On a reçu ce texte au courrier, qui reprend l’un des notres d’une façon étonnante.
1. Le faux bonheur comme produit du spectacle
Dans le monde spectaculaire marchand, la réussite se donne à voir comme fin suprême. Elle s’illustre en images, en chiffres, en statuts.
Le « salaud satisfait » est l’avatar de cette réussite spectaculaire : il est celui qui s’accomplit non dans l’être, mais dans l’avoir, non dans la justice, mais dans la performance reconnue par le système. Pourtant, comme toute marchandise du spectacle, son bonheur est falsifié : il se consume sans jamais s’incarner.
2. L’aliénation comme décroissance en humanité
Le spectacle sépare. Il sépare l’individu de sa propre humanité, le citoyen de son pouvoir, le regard de la vérité. Le salaud, en acceptant les règles truquées de la compétition, se sépare de ce qui fait la substance de l’humain : la capacité à créer du sens, à éprouver de l’empathie, à construire du commun. En ce sens, l’injuste décroît en humanité, non seulement moralement, mais existentiellement : il devient fonction, rôle, silhouette dans une vitrine.
3. Le juste comme résistant au spectacle
Face à l’homme-spectacle, le juste est dissident. Il refuse l’aliénation, même au prix de l’échec apparent. Il ne se définit pas par sa visibilité mais par sa cohérence intérieure.
Ce refus n’est pas passif : il est l’acte fondamental de résistance à la société du mensonge, l’embryon de la situation vécue authentiquement. Dans ses gestes, dans ses choix, il propose une autre vie, non spectaculaire mais réelle.
4. La subversion du sens : il est juste d’être juste
Cette formule est en elle-même un acte subversif dans un monde où la justice est devenue marginale. Affirmer que la vie gagne malgré tout, c’est réintroduire la dialectique dans un univers figé par la communication creuse. Le regard du juste, bien que silencieux, fissure le mur du spectacle. Sa simple présence rappelle que d’autres formes de vie sont possibles, et qu’elles existent déjà, souterraines, minoritaires, mais bien réelles.
5. Vers une situation à construire
La tâche situationniste reste donc la même : désintégrer les formes figées du faux, éveiller la conscience des justes éparpillés, créer des situations où la vérité peut à nouveau s’expérimenter. Contre la victoire apparente des salauds, il faut opposer la force insurrectionnelle du vécu authentique.

