« Ils me prennent pour quelqu’un de bien. C’est parfait. »
Dans le monde intérieur du pourri chaque pensée moisit avant d’avoir rencontré la moindre trace de lumière, les émotions s’y décomposent en intérêts, les désirs en calculs, les paroles en péages. La joie y est mauvaise, et le mauvais y est tristesse.
Il avance dans un univers dont il a de lui-même tout corrompu, jusqu’au jour où il ne lui reste à respirer que les émanations de sa propre décomposition.
Il dit régner parce qu’il additionne les victoires aigries de son moi, son moi moisi pour qui l’autre n’existe que comme proie, ou marchepied, sinon obstacle, ou alibi.
Le pourri ne détruit pas seulement ce qu’il touche. Il transforme surtout son intérieur en dépotoir.
Ce qu’il appelle réussir, quel que soit le domaine, se compte en dignité, honneur, générosité piétinées. Les siennes en tout premier.
Comme il est laid ! Chaque victoire lui fait une grimace.
Et si le but de tout humain est de développer en lui la conscience, la sensibilité à toute forme de vie et d’améliorer son humanité, ceux-là sont devenus pour ainsi dire presque comme une autre espèce : aucun humain à peu près intact ne tiendrait même une heure dans les « pensées », les « plaisirs » et les « espoirs » d’une telle pourriture. L’enfer, c’est leur hôte.
Il fut un temps où la communauté humaine vivait dans la communauté cosmique, de façon organique. La connaissance rêvait dans le tout et germait comme telle dans la communauté humaine. La pierre, la fleur, l’oiseau chantaient en elle, dans la jouissance poétique de l’instant. Le savoir et le savoir-faire se déposaient, poussaient, volaient comme la pierre, la fleur, l’oiseau, enseignés par la pierre, la fleur, l’oiseau. Mais il y eut un faux geste, d’une violence insoupçonnée : le geste qui saisit dans un arrachement, et la main se referma sur l’objet mort. La pierre, la fleur, l’oiseau devinrent propriétés. Le savoir s’était séparé du tout, sépara tout, s’empara de tout. De la pierre, la fleur, l’oiseau il ne retint que leurs propriétés séparées, les propriétés dont le savoir séparé sait se rendre propriétaire. Le savoir originel du savoir séparé fut le savoir dominer. La pierre, la fleur, l’oiseau prirent de la valeur, qui est leur être privé d’être. La valeur était née, qui est l’être qui n’a pas besoin d’être pour être ; la richesse des choses abstraction faite des choses : la richesse abstraite, l’éclat du monde privé de monde. L’or en fut l’incarnation, la matérialisation symbolique, qui prit la brillance et la forme du soleil, et ainsi naquit la monnaie, qui assure depuis lors la célébrité du dieu argent.
.
A brief history of everything minus everything.
There was a time when the human community lived in the cosmic community, organically.
Knowledge dreamed in the whole and germinated as such in the human community.
The stone, the flower, the bird sang in it, in the poetic enjoyment of the moment.
The knowledge and the know-how were deposited, grew, flew like the stone, the flower, the bird, taught by the stone, the flower, the bird.
But there was a false gesture, of an unsuspected violence: the gesture that seized in a snatching, and the hand closed on the dead object.
The stone, the flower, the bird became property.
The knowledge had separated itself from the whole, separated everything, seized everything.
From the stone, the flower, the bird it retained only their separate properties, the properties of which the separated knowledge knows how to make itself the owner.
The original knowledge of the separated knowledge was the knowledge to dominate.
The stone, the flower, the bird took value, which is their being deprived of being.
The value was born, which is the being that does not need to be to be; the wealth of things abstracted from things: the abstract wealth, the brightness of the world deprived of world.
Gold was the incarnation, the symbolic materialization, which took the brilliance and the form of the sun, and thus was born the currency, which ensures since then the fame of the money-god.