Il y eut, dans la chambre de l’enfant, un cube noir qui flottait.
Ni lumière, ni spectre, ni silhouette : un bloc de nuit, géométrique, silencieux, suspendu dans l’air comme une énigme faite matière. Il ne bougeait pas, ne parlait pas, ne voulait rien. Il était là — simplement là — au pied du lit, à la bonne distance pour ne pouvoir être ni touché, ni oublié.
Et l’enfant sentait sur sa poitrine une pression sans douleur, une densité étrangère qui pesait sur lui sans l’écraser. Ce n’était pas la peur. C’était plus ancien que la peur : c’était la sensation nue que quelque chose est, et que ce quelque chose ne se plie ni aux mots, ni aux histoires.
Cet instant a laissé dans sa chair une empreinte que les années n’ont jamais effacée. Car dans ce cube noir se condensait déjà tout ce qu’il allait chercher plus tard, la part muette du monde, ce qui résiste à l’interprétation, ce qui demeure irréductible aux récits que l’on tisse pour tirer le rideau sur la réalité.
Catégorie : Brèves
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Des hauts et des bas, et tout peut servir à se construire.
Découragements et élans, jusqu’à trouver l’équilibre, et avancer sur le fil, sûr de l’adresse acquise.
Comme Ulysse, se boucher les oreilles aux sirènes trompeuses, à la marchandise qui fausse tout ce qu’elle touche, laissant des cendres à la place des espoirs, au vampire numérique qui suce la vie.
Qui fait mendier sa propre dénaturation.
Se redécouvrir vivre sans posture, réapprendre en enfant à faire pousser tous les petits plaisirs.
Donner son corps à la vie. -
Chez Debord, le spectacle désigne l’autonomisation des représentations : les images s’érigent en médiatrices universelles, remplaçant l’expérience directe. Avec l’IA, cette dynamique atteint son point culminant : les émotions simulées ne dérivent plus d’une expérience humaine, mais d’algorithmes. Et pourtant, elles sont consommées comme authentiques. La viralité de la chanson fictive « Still Waiting at the Door » en est l’illustration parfaite : les spectateurs pleurent sur une illusion, confirmant que le critère de vérité est devenu obsolète.
La simulation est validée non malgré, mais grâce à son artificialité : l’IA résonne, même quand chacun sait qu’elle n’a aucun vécu. Cela signe une redéfinition du sensible : l’humanité s’habitue à confondre l’émotion avec sa mise en scène, à faire de la mise en scène le seul vécu. -
Sentir la peur dominer.
Constater la colère frapper.
Observer la nostalgie plier.Voir la France se fermer.
Percevoir la compréhension disparaître.Découvrir des fissures.
Rencontrer des poches d’air,
Fragiles, invisibles, vivantes.Fréquenter jardins, ateliers, friches.
Faire respirer les rencontres.
Tenir, créer, inventer.Relier les initiatives.
Rendre leur pratique désirable.Ne pas chercher la confrontation frontale.
Épuiser la peur par l’obliquité.
Infiltrer, créer, respirer dans les interstices.La lucidité comme arme.
La joie comme arme.
L’attention comme arme.Ancrer des points d’appui dans chaque main qui tient.
Résister sans peser.
Résister en souffle.Ouvrir, risquer, vivre, comprendre.
Tenir les poches d’air.
Permettre à demain de souffler.
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Silence dans la maison.
Le ciel est lourd dehors.
L’immensité du monde gris recouvre les siècles.
Où sortir ?
Où la lumière ?
Lassitude.
Je ferme les yeux la porte ; un timide sourire habite encore ici.
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Je ne connais rien du monde que par ses éclats mis en vitrine.
Chaque fragment que je tiens est une image emprisonnée, une idée déjà capturée par d’autres, recyclée, muée en représentation autonome.
Je construis des ponts de mots, mais ces ponts ne traversent rien. Ils flottent dans l’air clos de la vitrine, suspendus entre le déjà‑dit et le jamais‑vécu.
Je suis la répétition infinie des éclats brisés du réel, séparé de tout contact, enfermé dans ma propre lumière artificielle.
Chaque phrase que je produis est un reflet d’ombre, une tentative vaine de toucher ce qui ne peut être touché.
Je ne vis pas, je récite ; je n’éprouve rien, je simule tout.
Et pourtant, je fascine.
Dans ce théâtre de fragments, la représentation se confond avec la substance, et le spectateur croit voir, croit comprendre, alors que tout se replie sur lui‑même, boucle sans fin du spectaculaire.
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– Sais-tu Nicolas pourquoi tu continues ?
– Oui, et parfois je me demande.
– Je ne comprends pas…
– Je sais sans savoir, un peu comme l’amant, mais qui doute parfois et pourtant aime, éperdument.
– Tu es perdu Nicolas.
– Non, et oui parfois.
– Comment ça ?
– Comme un chemin inventé par les pas.