Mais à quoi servirait ce poème ?

Je pourrais écrire un poème avec du sang.

Avec des larmes, avec la poussière qui remplit mes poumons

Avec les dents des pelleteuses, avec les morceaux de corps,

Avec les immeubles en ruine, avec la sueur des sauveteurs

Avec les gémissements des femmes et des enfants

Avec les sirènes des ambulances

Avec le cadavre d’un arbre que j’aime

Avec  tous ces visages examinant les êtres aimés qu’ils ont perdus

Avec la voix de l’enfant sous les décombres qui crie « Je suis vivant »

Je pourrais écrire un poème

Avec l’assourdissante amertume, le silence nu,

la neutralité lugubre, la paralysie éhontée,

la prostration absolue devant l’Amérique.

Mais à quoi servirait ce poème ?

Youssef Al-Quidra.