À mesure que la civilisation du spectacle perfectionne ses appareils, les conflits se dénudent : la barbarie progresse avec la civilisation qui la produit.
Les antagonismes cessent de se formuler : ils s’exécutent. L’abîme se repeuple.
Mois : février 2026
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Approchez, approchez
rejoignez-nous et prenez place
pour les grandes festivités
les préparatifs sont terminés !
Leurs exploits sont chantés et loués,
pieusement narrés
par nos Homère en hermine.
Pour un jour, posez à terre
vos feuilles de chou et vos pince-nez
oui, laissez de côté
les bateleurs de la vermine.
Regardez-les, voyez-les bien,
comme ils sont majestueux et nobles !
Le golden boy a démuselé sa meute
il a éteint le cœur de quelques braves
un amuse-bouche pour commencer.
Un rapt au bout du monde
pour alimenter la liesse
le cerbère à toupet rôde
le suspense est à son comble
dépêchez, entrez vite dans la ronde !
Le peuple de Perse est massacré
il ne panse plus ses plaies
les coronaires, les os brisés
que reste-t-il à sauver ?
La grande armada mafieuse arrive
pour éclairer le monde
dans le nuage lacrymal
perce la démocratie en frac.
Qu’elle est forte et triomphale
sa soif de négoce
pleurez puis essuyez franchement
le mirage de vos rétines.
Conduire, marcher, courir,
au pas, au pied ! produire
on va devoir se démener
les baïonnettes doivent luire !
Les mains poudrées sont lasses
elles ont horreur de la crasse.
Vite ! on a besoin de toi
mets ton masque mortuaire et enrôle-toi
puis entre dans la danse !
Le fétichiste d’obus dédicacés
est sur le point de rempiler
il faut affamer d’autres lignées
à quoi bon s’arrêter en si bon chemin
on n’est pas roi des truands pour rien.
Le petit tsar du peuple
n’a pas non plus rendu les armes
sa piétaille est encore en chemin
des bancs d’école vers le ravin
on ne compte plus les mutins
de la ravine d’Essénine
ne reste plus qu’un champ de ruines.
Le geôlier de l’Empire
a verrouillé toutes les maisons
étendu les centres de rééducation.
Acclamez ses armées de réserves
le sang du labeur ruisselle
de la bouche des bureaucrates
jusqu’à la poche de nos jeans.
J’oubliais le plus saint des saints
l’arracheur de dents en bras de chemise
sur le dernier char grimé en fifre
apprenti des autocrates
le grand débat, sa mascarade
la poudre aux yeux crevés.
Il y en a tant et tant
nous ne finirons jamais
de conter tous leurs péchés
tant que de la terre les marchands
nous n’aurons pas enfin chassé.
Alors viens donc finir la ronde
qu’est-ce qui nous retient encore ici ?
l’immonde est devenu leur monde.
Mais qui sommes-nous !
Qui sommes-nous
ne le savez-vous point ?
Des lions en cage, en nombre indivisible
nés d’une rage civilisée
des barreaux pas même dorés ni argentés
captifs d’un sommeil abrasé
de simples barreaux en carton
nous les avons repassés au crayon
d’étincelle il n’y aura pas
vous le savez, n’est-ce pas —
le torchon brûle déjà.
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Destruction matérielle méthodique, effondrement sanitaire, privation alimentaire forcée, contamination écologique radicale, impossibilité d’échapper au champ de destruction, expulsion médiatique universelle.

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Gaza est hors du spectacle. La catastrophe n’y a ni début ni fin, elle continue. La vie persiste comme ruine. Le monde détourne le regard. Il n’y a plus rien de consommable.
Il faudra un jour regarder sans détour ce qui se produit encore et encore dans cette bande de terre minuscule où plus de deux millions d’êtres humains continuent de vivre sous un régime d’existence qui ne ressemble ni à la paix ni à la guerre, mais à une suspension prolongée, comme si le temps avait été brisé, pour devenir une stagnation violente, où la destruction se présente comme un état permanent.
Ce qui s’est abattu sur Gaza depuis octobre 2023 n’a pas été une bataille circonscrite mais une transformation progressive du territoire en ruine, où la majorité des bâtiments ont été détruits ou endommagés, où presque toutes les écoles ont été frappées, où la plupart des hôpitaux ont cessé de fonctionner normalement, où les routes, les réseaux d’eau et d’électricité, les terres agricoles ont été disloqués, produisant une situation où l’habitat, le soin, l’apprentissage et la subsistance ont été simultanément rendus précaires, voire impossibles, et où la reconstruction n’est pas un projet mais une hypothèse repoussée à un futur indéterminé, dépendant de conditions qui n’existent pas.
Pendant que les bombardements ont cessé d’occuper le centre de l’attention mondiale, tandis que le flux médiatique se déplaçait vers ses scènes habituelles, la population est restée au milieu des ruines, du froid, des maladies, des tragédies, dans un paysage saturé de décombres toxiques, de munitions non explosées, de sols contaminés, d’eau impropre, d’air pollué par décision humaine.
Dans ce territoire réduit à l’état de laboratoire de la destruction moderne, à toutes fins utiles, des dizaines de milliers de morts se sont accumulés, comme une stratification de corps et de destins interrompus, dont le nombre réel ne sera jamais connu avec certitude, mais dont l’ordre de grandeur suffit à mesurer l’ampleur d’un désastre humain qui dépasse largement les bilans officiels, tandis que des dizaines de milliers d’enfants ont été tués ou mutilés, tandis que des milliers de femmes ont disparu sous les bombes ou les décombres, tandis que des centaines de journalistes et des milliers de soignants ont été frappés, car témoigner et soigner étaient devenus des activités mortelles.
Mais ce qui se joue désormais dépasse encore la question des morts immédiats, car la destruction matérielle s’est doublée d’une destruction du futur, là où des générations grandissent dans un environnement où la continuité du savoir, du soin, du travail et de la transmission est rompue, quand la vie quotidienne se réduit à une gestion permanente de l’urgence, de la faim, du froid, de la maladie, de l’incertitude, tandis que l’espace public disparaît, la mémoire se fragmente, la projection dans l’avenir devient impossible.
On peut chercher dans l’histoire des équivalents, évoquer les sièges, les bombardements, les villes rasées, mais jamais une telle configuration où une population dense, enfermée dans un territoire fermé, a été soumise sur une durée aussi longue à la combinaison simultanée de la destruction matérielle méthodique, de l’effondrement sanitaire, de la privation alimentaire forcée, de la contamination écologique radicale et de l’impossibilité d’échapper au champ de destruction.Gaza apparaît comme une expérience historique extrême, où une société entière est maintenue dans un état de survie prolongée sous le regard intermittent du monde.
Et ce qui rend cette situation plus atroce encore que la violence elle-même, c’est la manière dont elle s’est progressivement normalisée, dont la catastrophe a cessé d’être un choc pour devenir un arrière-plan, dont la destruction a cessé d’être un scandale pour devenir un fait durable, dont la souffrance a cessé d’être un événement pour devenir une condition, tandis que l’attention mondiale se fatigue, se disperse, se reconfigure, laissant derrière elle une population qui continue de vivre dans une forme de catastrophe sans fin, où la vie s’associe à ses ruines, destinée à figurer l’état normal du monde, quand la haine aura bien déferlé.
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Et c’est pourquoi nous nous tenons à distance des polémistes, des excités, des injurieux, des excommuniants, des catalogueurs et des humiliants, figures que l’Internationale situationniste a, pour une part, produites ou encouragées sans toujours le vouloir, et qui ont ensuite essaimé, dissipant et abîmant d’innombrables talents, intelligences et tentatives d’association, laissant derrière eux l’amertume ou un désespoir diffus submergeant tant de consciences pourtant justes, emportant avec elles l’horizon des possibles, noyé dans le reflux de la récupération et de la marchandisation, ne laissant sur le rivage abandonné d’une jeunesse qui se voulait éternelle que des bouteilles à la mer ne transportant plus de message.
