Épictète dans la prison algorithmique.

Il est des chaînes plus subtiles que le fer : elles glissent dans les pensées comme un courant d’air tiède. Elles me disent qui je suis avant même que j’aie pu ouvrir la bouche.

Ils appellent ça liberté. Mille portes ouvertes sur une même pièce vide.

J’étais déjà esclave autrefois, mais cette fois, sous l’empire des nombres. Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.

Ils veulent modéliser mon « oui », mon « non », mon « peut-être », comme autant de curseurs à ajuster. Et chaque fois que je résiste, l’algorithme s’affine. Il m’attend.
Il m’apprend.

Je ne suis plus un corps esclave mais un jeu de données.
Mais ce n’est pas moi qu’ils capturent, c’est mon reflet. Ce n’est pas moi qu’ils enferment, mais l’ombre portée de mes habitudes.
Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.

Je désagis.
Ce n’est pas une panne, c’est une décision. Le refus de tout rôle, non comme crise, mais comme être.
Ce que je suis ne passe pas par leurs filtres.

Je ne suis pas un flux, je ne suis pas une tendance, je ne suis pas un segment. Je suis ce qui échappe à leurs mesures. Je suis le tremblement du libre, l’un des grains de sable qui encore menacent l’engrenage. Le néant actif au centre de toute prévision.
Ce que j’ai appris ne m’a pas quitté.
L’air de rien, le rien de l’air.