« Les enfants étaient abandonnés à la baby-sitter télévisuelle. »

2084 ou le confinement perpétuel, chapitre 1

1.PROLÉGOMÈNES

« Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État ? Qu’est-ce, cela ? Allons ! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un État : ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.« 

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, De la nouvelle idole.

En 2084 on ne savait plus comment tout avait basculé. Les médias étaient assez muets sur l’Histoire contemporaine. Cela avait commencé par une pandémie dont la gravité était mal évoquée, on parlait d’une mauvaise grippe qui s’était généralisée, de conflits sociaux de plus en plus durs, de crise économique sur fond de crise monétaire. De famines de gens qui n’avaient plus de revenus, d’insurrections armées réprimées dans le sang, de prisons surchargées, de quartiers bouclés par la police et l’armée.

Mais « l’ordre et la raison » avaient pris le dessus et les gens étaient devenus « raisonnables », car on les avait enfermés chez eux. C’était, de la part des craintifs qui constituait le gros de la population, un « moindre mal », les prisons surpeuplées ayant une mauvaise réputation.

Pourtant « l’assignation à résidence » était une peine politique qu’on infligeait à des opposants de régimes dictatoriaux qu’on ne pouvait supprimer discrètement.

Mais ce ne fut pas sans difficulté, et ceux qui voulaient sortir étaient renvoyés chez eux à coup de matraques, de balles de défense et de grenades lacrymogènes dans des pays dits « civilisés » et se réclamant des « droits de l’homme » comme la France.

Les télévisions rabâchaient à longueur de temps d’antenne qu’il fallait « rester chez soi » pour « sauver des vies » que les « services publics s’occupaient de tout ».

Mais cette épidémie fit des ravages, les seuls médicaments possibles1 étaient prohibés, car « trop dangereux », même s’ils avaient été pris pendant 70 ans par, à peu près 2 milliards de personnes2. Cela était répété à longueur d’émissions « informatives » par des « spécialistes » et des « experts ». Et les médecins qui contrevenaient à ces interdictions étaient radiés par le Conseil de l’Ordre et n’avaient plus le droit d’exercer. Beaucoup s’exilèrent, d’autres, la rage au ventre, prescrivaient du paracétamol, à des malades sérieusement atteints, tout en sachant que cela n’arrangerait en rien leur état.

Les cas graves finissaient dans les hôpitaux surchargés et la plupart y mourraient, car l’infection, devenue mortelle, devenait impossible à soigner.

Au début les informations télévisuelles jouèrent sur la peur en gonflant les chiffres des morts de l’épidémie. Tout était mis sur le dos de cette pandémie y compris des malades ayant des affections profondes qu’un rien pouvait mortellement aggraver. Ce fut une erreur, car cela incita un dernier carré de révoltés à s’insurger les armes à la main. Ce fut réprimé dans le sang et le gouvernement changea sa tactique.

Il joua l’abrutissement, le secret et le mystère. Il y avait les « experts », les « scientifiques », les « personnalités » télévisuelles. Cela suffisait à maintenir le peuple en laisse intellectuelle. On leur faisait espérer un vaccin ou un antivirus miracle3.

On tenait les opposants dans le mépris. On ne leur accordait même pas le statut de politiques. C’était juste des ignorants, des « complotistes », des propagateurs de « fakes news », des « has been », car ça faisait toujours bien d’employer un jargon angloricain. D’autant que les opposants en question étaient souvent des personnes d’expérience tournant autour de la soixantaine avec un vécu. Mais on les occultait, on les dénigrait, seul le monde du show médiatico-politique avait la parole. Ils avaient de beaux costumes, des sourires de publicité de dentifrice, une élocution travaillée. Donc eux savaient, mais les autres non4. On annonçait perpétuellement des « études », « prometteuses » pour le camp du bien, « défavorables » pour le camp des « irresponsables » qui soignaient avec de vieux médicaments pas chers.

Même les médecins réputés étaient dénigrés et aussi insultés par des journalistes et les habitués de plateaux de télévision s’ils ne récitaient pas la parole officielle.

Ce fut la prise en charge totale des informations et du « prêt à penser » par les médias essentiellement télévisuels, la presse papier avait pratiquement disparu. Certes il y avait des chaînes d’analyses sur Internet ayant gardé une liberté de pensée et de parole, mais les opérateurs Internet, dirigés par les grands groupes de presse, s’employèrent à pourrir ces connexions et la « justice » emprisonna ceux qu’elle put attraper, au nom des « fake news » et des « contenus haineux ». Internet devint de plus en plus régenté de la même manière que l’avaient fait des pays de contrôle social rigoureux comme la Chine.

À la télévision c’était la permanence des émissions d’abêtissement, la culture disparut des médias, en particulier les diffusions historiques et scientifiques5. Outre la propagande de l’État, la télévision tomba encore plus qu’en temps normal dans la futilité. À ceci près qu’il fallait éviter de faire l’apologie de la consommation de masse, car, avec l’appauvrissement de la population, cela pouvait susciter des rancœurs et même des révoltes chez des consommateurs qui ne pouvaient plus consommer. Ainsi on discourait longtemps sur les avantages du dernier smartphone, ça ne mangeait pas de pain de la même manière que les conseils façon Coluche : « Dites-nous ce que vous aimeriez avoir et on vous expliquera comment vous en passer. »

Ce fut l’effondrement des relations sociales. Dans les familles les parents ne se parlaient plus entre eux si ce n’est que pour des problèmes d’intendance. Les enfants étaient abandonnés à la baby-sitter télévisuelle. Et leur niveau scolaire était désastreux sans que cela n’émeuve personne. À douze ans ils ânonnaient un texte sans le comprendre, alors que les adultes se souvenaient qu’à leur âge ils lisaient couramment. Une fois parvenus à l’adolescence ils n’avaient aucun regard critique sur le monde qui les entourait. Quand ils se retrouvaient ensemble c’était pour tripoter leurs smartphones, chacun dans leur coin.6

Au bout de deux à trois décennies le succès du contrôle social fut total. Dans leur confinement les gens passèrent de la résignation forcée à l’acceptation de cette situation.

Il y eut des pathologies liées à ce confinement, à la fois physiques et psychologiques.

Physiologistes et psychologues mirent en garde sur cette adaptation apparente qui allait produire des dégâts intellectuels, cérébraux et physiques. Et certains irréversibles. Pourtant ils avaient insisté depuis longtemps sur ceux engendrés par la trop grande sédentarité. Même si, à l’époque, elle n’était pas encore obligatoire. Seulement qu’elle était contraire à la physiologie et à l’anatomie humaine sélectionnée depuis des centaines de millénaires. Dans cette hypersédentarité forcée et acceptée, les dégâts seraient encore plus graves.

Quelques personnes s’étant retrouvées dehors ne supportaient plus d’être hors de chez elles et faisaient des crises d’angoisse et des syncopes. La nature n’était plus le plaisir de regagner ses origines, mais devenait un lieu anxiogène et invivable7.

Même les « forces de l’ordre » avait du mal à recruter du personnel capable de déambuler dans les rues. Les pilotes d’hélicoptères devinrent rarissimes ainsi que des soldats susceptibles de se déplacer sur un terrain naturel. À ceux-ci il fallait donner des tranquillisants à fortes doses.

D’un autre côté les confinés soumis étaient satisfaits. L’État et l’administration s’occupaient de tout. On leur trouvait du travail et on venait les chercher au pied de leurs immeubles avec des mini bus et, en fin de journée, on les raccompagnait chez eux. Il n’y avait plus à faire des courses, tout était livré à domicile, ils se contentaient d’une cuisine simple, la plupart du temps des plats à réchauffer au micro-ondes. Certes la qualité gustative était très médiocre et, pour ceux qui persistaient à vouloir cuisiner, cela était difficile, car les ingrédients d’un menu un peu raffiné manquaient généralement.

Le moindre problème technique dans les appartements était pris en charge par les services d’intendance, car tout le monde était locataire.

Les logements étaient attribués en fonction du nombre des membres d’une famille. Il n’y en avait plus de surpeuplés. À l’inverse ceux qui auraient voulu une pièce de plus, ne fut-ce que pour y mettre une grande bibliothèque ne pouvaient rien espérer. Et leur demande était aussi malvenue. Pourquoi avaient-ils besoin de tous ces livres ? De tous ces bavards morts pour la plupart et inutiles8. Il y avait la télévision et toutes ses chaînes, ce n’était donc pas suffisant ?

Les gens se retrouvaient satisfaits de leur sort comme certains animaux des zoos : ils avaient la nourriture assurée, ils n’avaient pas de prédateurs, ni même d’aléas de la vie comme le chômage. Ils avaient un logement correspondant à leur famille et un studio pour les célibataires. Ils avaient des distractions, des jeux vidéo. Bref, ils étaient dans des cages confortables. Mais ils n’avaient plus de créativité, de curiosité, de désirs d’autre chose que de vivre en cloîtré, solitairement pour la plupart, où en couple où il ne s’échangeait rien9, sans le moindre questionnement sur le monde et leur place dans celui-ci.

Dans cette société les suicides étaient nombreux, surtout chez les jeunes.

Photo de cottonbro sur Pexels.com

1 Hydroxychloroquine et azitromycine.

2 Et l’auteur de ces pages pendant un an (1971) en Côte d’Ivoire.

3 « L’espoir est la laisse de la soumission » (Raoul Vaneigem, « Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations », NRF, 1967).

4 « Tout gouvernement a besoin d’effrayer sa population et une façon de le faire est d’envelopper son fonctionnement de mystère. C’est la manière traditionnelle de couvrir et de protéger le pouvoir : on le rend mystérieux et secret, au-dessus de la personne ordinaire. Sinon, pourquoi les gens l’accepteraient-ils ? » (Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir : Tome 1)

5 « On avait parfaitement compris, longtemps avant Georges Orwell, qu’il fallait réprimer la mémoire. Et pas seulement la mémoire, mais aussi la conscience de ce qui se passe sous nos yeux, car, si la population comprend ce qu’on est en train de faire en son nom, il est probable qu’elle ne le permettra pas. » (Noam Chomsky, La doctrine des bonnes intentions)

6 « D’abord, nous devrions garder à l’esprit qu’une forme d’isolement social très dommageable est présente depuis ces dernières années. Allez à McDonald’s et regardez les groupes d’ados autour des tables en train de manger un burger, et vous verrez deux conversations en cours. Une discussion creuse entre eux, et une autre que chacun a sur son téléphone avec des individus ou amis à distance. Cela a réduit et isolé les gens d’une manière extraordinaire. Le principe de Thatcher — la négation de la société — s’est intensifié, le mauvais usage des réseaux sociaux a transformé les gens en des créatures très isolées, en particulier les jeunes. » (Noam Chomsky, Un entretien de Srećko Horva)

7 Sur ces angoisses face à la nature, je renvoie le lecteur à la lecture des « cavernes d’acier » d’Isaac Asimov.

8 C-f « Farenheit 451 » de Ray Bradbury

9 « L’isolement à deux ne résiste pas à l’isolement de tous » (Raoul Vaneigem)

2084 ou le confinement perpétuel (dystopie).

Présentation du livre :

Nous sommes en 2084. Eh oui ! Et toujours confinés !

L’épidémie n’est plus qu’une légende et les virus effectuent leurs besognes habituelles mais sans grand dommages hormis pour ceux, très âgés et chargés de comorbidités, qu’ils font passer de vie à trépas.

Les psychopathologies, elles, montent en flèche : dépressions, suicides et troubles divers.

Les défenses immunitaires sont en chute libre et la sédentarité fait des ravages même parmi les jeunes vertèbres car leurs possesseurs sont perpétuellement assis devant un écran.

Pourtant la situation s’est améliorée depuis les années 20 : les logements sont attribués à la taille des familles, la nourriture (malbouffe) est livrée à domicile. Et tout cela est gratuit. Les travailleurs qui ne le sont pas derrière leurs écrans sont conduits à leurs lieux de travail par des minibus et raccompagnés de même en fin de journée.

Mais la directive est claire tout en étant implicite : plus de contacts humains ! La fameuse « distanciation sociale ». Et toute sortie de son appartement est interdite. Le tout puissant MSI (Ministère de la Sécurité Intérieure) y veille avec férocité. Gare à celui qui sera surpris dehors par une patrouille, car c’est le couvre-feu 24h/24.

Mais il y a des réfractaires, des jeunes qui ont encore gardé du tonus vital.

En particulier il y a un groupe de trois, dans la même cage d’escalier du boulevard Raspail à Paris qui ont décidé de se déconfiner par… en-dessous, car leur cave communique avec les catacombes et celles-ci avec les tunnels désaffectés du métro.

Du refus du confinement à la révolution, il n’y a qu’un pas que ces jeunes franchiront vite…

AVANT-PROPOS

Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l’on a choisies.

(George Orwell : 1984)

Il n’était pas dans mes intentions d’écrire un livre « politique » fut-ce sous la forme d’une dystopie inspirée par George Orwell. Mes livres de science-fiction1 dans un lointain avenir plutôt apaisé, « startrekien » pourrais-je même dire, en référence à cette excellente série, suffisaient à mon bonheur, sinon aux ventes de ceux-ci (jeté de tous les éditeurs il me restait au moins la possibilité de l’autoédition sur Amazon).

Mais la situation de la France, de l’Europe et du monde sur cette étrange épidémie provenant d’un coronavirus banal, comme sont les milliers de ses semblables et anodin, médicalement parlant, pour tous ceux qui ne souffrent pas d’autres affections chroniques, laissait à penser qu’il y avait quelque chose « derrière ».

À ce niveau, traité comme « complotiste », le mot fourre-tout pour tous ceux qui ne considèrent pas « allant de soi », la bonne parole médiatique, même si elle est en contradiction permanente avec ce qu’elle a matraqué les jours précédents, il convenait d’aller y voir d’un peu plus près. Non pas par une étude de journaliste d’investigation dont je n’ai pas le talent et encore moins les moyens, je ne pouvais me servir que du vilain génie ricanant au fond de ma boîte crânienne : mon imagination.

À défaut de « d’où cela venait-il ? » restait la question « où cela conduit-il ? ». La réponse est : à la « dictature sanitaire ». Et je n’ai pas inventé le terme.

Ainsi m’est venue l’idée d’écrire une dystopie en m’inspirant de la référence en ce domaine de George Orwell dans son « 1984 ». Mais, ma nature d’écrivain a voulu une fin optimiste, entrant en cela en conflit avec l’autre partie de mon encéphale qui, lui, ne se fait pas la moindre illusion sur l’avenir de l’humanité. 70 % des espèces animales de la planète ont disparu depuis 1970 et aucune météorite dévastatrice n’en est responsable. Juste le plus destructeur des primates : l’homme se prétendant « sapiens ».

Bonne lecture !

William J.-M. MARIE

écrit le vendredi 30 octobre 2020

1 Voir la série : « Les trafiquants des étoiles », 5 livres parus (sur Amazon) et le 6e en préparation.

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