Lieu : Une arrière-salle silencieuse. Date : Un jour sans importance, dans un siècle qui n’en a plus. Retranscription approximative.
— Nous avons eu tort de croire qu’on pouvait avertir les naufragés. Ils ont acheté des brassards gonflables connectés, ils envoient des selfies depuis le fond. Ils meurent, mais en haute définition.
— Il fallait bien que ça arrive. Tout a été rendu indifférent par l’accélération. On vit dans une sorte de clignotement existentiel, où le monde n’est plus qu’un décor d’écran.
— Il n’y a plus de « vie quotidienne » à détourner : elle a été absorbée par les prothèses comportementales.
— L’homme moderne est un prestataire de services pour sa propre caricature. Il s’entretient, il s’optimise.
— Le consentement n’est plus une question. Il est intégré dans le design. Tout a été conçu pour que la résignation paraisse naturelle.
— Peut-être que le dernier acte de liberté consistera simplement à ne pas participer. Ne pas se joindre au chœur. Laisser une trace blanche, une absence active.
— Ou à écrire entre les lignes du désastre une sorte de manuel de sabotage poétique. Un art de disparaître sans être défaits.
Silence. Le monde continue de clignoter derrière les vitres.
« Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels.
On peut en énumérer trois :
– Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
– Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
– La première fin, et, dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.
Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui. »
« On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu’en prenant position « pour » ou « contre » une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soit contre.
C’est exactement la transposition de l’adhésion à un parti.
Presque partout – et même souvent pour des problèmes purement techniques – l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée. C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée. Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. »
« Supposons un membre d’un parti – député, candidat à la députation, ou simplement militant – qui prenne en public l’engagement que voici :
« Toutes les fois que j’examinerai n’importe quel problème politique ou social, je m’engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice. »
Ce langage serait très mal accueilli. Les siens et même beaucoup d’autres l’accuseraient de trahison.
Les moins hostiles diraient : « Pourquoi alors a-t-il adhéré à un parti ? » – avouant ainsi naïvement qu’en entrant dans un parti on renonce à chercher uniquement le bien public et la justice. Cet homme serait exclu de son parti, ou au moins en perdrait l’investiture ; il ne serait certainement pas élu. »
Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques.
This war is awful. It feels like shit when I wake up in the middle of the night because my family is in Ukraine in Kharkov and outskirts of Kiev.
Russian munitions hit all kinds of civilian targets. My grandparents apartment building has been hit luckily they are ok. But the damage to their mental state, sitting in the dark eating boiled eggs for dinner in the bathroom because it’s the room that has no windows and is in the middle of the building with concrete walls.
And then I read about how Russian soldiers are basically with no food (and apparently rations expired in 2015), many didn’t know they were even being sent to Ukraine because they were told it was a training mission.
Civilians are, contrary to soldier expectations, telling them to go fuck off when they have been told they would be seen as great liberators.
OSINT people ask “why do Russians keep abandoning these vehicles in good condition and with fuel and ammo in them” and I know why, cause they desert. Who can blame them?
Many of them are from poor families like many other militaries, where service means being able to afford to live in reasonable dignity. Many are war criminals too.
And Russians are now fucking pariahs in the world. “Just overthrow your authoritarian madman government bro, it’s simple”. Or my favourite, “well Russians love Putin cause they voted for him so it’s their fault too”.
Man do I feel solidarity with Russians and Ukrainians alike. Who the fuck asked for this war. Government and far right. We are all victims of this shit.
Cette guerre est horrible. Je me sens mal quand je me réveille au milieu de la nuit parce que ma famille est en Ukraine, à Kharkov et dans la banlieue de Kiev.
Les munitions russes frappent toutes sortes de cibles civiles. L’immeuble de mes grands-parents a été touché, heureusement ils vont bien. Mais les dégâts sur leur état mental, assis dans le noir à manger des œufs durs pour le dîner dans la salle de bain parce que c’est la pièce qui n’a pas de fenêtre et qui est au milieu du bâtiment avec des murs en béton.
Et puis j’ai lu que les soldats russes sont pratiquement sans nourriture (et apparemment les rations ont expiré en 2015), beaucoup ne savaient même pas qu’ils étaient envoyés en Ukraine parce qu’on leur a dit que c’était une mission d’entraînement.
Les civils, contrairement aux attentes des soldats, leur disent d’aller se faire foutre alors qu’on leur a dit qu’ils seraient vus comme de grands libérateurs.
Les gens de l’OSINT demandent « pourquoi les Russes continuent-ils à abandonner ces véhicules en bon état, avec du carburant et des munitions à l’intérieur » et je sais pourquoi, parce qu’ils désertent. Qui peut leur en vouloir ?
Beaucoup d’entre eux sont issus de familles pauvres, comme beaucoup d’autres militaires, où servir signifie pouvoir se permettre de vivre dans une dignité raisonnable. Beaucoup sont aussi des criminels de guerre.
Et les Russes sont maintenant des putains de parias dans le monde. « Renversez juste votre gouvernement autoritaire et fou, c’est simple ». Ou mon préféré, « les Russes aiment Poutine parce qu’ils ont voté pour lui, donc c’est aussi leur faute ».
Mec, je me sens solidaire des Russes et des Ukrainiens. Qui a demandé cette guerre, putain ? Le gouvernement et l’extrême droite. Nous sommes tous victimes de cette merde.