A propos de l’affrontement des nouveaux variants de la non-pensée volontaire.

La séquence zemmour, qui est là pour durer, fait évidemment partie de la pente dans laquelle nous entraîne le dernier moment de la société du spectacle : le contrôle social simultanément autoritaire et démocratique : formaté par le haut par l’orwellisation massive des pensées et autogéré par le bas par l’affrontement des nouveaux variants de la non-pensée volontaire.

Il n’est plus temps de penser, de prendre du recul, mais d’aboyer vers l’avant, en endossant et en faisant endosser aux « ennemis » les étiquettes infamantes massivement diffusées et relayées par les politiques, les médiatiques et les zéros sociaux affamés de vengeance, dans l’état si avancé de décomposition et d’impuissance où se trouvent leurs existences.

Les catégories caricaturales, biaisées et le plus souvent délirantes auxquelles recourt la sémantique zemmourienne en toc, et qui occupent le devant de la scène médiatique-spectaculaire n’ont pour seul but que d’infiltrer les têtes et d’y remplacer l’activité consciente ; qu’on les reprenne ou qu’on s’y oppose.

Le mode dominant d’utilisation des mots par les médiatiques et les politiques puis, à la suite, par une immense quantité pyramidale de commentateurs, se situe ainsi au croisement :

– de l’hypnose,

– du discours performatif (lorsque l’énoncé d’une chose la fait advenir),

– de la prédiction autoréalisante (lorsque l’énoncé active une réaction),

– et du principe de proférence (à force de proférer un fait, on l’inscrit comme fait dans la tête des gens).

De sorte que se dessinera et se diffusera, dans l’ombre des mots, le fantôme de la chose.

C’est ainsi que le Covid est devenu une hantise bien plus contagieuse qu’un virus, que « l’invasion islamiste » a effectivement envahi les esprits, et que la « guerre civile » est déjà là, puisqu’ il suffit de le dire.

L’orchestration n’a évidemment rien de compliqué : elle relève simplement du martèlement monocorde à haute intensité.

Quant à vouloir y répondre, on voit assez dans quel combat perdu d’avance on s’engagerait. Car se lancer dans le rappel de ce qu’est une invasion, ou bien l’islam, ou encore une guerre civile, etc., demande, dans un ordre croissant de difficultés ; beaucoup de temps, une considérable dépense d’énergie, assez de rigueur et de constance pour produire des démonstrations, croiser et synthétiser des références ; et enfin trouver un espace pour l’exposer, et des oreilles encore capables d’écouter – tout en sachant qu’en face, on effacera le tout d’un seul biais.

Car on ne lutte plus, à ce stade de chosification de toute pensée, contre des idées, ni même des slogans, mais contre des bombes à fragmentation : chaque « mot » se répand et pénètre les consciences en y produisant dans toutes les directions la chose dont il parle.

La représentation de la chose agit dès lors au même titre que la chose, et produit ainsi des comportements identiques à ceux que produirait l’existence réelle de la chose.

On appellera cela la prestidigitation verbale volontaire, et c’est juste la version linguistique de la servitude du même nom. Enchainé à une représentation performative, le spectateur en devient le défenseur fanatique. A ce stade, la réalité n’a plus aucune importance : le spectateur la bombarde de dénis enthousiastes. Vous pouvez alors faire de lui à peu près tout ce que vous voulez. D’ailleurs il le fait maintenant tout seul. Il est temps de passer au vote : et la « démocratie » verrouillera le tout.