La vérité sur le terrorisme/The truth about terrorism.

On peut distinguer deux sortes de terrorisme actuel : celui qui s’en prend aux Etats et celui qui vient des Etats. Celui qui s’en prend aux Etats peut être distingué en deux sortes : celui qui vient d’individus isolés imprévisibles et celui qui vient de groupes spécialisés. Le terrorisme des individus imprévisibles est la résultante de situations personnelles d’extrême instabilité qui va trouver dans l’acte de terreur une double compensation : d’abord l’aveuglement d’une vengeance devenue folle, ensuite le gain assuré d’une place post-mortem dans le spectacle. Le terrorisme des groupes spécialisés se nourrit également d’une vengeance devenue folle, légitimée par un délire idéologique quelconque, qu’il soit de type religieux ou suprématiste, etc.
Pour l’ensemble de ces variantes du terrorisme, la question de la manipulation est facile à trancher.
Comme le remarque Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle : « Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire, il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres. »
Cette manipulation peut s’exercer de différentes façons, qui peuvent être complémentaires : par une idéologie quelconque retaillée sur-mesure, par des infiltrations, par la mise en spectacle de l’acte terroriste qui promet la double réussite d’une récompense illusoire dans un quelconque paradis taillé sur-mesure, et celle d’un accès inespéré à un vedettariat immédiat ou d’un accès immédiat à un vedettariat inespéré, qu’on peut considérer comme la récompense offerte cette fois par l’illusion elle-même, qui est, comme on sait, la plus recherchée par les habitants de la société du spectacle.
Ils ne sont cependant et heureusement pas nombreux, du moins en temps normal, les spectateurs prêts à mourir par et pour l’amour d’une illusion. Debord remarque encore que le terrorisme comme représentation est pourtant très utile pour la masse, car, souligne-t-il « les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable. »
Dans ce même ordre d’idées, Sanguinetti dresse en 2015, dans le texte intitulé De l’utilité du terrorisme, qu’on trouve facilement sur Internet, une liste exhaustive de tous les bénéfices qui peuvent être retirés du terrorisme, parmi lesquels on peut citer : déclencher là-bas des guerres, annuler ici durablement des libertés, ravaler la façade de la démocratie, procurer des emplois stables dans et autour de la justice d’État, offrir au peuple un inépuisable sujet de haine et de peur, etc.
Quant à savoir réellement et dans le détail de chaque opération terroriste pour qui précisément ont agi tels ou tels individus, et pourquoi meurent des innocents, nous laissons là aussi Debord conclure :
« Il est difficile d’appliquer le principe Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères. »