Un petit pas de côté (la subversion des relations).

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L’écrasante majorité des relations pratiquées sont programmées selon les exigences du rapport marchand : on échange une certaine valeur équivalente de socialité convenue.

La règle générale qui gouverne ces relations est leur rentabilité réciproque : chacun doit y trouver son compte.

Dans la sphère des relations amicales superficielles, qui fonctionnent selon le même modèle, devra pourtant s’y ajouter un plaisir relatif auquel chacun a intérêt, pour ne pas se sentir enfermé dans une socialité de pure forme.

«La question : « ça va ? » ne diffère de la question : « vous allez bien ? » que par le degré relatif de complicité qui s’y attache. Elle n’engage évidemment pas les individus à s’interroger sur leurs états d’être respectifs ; elle leur permet juste de s’assurer réciproquement qu’ils sont bien dans la même galère.

La relation d’amitié, extrêmement rare, sort totalement de cette mécanique régulant l’ordre sociétal (ce pourquoi elle est extrêmement rare) : elle est la rencontre de deux humanités se découvrant la même ; elle est l’émerveillement d’un voyage en soi à travers l’autre, et réciproquement.

Toute amitié naissante est le point de départ d’un nouveau monde.
Il en va de même de l’amour, qui porte cette naissance à son plus haut degré d’intensité.

Il s’agit d’une déprogrammation accélérée des gestes, des paroles, des attitudes : une ivresse totale qui transporte les amoureux dans un tout autre monde, où ils voudraient volontiers emporter avec eux le monde entier.

L’amour est rupture des relations comptables, des équivalences, des conventions.

Le point de départ de la vraie révolution, c’est quand on tombe amoureux de l’humanité. Tout le reste, qui porte le même nom, n’est que la réorganisation des rapports quantifiés.

On ne tombe cependant pas souvent amoureux, que ce soit d’une âme, d’un lieu, d’un ciel ou d’une larme. Pour y parvenir, il est nécessaire de se développer en poésie : originalité, créativité, inspiration, réflexion.

Il s’agit de développer une prédisposition à détourner en toutes occasions tout rapport social ; de le faire passer imprévisiblement et instantanément du convenu à l’inattendu : d’en saisir les formes figées pour les dissoudre et les relancer là où l’humain se remet à jouer, là où l’humain est à nouveau l’enjeu.

Tout écart comportemental capable d’engendrer une complicité, même minime, nous extrait provisoirement de la société du spectacle, rétablit le vécu.

La révolution n’est rien d’autre que le détournement généralisé de toutes les formes sociales instituées dans une gigantesque récréation.