Inutile de comparer Gaza à d’autres horreurs, inutile même de chercher les bons qualificatifs.
C’est inédit. Ça vient de sortir.
Le direct prime, avec toute l’impuissance de tous les spectateurs.

Inutile de comparer Gaza à d’autres horreurs, inutile même de chercher les bons qualificatifs.
C’est inédit. Ça vient de sortir.
Le direct prime, avec toute l’impuissance de tous les spectateurs.

Ces forêts qui ont brûlé ne sont pas anciennes. Elles ne sont pas nées du sol, mais d’un acte de recouvrement.
Sous les pins gisent les ruines de centaines de villages palestiniens rasés en 1948, au lendemain de l’expulsion de centaines de milliers de palestiniens.
Le slogan disait : « redonner vie au désert ».
Mais la terre n’était pas vide ; elle avait été vidée.
Le reboisement invisibilisait les ruines, effaçait les traces, transformait les décombres en parcs. L’American Independence Park, élevé sur sept villages rayés de la carte, en est le symbole.
Ce paysage artificiel, ce greenwashing avant l’heure, fut une opération de camouflage. Offrir des « poumons verts » à une terre dont on avait arraché le cœur.


Pendant qu’Israël brûlait des enfants vivants dans leurs tentes, un commentateur vedette de la chaîne israélienne 14 publiait sur X une vidéo des flammes avec ce commentaire glaçant :
« Cérémonie d’ouverture des portes de l’enfer. »
Des enfants en feu. Et un public qui rit.
Un État qui bombarde. Et une société qui applaudit.
Ce n’est plus un simple conflit, ni même un massacre : c’est une pathologie collective.
Un racisme tellement ancré qu’il se vit comme une foi. Une déshumanisation si profonde qu’elle est devenue festive.
Et dans tout cela, aucune ligne rouge.
Et pendant ce temps, le monde regarde… et laisse faire.

The abyss.
While Israel was burning children alive in their tents, a star commentator on Israeli channel 14 posted on X a video of the flames with this chilling comment:
« Opening ceremony of the gates of hell. »
Children on fire. And a laughing public.
A state that bombs. And a society that applauds.
It’s no longer just a conflict, or even a massacre: it’s a collective pathology.
A racism so deeply rooted that it is experienced as a faith. A dehumanisation so profound that it has become festive.
And there are no red lines in any of this.
And all the while, the world watches… and lets it happen.

Traduction :
Pour trois jours consécutifs, la semaine dernière, des milliers de palestiniens courageux sont descendus dans la rue dans toute la bande de Gaza pour les plus grandes manifestations anti-Hamas depuis le 7 octobre 2023. Uday a participé à ces protestations. Mais samedi il a fait un pas de plus. Il s’est levé à l’intérieur d’un café de Gaza City et, à voix haute, a dénoncé le Hamas.
Selon sa famille, quelques heures après, environ 30 hommes armés des Brigades Qassam, l’aile militaire du Hamas, ont fait irruption dans sa maison et l’ont entraîné dehors. Sa famille dit qu’ils l’ont torturé des heures durant, jusqu’à ce qu’il soit mort. Quand ils ont fini – après lui avoir brisé les doigts, l’avoir poignardé à plusieurs reprises et lui avoir brisé le crâne d’un coup de crosse -, ils ont balancé son corps depuis un toit. Un mot a été épinglé sur ses vêtements : « Ceci est le prix pour tous ceux qui critiquent Hamas.

Bilan provisoire : un Etat très au fait des agissements de ses ennemis, capable de cibler précisément un homme à abattre, n’a rien vu venir d’un affreux massacre, de ses préparatifs au grand jour. Des fanatiques n’ont pas hésité à déclencher ce massacre, tout en sachant les souffrances immenses que cela allait entraîner pour les habitants enfermés à Gaza.
Des Etats plein de bons sentiments ont laissé se perpétrer l’horreur, quand ils ne lui fournissaient pas les armes.
La très grande majorité de la presse a détourné le regard.
Et l’on est encore loin d’avoir tout vu, puisqu’il s’agit seulement de voir.

Et donc tu as convoqué des mots ; horreur, torture, épouvante, effroi, atrocité, barbarie ; mais l’indescriptible monstruosité devra rester sans nom.
De leurs visages, les scénaristes ont fait les ombres de leurs marionnettes.
Leurs ailes sont pourtant les soleils à naître dans ton âme.Notre soif de consolation a besoin d’impossible pour être rassasiée.

And so you have summoned words: horror, torture, horror, fright, atrocity, barbarity; but the indescribable monstrosity must remain nameless.
The scriptwriters have turned their faces into the shadows of their puppets.
Yet their wings are the suns to be born in your soul.Our thirst for consolation needs the impossible to be satisfied.
Il y a pourtant encore du nouveau sous l’anti-soleil de la société du spectacle : à Gaza fin 2023, tout se passe désormais en direct en temps réel – comme une sorte de feuilleton de l’enfer, démocratiquement partagé.
Une sorte de petite apocalypse consommable donc, avec son mode d’emploi médiatique et politique.
D’aucuns, et pas des moindres, y voient le combat de la civilisation contre des « animaux », etc.
Il est vrai que ladite civilisation a déjà plus qu’abondamment démontré quel cas elle faisait des animaux ; et maintenant elle montre qu’elle peut en faire au moins autant des humains.
C’est ainsi que plus de deux millions de personnes, dont une majorité d’enfants et d’adolescents, sont enfermés dans un enclos sans nom, soumis à la terreur de bombardements incessants, avec cette particularité qu’on y a ajouté la torture d’une famine et d’une soif généralisées.
Une suite d’horreurs massivement dé-documentée par la propagande médiatique.
Il semble d’ailleurs imprudent ou naïf de croire les chiffres fournis d’un côté comme de l’autre : il y aura au final certainement bien plus de morts et d’horreurs que tout ce qu’on a vu ; mais ce sera le jour d’après, et les yeux seront alors bombardés d’autres images (l’image est ce qui ne manque jamais, dans ce monde où tout manque).
De toute façon, il n’y a plus aucune sorte d’observateurs indépendants sur le terrain (sous les bombes et sur les tombes) et c’est là une condition de réussite pour le bombardement de novlangue médiatique des uns qui doit impérativement compléter le bombardement physique des autres.
Le décor, l’envers du décor, la destruction du décor, l’enfer du décor.
Le discours ininterrompu du Spectacle mène ainsi sa guerre d’éradication contre ce qui pourrait rester de bon sens sensible : il ne doit rester que des chiffres.
Nous en sommes donc à ce point où la conscience aussi doit survivre impuissante, désarmée et empoisonnée ; affamée et assoiffée elle aussi, et muette, puisqu’un déluge algorithmique d’éléments de novlangue, ne lui laisse plus aucun répit.
Il serait donc évidemment plus que temps que les peuples se défassent des puissants et se relient entre eux, avant que ne soit achevé l’invisible mur de Gaza des consciences.
Les immenses manifestations à travers le monde témoignent heureusement de la résistance planétaire à cette épuration sémantique, tandis que les âmes envolées des enfants de Gaza planent en silence sur la terre entière.
…
