Le matérialisme a constitué une rupture décisive avec les philosophies qui faisaient de l’esprit, de Dieu ou de l’idée le fondement du monde. Mais il a conservé la même structure : remplacer un principe absolu par un autre. À l’Esprit, il a substitué la Matière.
Le matérialisme historique a prolongé ce geste en identifiant progressivement la matière à son organisation économique. Le réel s’est trouvé réduit aux rapports de production, aux forces productives, à la valeur, au travail. L’histoire est devenue l’histoire de cette réduction.
Or le réel est antérieur à toutes les catégories qui prétendent le définir. Il n’est ni matière, ni esprit. Ces notions sont des élaborations humaines destinées à décrire certaines dimensions du monde, non son fondement.
L’économie n’est pas l’économie de la matière. Elle est l’économie du réel : une manière historiquement déterminée d’ordonner, de mesurer, de fragmenter et d’exploiter ce qui existe.
Sortir du matérialisme ne signifie donc pas revenir à l’idéalisme. Cela signifie cesser de chercher un principe unique dont tout découlerait. Le réel n’a pas à être déduit. Il est ce dont procèdent toutes les catégories, y compris la matière.
La critique révolutionnaire retrouve alors son objet véritable : non la matière aliénée, mais le réel mutilé.
