire à son stade algorithmique.

Sa pathologie n’est pas extérieure au système : elle en est l’expression la plus lisible, la plus décomplexée.


Trump ne gouverne pas à partir d’idées, mais depuis un moi hypertrophié, défensif, constamment menacé d’effondrement.Le réel n’est pour lui qu’une matière première malléable, une surface à reconfigurer en fonction des nécessités de l’auto-glorification. Il ne ment pas au sens classique : il substitue. Il remplace le monde par une version provisoire compatible avec son image, puis passe à la suivante sans reste, sans honte, sans mémoire.


Ce fonctionnement repose sur une structure psychique clivée, incapable de tolérer l’ambivalence. Tout est loyal ou traître, victorieux ou humiliant, grand ou inexistant. La contradiction n’est pas un désaccord mais une attaque. La perte n’est pas une issue possible mais une annihilation. Perdre, pour Trump, équivaut à disparaître symboliquement ; d’où l’impossibilité radicale de reconnaître l’échec, y compris électoral. Le pouvoir n’est pas une fonction : il est une extension du moi, un dispositif de survie narcissique.
Sous la grandiosité permanente, on trouve une angoisse archaïque du vide, tenue à distance par le bruit continu, l’agitation médiatique, la provocation incessante.

Le silence serait déjà une défaite. Trump parle comme on respire quand on se noie : pour ne pas sombrer.

Son langage est volontairement appauvri, répétitif, incantatoire. Il ne cherche pas à convaincre mais à saisir, à produire une adhésion réflexe, affective, pré-symbolique.

Nous ne sommes plus dans le discours politique mais dans la gestion pulsionnelle des foules.


Ce qui rend cette figure dangereuse n’est pas une folie individuelle, mais sa compatibilité parfaite avec l’état du monde.

Trump est un désinhibiteur : il autorise ce qui était refoulé, légitime ce qui n’osait pas se dire, donne une voix aux affects bruts ( ressentiment, humiliation, désir de revanche), sans jamais les transformer.

Il est le porte-voix d’une société déjà dissoute, déjà séparée d’elle-même.


Avec Trump, le langage cesse d’être un espace de médiation ; il devient une arme de saturation.  La vérité n’est plus contestée : elle est dissoute. Nous ne sommes pas face à une psychose individuelle, mais à une psychose sociale administrée, où le réel est soumis au rapport de force, où le mensonge devient une simple modalité de gestion de l’attention.


Trump incarne la pathologie du spectacle à son stade avancé : un monde où le moi marchandisé remplace toute forme de subjectivité, où le pouvoir ne se légitime plus, mais se performe, où l’effondrement symbolique est masqué par la surenchère permanente. Il n’est pas la cause de la décomposition contemporaine ; il en est l’un des visages les plus nets, les plus obscènes, les plus pédagogiques.


En ce sens, s’opposer à Trump sans s’attaquer aux conditions qui le rendent possible relève de l’illusion morale. Trump tombera, comme tombent les figures du spectacle.

Mais tant que le langage restera colonisé, tant que le réel sera subordonné à l’image, tant que la survie psychique passera par la domination, d’autres Trump suivront, non comme accidents, mais comme nécessités systémiques.