𝘓’𝘦𝘧𝘧𝘦𝘵 𝘥𝘦 𝘴𝘱𝘦𝘤𝘵𝘢𝘤𝘭𝘦, c’est l’action permanente et conjuguée de l’ensemble des représentations (médiatiques, politiques, économiques, marchandes) qui captent continuellement l’attention et altèrent la perception du plus grand nombre – de sorte que l’immense majorité trouve normal d’être affairée à produire tous les détails du mirage qui la tient sous hypnose et légitime d’exiger d’en consommer sa part, même pathogène, toxique et falsifiée.
Ces vomissures journalistiques qui claironnent qu’il n’y a rien de mal à être une pourriture de riche dans le monde qu’ils ont exploité, dégradé et aliéné à leur image.
Gianfranco Sanguinetti (16 juillet 1948 – 3 octobre 2025).
Il fut de ceux qui n’ont jamais consenti à la comédie du monde ; il sut, avec une rigueur sans repentir, mêler la ruse à la vérité, et porter contre la société du spectacle l’offensive de l’intelligence la plus libre.
L’observatoire situationniste lui a emprunté le titre de son projet (jamais abouti) : « Remède à tout ».
Un jour viendra où le prolétariat se ressaisira comme tel, c’est-à-dire comme celles et ceux qui n’ont aucun pouvoir sur leur vie – et qui le savent. L’abondance numérique échouera devant l’insupportable misère de l’existence qu’elle produit et qui est sa véritable production secrète. Ce monde finira en nausée, et le faux sera vomi.
Il y eut, dans la chambre de l’enfant, un cube noir qui flottait. Ni lumière, ni spectre, ni silhouette : un bloc de nuit, géométrique, silencieux, suspendu dans l’air comme une énigme faite matière. Il ne bougeait pas, ne parlait pas, ne voulait rien. Il était là — simplement là — au pied du lit, à la bonne distance pour ne pouvoir être ni touché, ni oublié.
Et l’enfant sentait sur sa poitrine une pression sans douleur, une densité étrangère qui pesait sur lui sans l’écraser. Ce n’était pas la peur. C’était plus ancien que la peur : c’était la sensation nue que quelque chose est, et que ce quelque chose ne se plie ni aux mots, ni aux histoires.
Cet instant a laissé dans sa chair une empreinte que les années n’ont jamais effacée. Car dans ce cube noir se condensait déjà tout ce qu’il allait chercher plus tard, la part muette du monde, ce qui résiste à l’interprétation, ce qui demeure irréductible aux récits que l’on tisse pour tirer le rideau sur la réalité.
Des hauts et des bas, et tout peut servir à se construire. Découragements et élans, jusqu’à trouver l’équilibre, et avancer sur le fil, sûr de l’adresse acquise. Comme Ulysse, se boucher les oreilles aux sirènes trompeuses, à la marchandise qui fausse tout ce qu’elle touche, laissant des cendres à la place des espoirs, au vampire numérique qui suce la vie. Qui fait mendier sa propre dénaturation. Se redécouvrir vivre sans posture, réapprendre en enfant à faire pousser tous les petits plaisirs. Donner son corps à la vie.
Chez Debord, le spectacle désigne l’autonomisation des représentations : les images s’érigent en médiatrices universelles, remplaçant l’expérience directe. Avec l’IA, cette dynamique atteint son point culminant : les émotions simulées ne dérivent plus d’une expérience humaine, mais d’algorithmes. Et pourtant, elles sont consommées comme authentiques. La viralité de la chanson fictive « Still Waiting at the Door » en est l’illustration parfaite : les spectateurs pleurent sur une illusion, confirmant que le critère de vérité est devenu obsolète. La simulation est validée non malgré, mais grâce à son artificialité : l’IA résonne, même quand chacun sait qu’elle n’a aucun vécu. Cela signe une redéfinition du sensible : l’humanité s’habitue à confondre l’émotion avec sa mise en scène, à faire de la mise en scène le seul vécu.