Tout ce qui s’était éloigné dans une représentation s’insinue désormais dans le vécu, en tant que vécu de la représentation.
Dans le monde réellement remplacé, le faux est un moment du faux.
Le spectacle n’est plus un ensemble d’images, mais un rapport social entre des images, médiatisé par des personnes.
Les individus deviennent les opérateurs du flux par lequel ils organisent leur rapport au monde.
Ce qui apparaissait autrefois comme contemplation se présente maintenant comme participation : cette participation est l’activité même par laquelle le spectacle se reproduit.
Le spectacle ne se contente plus d’exposer des images : il forme les sujets capables de les produire.
Les hommes ne sont plus seulement spectateurs du monde représenté ; ils sont les producteurs ordinaires de sa représentation, mais ce qu’ils produisent circule et leur échappe aussitôt, parce que l’abondance des images impose la nécessité de leur circulation continue.
La circulation permanente devient la forme visible de la vie sociale.
Plus les individus produisent d’images, plus ils dérivent dans le monde qu’elles composent.
L’activité par laquelle ils s’expriment est aussi celle par laquelle ils se conforment.
Le spectacle organise ainsi la formation des producteurs de leur propre spectacle.
L’expérience elle-même se modèle sur les formes de sa représentation possible.
La vie sociale s’ordonne autour de cette visibilité généralisée.
L’intégration apparente de tous dans la circulation des images devient la forme générale de la séparation.
Chacun participe au spectacle commun, dans les conditions qui lui sont données.
L’unité du spectacle réside dans la forme unique de visibilité qu’il impose.
Les individus y cherchent la confirmation de leur existence, quand cette confirmation dépend du mouvement même qui les dépasse.
Ainsi le spectacle produit les hommes qui produisent les images auxquelles ils se soumettent.
